LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
"Objection rejetée" disent des Italiennes qui manifestent pour leurs droits en Italie, s'opposant aux médecins objecteurs de conscience (ici en 2018 à Rome)

Avortement : les Italiennes face à l'objection de conscience

57 min

En Italie, environ 70% des gynécologues refusent de pratiquer des IVG au nom de l'objection de conscience. À l'inverse, des médecins font des kilomètres chaque mois pour aider des femmes à avorter et ne pas les laisser dans des situations dramatiques.

"Objection rejetée" disent des Italiennes qui manifestent pour leurs droits en Italie, s'opposant aux médecins objecteurs de conscience (ici en 2018 à Rome)
"Objection rejetée" disent des Italiennes qui manifestent pour leurs droits en Italie, s'opposant aux médecins objecteurs de conscience (ici en 2018 à Rome) Crédits : Andrea Ronchini / NurPhoto - AFP

En Italie, la loi 194 du 22 mai 1978 légalise l'avortement, mais son article 9 permet au personnel de soulever l'objection, la liberté de conscience (sur déclaration préalable). Or cette clause est de plus en plus invoquée. Selon un rapport du ministère de la santé italien, 70% des gynécologues italiens en moyenne sont objecteurs ; ils sont même 80% dans les Abruzzes et 92% à Molise, où un seul médecin pratique l'avortement dans l'hôpital de Campobasso. Cela peut conduire à des drames, comme la mort de Valentina Milluzzo qui a ému l'Italie en 2016. La jeune femme de 32 ans était enceinte de jumeaux et les médecins ont refusé de lui faire un IVG ; elle n'a pas survécu à des complications.

Parcourir l'Italie pour pratiquer des IVG 

Alors que l'avortement ne serait possible que dans 6% des structures médicales italiennes, certains gynécologues s'organisent afin de pratiquer des IVG à travers tout le pays. Silvana Agatone a fondé un réseau de gynécologues "non-objecteurs" en 2008. Depuis 2019, année de sa retraite, elle se rend une fois par mois dans la région des Marches, à Ascoli Piceno, à plus de deux heures de route de Rome où elle vit, afin de pratiquer des avortements et proposer des consultations, avec l’appui d’une structure locale, une association appelée l’AIED. Tout cela bénévolement.

"L'Aied nous paye quand elle paie, mais on ne le fait pas pour l'argent. On continue même si on l'est âgés, car nous sommes de moins en moins nombreux mais des activistes féroces. " - Silvana Agatone, gynécologue "non objectrice"

Silvana Agatone a connu des situations très graves : "Une fois, j’ai eu une urgence, une hémorragie importante et le personnel de la salle d'opération s'enfuyait. Je devais leur courir après, en leur disant "Non, vous devez rester ! Le personnel, les infirmiers, ils savent que si quelque chose va mal, c’est toi, médecin, qui va en prison et non, eux qui ont retardé l’assistance." Selon elle, il existe un double discours : "On est traité comme des criminels mais quand certains ont besoin d'un avortement pour leur famille, alors d'un coup ils deviennent gentils". 

"L'avortement est un crime contre la civilisation"

Devant l'hôpital d'Ascoli Piceno, où Silvana Agatone pratique des IVG, des 'pro-life' se réunissent tous les mois avec des ballons, des instruments de musique ou encore des pancartes où sont dessinés des fœtus dans le ventre de leur mère. "Nous faisons une prière pour sensibiliser les personnes à la culture de la vie. L'avortement est un droit mais la morale ne va pas toujours dans la même direction que la loi," explique le chapelain de l'hôpital qui fait partie des manifestants. 

Le docteur Albert Virgolino, président de l'association des médecins catholiques, veut lui sensibiliser les gynécologues à l'objection de conscience. "Mon choix d'être objecteur vient d'une formation scientifique(...). Nous savons à quel point nous sommes aujourd'hui en crise avec le taux de natalité. Il est donc dans l'intérêt de tous, qu'un enfant naisse. Par ailleurs, chaque être humain, chaque vie a une valeur en soi, une valeur inestimable," explique-t-il. L'avortement est un crime contre la civilisation."

Un cimetière de fœtus avortés

En octobre 2020, un scandale a ébranlé l'Italie : la découverte d'un cimetière de fœtus avortés, à l'extrémité du cimetière Flaminio, au nord de Rome. Marta Loi a découvert par hasard que son nom était écrit sur l'une des petites croix faites de métal et de bois. Dans un texte publié sur les réseaux sociaux elle racontait :  "Je commence en précisant que ceci n’est pas ma tombe, mais celle de mon fils (...) le respect de ma vie privée a été violé." Une association féministe a porté plainte pour atteinte à la vie privée. L'avocate Marta Cigno assure que des centaines et des centaines d'Italiennes qui avaient avorté sont concernées. "Aucune n'avait donné son consentement pour que figurer sur ces sépultures ; évidemment c'est une découverte très douloureuse," détaille l'avocate. Les autorités italiennes ont ouvert une enquête, mais le parquet a récemment requis un non-lieu. "Nous avons demandé la poursuite des enquêtes, le juge qui sera désigné devra décider de la suite ; mais nous sommes très confiants", précise Marta Cigno.

Un reportage de Marine Courtade, Clémence Fulleda en collaboration avec Valentina Parlato.

Intervenants
  • ancienne co-présidente du Planning familial et membre de la Délégation droits des femmes du Conseil économique, social et environnemental
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......