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Le triporteur du budget participatif parisien

Budget participatif : l’outil démocratique qui séduit

55 min
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Les villes, régions ou départements sont de plus en plus nombreux à adopter le système du budget participatif. Est-il le grand progrès démocratique célébré par les uns... Ou le petit gadget en trompe l'oeil dénoncé par les autres ?

Le triporteur du budget participatif parisien
Le triporteur du budget participatif parisien Crédits : Bruno Levesque - Maxppp

Le système du budget participatif permet à une collectivité d'ouvrir une partie de son budget pour financer des projets conçus par ses administrés. Chaque citoyen a ainsi le pouvoir de proposer des idées (créer une salle de sport, un centre d'accueil pour sans domicile fixe, un bus connecté...) qui sont ensuite soumises au vote des habitants. Les projets retenus sont alors réalisés et financés par la collectivité.  

A l'heure où nous écrivons, 150 collectivités, dont 130 villes, ont déjà adopté ce système en France. Elles y consacrent, en moyenne, 5 euros par habitants. La ville de Metz est l'une de ces collectivités. 

Thomas Scuderi, adjoint au maire à la citoyenneté et à la démocratie participative défend le principe :

Avec ce genre de dispositif, nous sommes en train de renouer le dialogue et recréer la confiance. Notre démocratie est malade. Le traitement ne peut pas être massif au niveau gouvernemental et national, il doit se faire également au niveau des territoires, en se demandant comment la politique peut reprendre un sens positif dans l'esprit des gens.            
Thomas Scuderi, maire-adjoint de Metz.

Thomas Scuderi, adjoint au maire de Metz à la citoyenneté et à la démocratie participative
Thomas Scuderi, adjoint au maire de Metz à la citoyenneté et à la démocratie participative Crédits : Ilan Malka - Radio France

En France, le grand succès des cinq dernières années

En France, le système est particulièrement en vogue depuis les municipales de 2014. La ville de Paris a mis en place le sien à la suite de l'élection. Il s'élève à 100 millions d'euros pour 2,141 millions d'habitants. Cela représente 45 euros par habitant, ce qui est le record mondial. La capitale a fait office de déclencheur et de nombreuses autres municipalités se sont ensuite inspirées de cette initiative. 

Elles étaient une petite dizaine avant 2014, elles sont donc 130 aujourd'hui, de toutes tailles et de toutes couleurs politiques. La plus petite est Suaux (en Charente), 430 habitants. La plus grande est bien sûr Paris.   

Si l'on prend l'exemple de Grenoble, les habitants s'emparent du principe pour proposer toutes sortes d'idées originales. Ingrid Szalay et Gilles Namur ont fait construire 500 nichoirs à chauves-souris, hirondelles et mésanges bleues afin de protéger la biodiversité (et lutter contre les espèces invasives au passage !).  

Ingrid Szalay et Gilles Namur ont fait construire 500 nichoirs pour oiseaux à Grenoble
Ingrid Szalay et Gilles Namur ont fait construire 500 nichoirs pour oiseaux à Grenoble Crédits : Ilan Malka - Radio France
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Préserver la biodiversité à Grenoble: le projet mené par Ingrid et Gilles

Michaelle Policard, de son côté, a fait dessiner une grande fresque au sol pour faire ralentir automobilistes et cyclistes sur une rue de la ville.

Michaelle Policard, urbaniste, a fait réaliser une fresque au sol à Grenoble
Michaelle Policard, urbaniste, a fait réaliser une fresque au sol à Grenoble Crédits : Ilan Malka - Radio France
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Concrétiser une fresque au sol dans le cadre du budget participatif: Michaelle Policard raconte

Une idée née il y a 30 ans au Brésil

Le budget participatif est né au Brésil, à Porto Alegre en 1989. Cette année-là, le PT (parti des travailleurs, auquel appartient l'ancien président Lula) conquiert le pouvoir dans cette ville située au sud du pays, et invente le concept. 

Chargé de recherche au CNRS et spécialiste des questions de démocratie participative, Julien Talpin raconte la suite des événements : 

Assez vite, l'intégralité du budget d'investissement de la ville est mis à la discussion et à la décision directe des citoyens. La participation est importante, avec plusieurs dizaines de milliers d'habitants qui chaque année s'investissent dans des assemblées locales pour formuler des propositions. Tout cela va avoir des effets en terme de redistribution des richesses, notamment à destination des quartiers les plus populaires de la ville, avec par exemple des initiatives sur l'accès à l'eau potable dans plusieurs quartiers, le développement de réseaux de transports en commun, ou encore les cours d'alphabétisation.            
Julien Talpin, chargé de recherche au CNRS, spécialiste des questions de démocratie participative.

Plusieurs élus français font le voyage à Porto Alegre et découvrent l'idée qu'ils ramènent dans leurs bagages. L'application en France se fait petit à petit dans plusieurs endroits. Morsang-sur-Orge, petite ville de l'Essonne de 20 000 habitants, est l'une des premières communes à mettre en place le budget participatif, après les élections municipales de 1995. D'autres villes, telles que Jarny en Meurthe et Moselle, s'y mettent en 2009. Jarny est aujourd'hui le deuxième budget participatif le plus généreux de France juste après Paris, avec 250 000 euros pour quelques 8 300 habitants (ce qui représente à peu près 30 euros par habitant, largement au-dessus de la moyenne qui est de 5 euros par habitant).

Quel premier bilan en tirer ?

Peut-on déjà parler de succès populaire pour le budget participatif en France ? Il est sans doute un peu tôt pour cela. La population doit découvrir le système et se l'approprier.   

"La participation augmente petit à petit", nous explique Antoine Bézard, fondateur du site lesbudgetsparticipatifs.fr, auteur d'une note de référence sur les budgets participatifs de la Fondation Jean Jaurès chaque année. "Le budget participatif est quelque chose de très nouveau, encore faut-il savoir que cela existe. A Paris par exemple, entre 2017 et 2018, la participation des habitants est passée de 7 à 10%. On peut bien sûr trouver ce chiffre faible, et donc avoir quelques doutes sur la portée aujourd'hui de cet outil de démocratie participative. Certaines communes dans le monde ont des budgets participatifs depuis longtemps, et chez elles la participation est montée progressivement. Par exemple au Chili à San Antonio, aujourd'hui un habitant sur trois vote. Mais le principe a été mis en place en 2006, il a fallu du temps".

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La participation au budget participatif en France, par Antoine Bézard

Parmi les critiques relevées ici et là, certains estiment que le budget participatif peut se voir comme un petit jouet tendu à la population pour éviter de poser de vraies questions de démocratie locale. 

Jeremy Aldrin, conseiller d'opposition à Metz, pointe du doigt ce qu'il voit comme de vraies limites du dispositif. 

Cette année, la ville de Metz a décidé de verdir son budget participatif en l'axant sur l'écologie. Que va-t-on avoir ? Trois arbres plantés ici, quatre arbres là... Nous sommes dans la politique gadget, dans le bidouillage. Nos concitoyens ressentent un besoin très fort de s'exprimer, de prendre la parole. A Metz par exemple nous n'avons pas donné la parole aux habitants pour faire une votation sur les rythmes scolaires. C'est invraisemblable !            
Jeremy Aldrin, conseiller municipal d'opposition à Metz

Jeremy Aldrin, conseiller municipal d'opposition à Metz
Jeremy Aldrin, conseiller municipal d'opposition à Metz Crédits : Ilan Malka - Radio France

Pour d'autres, comme Stéphane Gemmani, conseiller régional CAP 21 (région Auvergne Rhônes-Alpes) qui sera très probablement candidat à la mairie de Grenoble en 2020, le risque est de voir toujours le même genre de personnes participer... A savoir les classes moyennes supérieures. 

"De façon quantitative, c'est cette catégorie qui est la plus investie et qui formule le plus de projets. On a le même phénomène dans les unions de quartiers... Ces personnes sont souvent issues du même sérail, elles sont relativement proches les unes des autres et elles vont donc voter pour des projets qui sont portés par les amis".

Stéphane Gemmani, très possible candidat à la mairie de Grenoble en 2020, estime que le principe du budget participatif est bon mais que l'application pose problème.
Stéphane Gemmani, très possible candidat à la mairie de Grenoble en 2020, estime que le principe du budget participatif est bon mais que l'application pose problème. Crédits : Ilan Malka - Radio France

Le budget participatif a probablement encore des preuves à faire... Mais quelques exemples prouvent qu'il a déjà le pouvoir de transformer la vie de la cité et l'espace communal. A Grenoble, la place Saint Bruno était jusqu'à présent un grand terrain vide désert, occupé seulement par des vendeurs de drogue. Depuis l'installation d'une grande aire de jeux pour enfants, baptisée la Dragonne, imaginée avec le budget participatif, la population se rend sur cette place, qui est devenue l'un des lieux emblématiques du quartier. 

Autre exemple à Metz : ce ponton, qui permet désormais aux personnes handicapées de venir pêcher sur le plan d'eau, et qui a également été conçu dans ce cadre.

Guy Anstett a fait réaliser un ponton à Metz pour que les personnes à mobilité réduite puissent venir pêcher.
Guy Anstett a fait réaliser un ponton à Metz pour que les personnes à mobilité réduite puissent venir pêcher. Crédits : Ilan Malka - Radio France
Intervenants
  • directrice du think tank "Décider Ensemble".
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