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Avant le départ de la 2ème étape de la marche pour le Brexit, les "leavers" se rassemblent à Hartlepool sur la côte nord est de l'Angleterre le 17 mars 2019

Brexit : cherchez la sortie

56 min

La sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne aurait dû se faire aujourd'hui. Mais cet après-midi, les députés viennent de rejeter pour la troisième fois le traité de retrait. Entre colère et épuisement, les Britanniques attendent de savoir quand leur pays va enfin sortir du brouillard.

Avant le départ de la 2ème étape de la marche pour le Brexit, les "leavers" se rassemblent à Hartlepool sur la côte nord est de l'Angleterre le 17 mars 2019
Avant le départ de la 2ème étape de la marche pour le Brexit, les "leavers" se rassemblent à Hartlepool sur la côte nord est de l'Angleterre le 17 mars 2019 Crédits : Marie-Pierre Vérot - Radio France

La Marche pour le Brexit arrive ce vendredi à Londres. Partis le 16 mars de Sunderland, dans le nord est de l'Angleterre, les partisans d'une sortie de l'Europe ont accompli un périple de plus de 400 kilomètres, passant par des villes qui avaient voté en faveur d'une sortie de l'Union européenne lors du référendum. 

Un mouvement mené par le député eurosceptique Nigel Farage qui surfe sur le désir des "leavers" de voir leur vote respecté par la chambre des Communes.  Ce dimanche matin là, jour de la deuxième étape, les marcheurs ont rendez-vous à Hartlepool sur un parking qui domine la mer. Un vent puissant fait flotter les banderoles qui rappellent que "Brexit means Brexit". 

lls sont une petite centaine à endosser les gilets bleus signe de ralliement. Certains feront toute la marche jusqu'à Londres, d'autres viennent marcher pour une ou deux étapes. 

La marche contre le Brexit entre Hartlepool et Middlesbrough, dans le nord est de l'Angleterre, 17 mars 2019
La marche contre le Brexit entre Hartlepool et Middlesbrough, dans le nord est de l'Angleterre, 17 mars 2019 Crédits : Marie-Pierre Vérot - Radio France

Dans chaque ville des soutiens locaux les rejoignent. Un bus barré de l'énorme slogan "Stop à la trahison du Brexit" les accompagne. L'homme d'affaires Richard Tice, fondateur du mouvement Leave means leave, Sortir veut dire sortir, a pris la tête de la marche. En Angleterre, explique-t-il, "nous avons voté pour le Brexit, mais le problème est que le Parlement ne souhaite pas nous l'accorder. Il y a des millions et des millions d'électeurs qui sont furieux contre le gouvernement. C'est une question de démocratie." Et pas question, au nom de la démocratie comme le répètent les anti Brexit d'organiser un second référendum."

Si vous dites aux gens : vous avez mal voté, on va voter de nouveau, vous détruisez la démocratie. Des millions de Britanniques ont voté pour la première fois, comment vont-ils réagir si on leur dit : "vous êtes trop vieux, vous êtes trop stupides, vous n'avez pas compris" ? Cela détruirait la confiance dans la démocratie. Et si vous n’avez pas de démocratie, vous n’avez pas de souveraineté.

Défendre la démocratie, c'est bien ce qui motive Marina, une retraitée venue de Norfolk qui compte marcher chaque jour jusqu'au Parlement de Londres. Car, dit-elle, la démocratie est une affaire sérieuse et nous allons montrer au gouvernement qu'il ne doit pas nous prendre à la légère. Si chacun a à cœur de rappeler qu'il marche pour les 17 millions et demi de Britanniques qui ont voté Leave, chacun y ajoute ses raisons. 

L'homme d'affaires et militant du Brexit  Richard Tice
L'homme d'affaires et militant du Brexit Richard Tice Crédits : Marie-Pierre Vérot - Radio France

Lesley Row, un militant du parti écologiste appartient au courant "Greens for Leave". Il dénonce les "politiques libérales de la commission européenne". "Le bonheur du Brexit, explique-t-il, c’est qu’on pourra choisir quel gouvernement, quelle politique économique nous voulons suivre. Que ce soit des accords de libre échange ou au contraire une politique de décroissance, comme celle que j’appelle de mes vœux. Ce sont des options que le Brexit nous offrirait. 

A l’intérieur de l’UE nous n’avons pas le choix. Les politiques économiques sont décidées par la Commission européenne

." Inutile aussi d'agiter le spectre d'une sortie sans accord, tous reprennent les raisonnements des chefs du Brexit. "Ce ne serait pas une sortie sans accord!, s'exclame Lesley. Ce serait juste sans accord avec l’UE ! Mais nous pourrions conclure des accords avec tous les autres. Il y a tellement d’histoires fausses qui circulent sur les conséquences du Brexit ! On sortirait avec les règles de l’OMC et on choisirait nos propres politiques économiques. C’est ça qui est important." 

Non loin de là, Belinda Delucie, une jeune mère de famille qui a repris des études de droit à Londres, opine : "Du point de vue de la géographie, nous sommes peut-être une petite île, mais nous sommes toujours la 6ème puissance économique au monde et je pense que ce sera plus facile de conclure des accords car nous n'aurons pas à attendre que 27 autres pays se mettent d'accord. 

Le Royaume est très dynamique d'un point de vue culturel ! Nous inventons des choses et les règlements de Bruxelles nous étouffent. Il y a vraiment une sur réglementation en Europe qui impose trop de contraintes aux idées, à la créativité...

Tout au long de cette route qui les mène de Hartlepool à Middlesbrough, à une trentaine de kilomètres, des voitures klaxonnent en signe de soutien et les habitants sortent sur le pas de la porte. Paulina et Graham sont venus les applaudir. Ils sont trop âgés et fatigués pour marcher, expliquent-ils, mais ils sont "de tout cœur avec ces hérauts du Brexit."

Toute la côte du nord est de l’Angleterre soutient les marcheurs !, assure Graham. Cette ville seule a perdu 17 000 emplois à cause de l’Europe. La construction navale, l’industrie minière, les industries autour de la construction navale, les ingénieurs, tout cela… 

Il y a un vieux chantier naval là-bas qui n’est plus qu’une friche industrielle. Un autre employait 3500 hommes, mais tout est parti à cause de l’Europe. Et on est supposé rester les bras ballants ! Il est temps d’ouvrir les yeux !" 

Des militants anti Brexit à l'arrivée de la marche pro Brexit à Middlesbrough, le 17 mars 2019
Des militants anti Brexit à l'arrivée de la marche pro Brexit à Middlesbrough, le 17 mars 2019 Crédits : Marie-Pierre Vérot - Radio France

L'Europe, facile bouc émissaire de cette crise économique qui a dévasté la région. Mais c'est bien le désarroi de ceux qui pensent n'avoir plus prise sur leur destin qui s'exprime souvent le long du cortège. Il y a aussi les révoltés contre la bulle londonienne qui n'a jamais prêté attention à leur sort ou fait fi de leur bulletin de vote. A l'arrivée, un petit comité d'accueil de militants anti Brexit entonne des slogans, agite le drapeau de l'Union européenne. La police est là pour prévenir toute échauffourée comme la veille lorsque Nigel Farage avait été pris à partie. Mais tout se passe dans le calme. Les deux camps se regardent et s'ignorent. Comme deux Angleterre qui ne se parlent plus, qui n'ont même plus envie de se convaincre.

A l'arrivée de la marche en faveur du Brexit, à Middlesbrough
A l'arrivée de la marche en faveur du Brexit, à Middlesbrough Crédits : Marie-Pierre Vérot - Radio France

Oxford : une bulle de remainers

Oxford, sa prestigieuse université, ses 23 000 étudiants, son industrie automobile et l'usine BMW où 4500 ouvriers produisent la Mini. 

Oxford , une ville qui a voté à plus de 70% contre le Brexit et qui concentre à elle toute seule de nombreuses problématiques concernant la sortie du Royaume Uni de l'Union européenne et de surcroît si elle se faisait sans accord.

A commencer par l'Université d'Oxford avec ses 38 collèges comptent 23 000 étudiants parmi eux 3000 Erasmus venant de toute l'Europe (dont 300 Français) mais aussi des dizaines de milliers de professeurs, de chercheurs, du personnel administratif près de 20 % sont européens. Tous attendent de savoir si oui ou non il leur faudra des visas mais les frais d'inscription pour les étudiants pourraient aussi changer. Aujourd'hui, les droits d'inscription pour les Européens sont fixés à environ 10 000 euros par an. Ils pourraient être triplés pour s’aligner sur le prix d'inscription des étudiants non-européens soit 30 000 euros. Grosses inquiétudes également pour les programmes de recherche financés par l'Union européenne, 84 millions d'euros perçus pour 2015 / 2016 soit 14% du budget de recherche de l'université d'Oxford.

L' Université d'Oxford
L' Université d'Oxford Crédits : Leyla Vidal - Maxppp

Dans ce brouillard d'incertitude, Oxford veut rester un phare de la culture européenne et mondiale. "Oxford est une université internationale depuis des siècles et le restera pour les siècles à venir" peut-on lire en forme de déclaration sur la page d’accueil de son site internet au chapitre Brexit.

La Mini : une voiture so british ?

8 Mini sur 10 produites à l'usine BMW de Cowley partent à l'export.
8 Mini sur 10 produites à l'usine BMW de Cowley partent à l'export. Crédits : Annabelle Grelier - Radio France

Oxford contrairement à Cambridge n'est pas seulement une ville universitaire , l'industrie automobile y est traditionnellement installée. La Voiture Morris , puis Rover racheté par l'allemand BMW au début des années 2000. A Cowley, quartier est d'Oxford, on n'imagine pas la vie sans l'usine. En 2000, une grande partie de l'ancien site Rover fut démolie et BMW y a construit un nouvel ensemble ultra moderne pour y produire la Mini. Seul site à avoir augmenté sa production en 2018. Une voiture par minute sort de sa chaîne de production , 80 % partent à l'export. Mais un Brexit dur pourrait changer la donne. L'usine BMW est particulièrement vulnérable à une sortie sans accord. Elle produit en flux tendu ou en juste à temps, c'est-à-dire qu'elle reçoit des pièces détachées fabriquées aux quatre coins de l'Europe. Des pièces acheminées par camions qui traversent plusieurs fois la Manche. Des volants fabriqués en Roumanie, des phares avant en Espagne, des feux arrières en Pologne, des vilebrequins en France, des boîtes de vitesse en Allemagne, la Mini voiture so british est pourtant tellement européenne. Le simple retour des contrôles douaniers pourrait mettre à risque le fonctionnement de l'usine, d'ailleurs la direction a choisi de faire sa pause estivale en avril pour éviter la confusion de l'après Brexit. La délocalisation d'une partie de sa production aux Pays-Bas est déjà envisagée. 

"Grand Reportage" coordonné par Annabelle Grelier, signé Marie-Pierre Vérot, Annabelle Grelier et Angélique Bouin

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