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Slavomir Rawicz publia, en 1956, A marche forcée, récit mythique de son évasion du goulag sibérien et de son odyssée jusqu'en Inde.
Épisode 4 :

Slavomir Rawicz ou sur la route des évadés du goulag

53 min
À retrouver dans l'émission

Aventurier, géographe, marcheur impénitent, Sylvain Tesson a refait la route des évadés du goulag : plus de 6000 kilomètres depuis la Sibérie jusqu’en Inde ! Moins pour vérifier la véracité du récit de Slavomir Rawicz, A marche forcée, que pour rendre hommage à des hommes épris de liberté.

Slavomir Rawicz publia, en 1956, A marche forcée, récit mythique de son évasion du goulag sibérien et de son odyssée jusqu'en Inde.
Slavomir Rawicz publia, en 1956, A marche forcée, récit mythique de son évasion du goulag sibérien et de son odyssée jusqu'en Inde. Crédits : Aleksandr Kharitonov - Getty

Du livre A marche forcée de Slavomir Rawicz, l'écrivain Nicolas Bouvier dira, "ce n’est pas de la littérature, c’est peut-être mieux que ça." Le livre, "récit homérique" selon les critiques, est partout présenté comme une histoire vraie et a soulevé de nombreux doutes et interrogations quant à sa véracité. Le livre de Rawicz reste néanmoins un hommage aux "survivants inconnus" du goulag.

"Renoncer revenait à accepter de mourir"

En 1939, Slavomir Rawicz est officier de cavalerie dans l’armée polonaise. Il est arrêté par les Russes et accusé de trahison. Pendant des mois, il est soumis à l’isolement, la torture à la prison de Kharkov d’abord, puis à la Lubyanka. Mais il refuse d’avouer quoi que ce soit, bien conscient que son seul crime réside dans le fait d’appartenir à la bourgeoisie polonaise. Au terme d’un procès aussi absurde que kafkaïen, il est condamné à vingt-cinq ans de bagne. Puis il est expédié, en compagnie de quatre mille autres détenus, vers la Sibérie, dans des wagons à bestiaux plombés qui empruntent le voie du transsibérien. 

Arrivés à Irkoutsk, en plein milieu de l’hiver, les détenus doivent continuer à pied pendant des semaines jusqu’au camp 303. Beaucoup n’y arriveront jamais. Le camp 303 est dédié à l’exploitation forestière, on y mène une vie fruste et rude. Mais pas une seconde Rawicz, qui a vingt-cinq ans, n’envisage d’y passer les vingt-cinq prochaines années de sa vie. L’idée d’évasion surgit très vite, mais semble une folie. Le camp est protégé de palissades, de barbelés et de fossés, mais sa principale protection est d’être situé au milieu de nulle part, dans un désert de neige et de glace.

« Je n’ai jamais touché le fond, ce point ultime où s’impose la capitulation. Une part infime de mon esprit se  cramponnait à l’idée que renoncer revenait à accepter de mourir. » Slavomir Rawicz

La première aubaine de Rawicz est d’être affecté à l’atelier de fabrication des skis où il a accès à des outils et droit à une double ration de nourriture. Il commence à faire des stocks. Sa seconde chance est d’être appelé un soir chez la femme du commandant pour réparer la radio. Cette femme se sent aussi prisonnière que lui et va concrétiser ses désirs de fuite. La route la plus sûre est aussi la plus longue : la route du Sud qui file vers la Mongolie, la Chine et l’Inde. Impossible de partir seul ; Rawicz "recrute" six compagnons qui ont en commun d’être encore jeunes, en bonne santé et très motivés. Ils s’évadent de nuit, à la faveur d’une tempête de neige, et passent plusieurs jours à courir dans la neige, pour perdre leurs éventuels poursuivants. Ils n’ont ni carte, ni boussole, se dirigent uniquement en fonction du soleil. Ils marchent la nuit, à raison de cinquante kilomètres par jour, se cachent le jour, évitant routes et villages. Leur principale préoccupation est de trouver à manger et il leur arrive fréquemment de marcher des jours et des jours avec le ventre vide.

Il leur faudra une année entière pour arriver en Inde. Tous n’y parviendront pas...

Semelles de vent

Produit par Anne Coudin  et réalisé par Laurent Paulré

Remerciements à Claude Carré  pour sa précieuse collaboration

et à Marie-Anne Ritte , à la documentation de Radio France

Sibérie, le lac Baïkal
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