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Dimanche, pour le second tour de la présidentielle, les partisans de Jair Bolsonaro composeront le numéro 17 sur le boitier électronique de vote. Bolsonaro, fervent défenseur du port d'armes

Brésil : l’ordre au service des inégalités

56 min
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Au Brésil, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro est grand favori pour accéder à la présidence. Son discours s’est adouci dans l’entre-deux tours, mais les déclarations racistes, militaristes et anti-système de l’ex-capitaine d’artillerie ont conduit 46% d’électeurs à le choisir au 1er tour.

Dimanche, pour le second tour de la présidentielle, les partisans de Jair Bolsonaro composeront le numéro 17 sur le boitier électronique de vote. Bolsonaro, fervent défenseur du port d'armes
Dimanche, pour le second tour de la présidentielle, les partisans de Jair Bolsonaro composeront le numéro 17 sur le boitier électronique de vote. Bolsonaro, fervent défenseur du port d'armes Crédits : Olivier Poujade - Radio France

"Grand Reportage" d'Olivier Poujade, réalisé par Brice Garcia et présenté par Catherine Petillon

Ces dernières années, le Brésil aurait-il trompé le monde ? Cette image d’un pays coloré, rieur, accueillant, notamment diffusée durant la Coupe du monde 2014 et les jeux Olympiques 2016, correspond-elle à la réalité ? 

En partie, peut-être, mais une autre réalité est en train d’émerger ou plus exactement de resurgir à la lumière du succès de Jair Bolsonaro. L’écho reçu à ses propos discriminants, à sa volonté de s’appuyer sur l’armée pour rétablir l’ordre, nous éclaire sur l’histoire de l’ancienne colonie portugaise. 

De nombreux experts considèrent que si le Brésil se replie sur lui-même aujourd’hui, c’est qu’il n’a pas réglé ses comptes avec son passé. 

Deux périodes de l’Histoire brésilienne remises en question

Le 13 mai 1888 : l’abolition de l’esclavage. Le Brésil est le dernier pays d’Amérique à abolir l’esclavage. La loi n°3353, plus connue sous le nom de lei d’Aurea (Loi dorée), ne comporte que deux lignes. Elle met fin à la légalité de la pratique esclavagiste. Les Afro-descendants sont désormais libres, mais quelle sera leur place dans la société ? Le choix leur est laissé de rester au service de leur ancien propriétaire ou de partir sans aucun moyen de subsistance. Aucune politique d’inclusion sociale ne sera réellement mise en place. En réalité, deux tentatives seront menées au cours de l’Histoire.  

La première par Getúlio Vargas. “Le père des pauvres” essaiera de faire passer une série de réformes sociales mais il finira par se suicider sous la pression des conservateurs. 

La deuxième par Luiz Ignacio “Lula” da Silva. L’ancien syndicaliste est parvenu à extraire de la pauvreté 30 millions de citoyens grâce au programme de la Bolsa Familia : des droits sont accordés aux employés de maison, le salaire minimum sera multiplié par deux. Les populations noires accèdent aux universités, voyagent, se déplacent en voiture. Un bouleversement de société que ne digèrent pas aujourd’hui les élites, héritières de la période de colonisation portugaise.  

Le 31 mars 1964  : les militaires brésiliens prennent le pouvoir. Le terme de coup d’état est aujourd’hui remis en question par le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro et une grande partie des forces armées brésiliennes. Officiellement, la répression a provoqué la mort de 300 opposants. Le chiffre de 20 000 citoyens torturés est également évoqué. La période de dictature se terminera “en douceur”, en 1985, avec une transition démocratique et l’élection de Tancredo Neves.  

En 1995, certaines victimes seront indemnisées mais aucun procès pour violation des Droits de l’Homme ne s’est jamais tenu. Les militaires s’opposeront à la mise en place, en 2009, d’une Commission de la vérité et contestent aujourd’hui le fait qu’il y ait eu un coup d’Etat en 1964.  

Deux lieux de Rio de Janeiro symboliques d’une Histoire autoritaire et inégalitaire

Le Quai de Valongo : principale porte d’entrée des esclaves africains au Brésil. Situé dans la zone portuaire de Rio de Janeiro, ce quai a servi de lieu de débarquement et de vente de près d’un million d’esclaves entre 1811 et 1831.  

Zone portuaire de Rio de Janeiro. Le quai de Valongo. Principale porte d'entrée des esclaves africains au Brésil au XIXe siècle
Zone portuaire de Rio de Janeiro. Le quai de Valongo. Principale porte d'entrée des esclaves africains au Brésil au XIXe siècle Crédits : Olivier Poujade - Radio France

En 2017, le site est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco pour conserver l’histoire d’un passé dont l’héritage a figé les inégalités entre blancs et noirs dans la société brésilienne. L'ancien maire de Rio, Eduardo Paes, écrira à l’occasion de cette cérémonie : 

Que l’Histoire de la diaspora noire reste toujours en mémoire. Que l’on puisse toujours se souvenir de la violence des hommes pour qu’elle ne se répète pas.

L’immeuble du DOPS : en plein cœur de la ville de Rio de Janeiro, l’immeuble de Police Centrale tombe en ruine. Le résultat d’une querelle entre des associations de défense des droits de l’Homme et l’association de la Police Militaire. Les premiers veulent transformer le site en lieu de mémoire, les autres veulent en faire le musée de l’institution policière.  

Siège du Département de l'ordre politique et sociale pendant la dictature brésilienne. Principal lieu de torture des opposants politiques à Rio de Janeiro
Siège du Département de l'ordre politique et sociale pendant la dictature brésilienne. Principal lieu de torture des opposants politiques à Rio de Janeiro Crédits : Olivier Poujade - Radio France

C’est dans cet immeuble, le siège du Département de l’Ordre Politique et Social, qu’ont été torturés les prisonniers du régime militaire à partir de 1964. Toutes les fiches de renseignement que rédigeait le pouvoir militaire sur les opposants y ont été conservées. En 1969, le DOPS a intégré l’Opération Bandeirante (OBAN), un appareil répressif plus large destiné à coordonner les actions sur toutes la zone du commandement militaire du sud-est brésilien. 

Bien avant la dictature, c’est à cet endroit que s’organisait toute la répression contre les fidèles des religions afro brésiliennes et les “joueurs de Capoeira” dont la pratique était interdite par la loi entre 1890 et 1937. 

Intervenants
  • historienne du Brésil contemporain, professeure à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis et chercheuse à l'Institut d'histoire du Temps Présent
  • Professeur à Science Po, Président du conseil consultatif d'EUBrasil association
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