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Les pro-Brexit voulaient faire sonner Big Ben, à Londres. Après deux semaines de débats passionnés, ils devront se contenter d'une projection lumineuse.

Brexit : le compte à rebours est lancé

56 min

Le départ du Royaume-Uni sera officiel à minuit, ce soir. La fin de 47 ans d'une relation ambivalente avec l'Union européenne. Le pays a beaucoup irrité ses partenaires en prônant "l’Europe à la carte". Reportage en Irlande, en Ecosse, et à Calais.

Les pro-Brexit voulaient faire sonner Big Ben, à Londres. Après deux semaines de débats passionnés, ils devront se contenter d'une projection lumineuse.
Les pro-Brexit voulaient faire sonner Big Ben, à Londres. Après deux semaines de débats passionnés, ils devront se contenter d'une projection lumineuse. Crédits : Andy Rain / EPA / Newscom - Maxppp

A quelques heures de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, le Brexit passe encore mal en Ecosse et en Irlande du Nord, provinces qui se sont majoritairement prononcées contre en 2016. Un Brexit qui fait d’ores et déjà craindre des fissures dans l'unité du pays.

En Ecosse, la question semblait avoir été tranchée dans les urnes il y a six ans, lors du dernier référendum de 2014. Mais le Brexit, considéré comme une nouvelle donne, a donné un nouveau souffle aux partisans de l’indépendance et les raisons de relancer l’idée d’un référendum sur l’indépendance. Les Écossais, qui ont voté très majoritairement pour rester dans l’Union européenne à plus de 62 %, ont le sentiment d’avoir été sorti de l’Union européenne contre leur gré.

Kirsten est musicienne dans un groupe de musique traditionnelle europhile et désormais indépendantiste :

Je suis passionnément convaincue qu’un jour l’Ecosse deviendra indépendante. Nous sommes tellement différents. Avec les Anglais, on n’est pas sur la même longueur d’onde. Quand ils votent pour sortir, on vote pour rester. Quand on vote à gauche, ils votent à droite. Cela me brise le cœur de devoir quitter l’Europe mais je garde espoir que l’Ecosse soit un jour indépendante et qu’elle revienne au sein de l’Union européenne et j’espère que l’Europe nous acceptera. 

Sur le plan politique, aux dernières élections, le SNP, le Scottish National Party, a raflé 47 sièges sur 59, ce qui en fait le troisième parti à Westminster. Une victoire pour le SNP qui ne se traduira par aucun pouvoir puisque siégeant dans l’opposition dans un Parlement tenu à la majorité absolue par les conservateurs de Boris Johnson. L’Ecosse n’aura donc pas voie au chapitre et ne participera pas aux futures négociations de sortie de l’Union européenne.

"Nous sommes sur le point de perdre notre appartenance à l’Europe et tous les droits qui vont avec", déclarait cette semaine Nicola Sturgeon, la Première ministre écossaise, chef de file du Scottish National Party. Et "le seul moyen réaliste pour l’Ecosse de revenir au cœur de l’Europe est de devenir indépendante", a-t-elle affirmé devant le Parlement écossais. Nicola Sturgeon dit vouloir organiser un nouveau référendum sur l’indépendance en 2020. Mais là encore, il lui faut l’autorisation de Londres pour organiser un tel scrutin et Boris Johnson lui a déjà refusé à la mi-janvier. Mais le gouvernement écossais a d’ores et déjà déposé une nouvelle demande appuyée par une motion votée au Parlement écossais mercredi dernier. Et l’idée fait son chemin : les marches, les manifestations pour réclamer un second référendum en Ecosse se multiplient quand les sondages donnent aujourd’hui 50 / 50 pour les partisans et les opposants à l’indépendance et même 51 / 49 en ce 31 janvier, jour de Brexit. Les choses pourraient évidemment encore évoluer et cela dépendra beaucoup des négociations à venir. 

L’Ecosse va-t-elle y perdre ? Et surtout, l’Angleterre saura-t-elle défendre les intérêts de l’Ecosse ou ceux de l’Irlande du Nord où les désirs de réunification des deux Irlandes ont été ravivés.

L’autre partie du Royaume-Uni où les mouvements indépendantistes prennent de l’ampleur, c’est l’Irlande du Nord, où la population a voté en 2016 à près de 56% pour rester dans l’Union européenne. Le Brexit ravive les tensions et pourrait accélérer la réunification. Pour comprendre, direction Londonderry, ou Derry comme disent les républicains. La ville où a eu lieu le bloody Sunday, c’était il y a 48 ans jour pour jour. L’armée réprimait une manifestation pacifiste, bilan, 14 morts. Pour la première fois cette année, des indépendantistes paramilitaires vont y assister.

Cette nouvelle IRA, New IRA, c’est le nom qu’ont choisi plusieurs groupes paramilitaires lorsqu’ils ont fusionné en 2012. Depuis, ils ont revendiqué l’assassinat de deux gardiens de prison, l’explosion d’une voiture piégée devant le tribunal de la ville et le meurtre accidentel d’une journaliste l’an dernier. Les membres sont une centaine, ils ne se montrent en public qu’avec des lunettes noires, le visage masqué mais ils ont une vitrine politique, baptisée Saoradh, "la liberté en gaélic". Elle n’est pas reconnue officiellement comme un parti, c’est un local, dans le centre-ville qui sert de lieu de rassemblement.

De façon plus mesurée, le Sinn Fein, parti républicain évoque, lui les bénéfices économiques que pourrait apporter une réunification de l’île. L'Irlande du Nord reçoit chaque année près de 700 millions d’euros de l’UE pour soutenir des projets agricoles, culturels, commerciaux, ou des initiatives en faveur de la paix. L’absence de frontière avec le sud favorise l’exportation, avec près de 5 milliards échangés l’an dernier. Le dernier sondage Ashcroft le montre : si un référendum avait lieu demain, la majorité des nord irlandais soutiendrait l’idée d’une Irlande unie.

Conséquence à Londres, même si Boris Johnson, le Premier ministre, a promis qu’il n’y aurait pour les échanges commerciaux entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume Uni, aucun formulaire, aucun obstacle, il a été contraint d’admettre qu’il y aurait des contrôles en mer du Nord. Impossible à accepter pour la plupart des protestants unionistes.

Tout va donc maintenant dépendre des négociations entre Londres et Bruxelles. Et de la façon dont la République d’Irlande va gérer le dossier. L’enjeu est colossal. Au sud, l’accord commercial post Brexit aura un impact sur l’ensemble de l’économie irlandaise des exportations de viande bovine aux multinationales américaines dont le siège est à Dublin. Et les élections qui arrivent début février viennent encore compliquer la donne. Leo Varadkar, le Premier ministre sortant, pourrait quitter le pouvoir, laissant cet épineux dossier sur le bureau de son successeur.

"Brexit : le compte à rebours est lancé". Reportage d'Antoine Giniaux en Irlande, d'Annabelle Grelier en Ecosse, et de Thomas Larabi à Calais.

Statue représentant De Gaulle et Churchill, à Calais. Elle a été inaugurée le 24 juin 2017 pour montrer les bonnes relations qui unissent la ville et les Britanniques. Un symbole du rapprochement entre la France et la Grande-Bretagne.
Statue représentant De Gaulle et Churchill, à Calais. Elle a été inaugurée le 24 juin 2017 pour montrer les bonnes relations qui unissent la ville et les Britanniques. Un symbole du rapprochement entre la France et la Grande-Bretagne. Crédits : Thomas Larabi - Radio France
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