LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Des militaires russes déploient un immense drapeau national russe lors d'une cérémonie de célébration du Jour du drapeau national sur la colline Poklonnaya à Moscou le 22 août 2020.

Le patriotisme en Russie à l’épreuve du quotidien

54 min
À retrouver dans l'émission

Il est utilisé plus que jamais par le Kremlin comme un remède face aux difficultés. Mais le recours à l’unité nationale et la référence au sacrifice des anciens voient se développer une adhésion sous conditions aujourd’hui dans la société russe.

Des militaires russes déploient un immense drapeau national russe lors d'une cérémonie de célébration du Jour du drapeau national sur la colline Poklonnaya à Moscou le 22 août 2020.
Des militaires russes déploient un immense drapeau national russe lors d'une cérémonie de célébration du Jour du drapeau national sur la colline Poklonnaya à Moscou le 22 août 2020. Crédits : Kirill KUDRYAVTSEV - AFP

2021 sera marquée - entre autres - en Russie, par le quatre-vingtième anniversaire de l’entrée de l’URSS dans la Seconde Guerre mondiale. L’an dernier, à cause de la situation sanitaire, Vladimir Poutine n’avait pu profiter comme il le souhaitait, des cérémonies et autres tribunes, liées au soixante-quinzième anniversaire de la victoire sur le nazisme. En revanche, il ne rate jamais une occasion de faire référence au patriotisme et à l’unité nationale, comme autant de remèdes pour adoucir les difficultés que rencontre la Russie, notamment en décembre dans ces derniers discours et conférence de presse. "Peu importe ce que pensent mes opposants, pourvu qu’ils soient patriotes" déclarait en substance Vladimir Poutine en conférence de presse le 17 décembre 2020.

Le patriotisme et le sacrifice

Cette valorisation du patriotisme qui posséderait ainsi d’abord des vertus internes, s’est aussi beaucoup accentuée ces dernières années depuis la multiplication des tensions et des sanctions entre le pouvoir russe et les occidentaux. Mais qu’en est-il au juste du patriotisme russe parmi la population ? Jusqu’où va, dans les grandes agglomérations mais aussi dans les endroits les plus reculés, l’adhésion consensuelle ou non, aux idéaux patriotiques du pays, nés pour une grande part de la Seconde Guerre mondiale, que l’on appelle pas par hasard en Russie "grande guerre patriotique" ? Que rôle jouent par exemple le cadre éducatif et les clubs patriotiques sensés transmettre ou animer justement ces idéaux ? Et plus globalement, le lien entre l’Etat et la société russe, à partir des valeurs tel que le sacrifice pour la patrie, est-il si solide, au-delà des discours et cérémonies officielles ?

Pour Valeria, 15 ans, élève dans un lycée de la région de Volgograd, l’ancienne Stalingrad, pas le moindre doute "Il faut toujours se souvenir, dit-elle, de nos vétérans qui sont morts pour que nous puissions vivre libres jusqu’à aujourd’hui." La majorité des Russes adhèrent d’ailleurs encore aujourd’hui à cette culture historique du souvenir et du respect dus aux vétérans, qu’ils soient transmis par les familles ou par l’éducation.

Le patriotisme, une reconquête

Mais dans une Russie qui comptent 21 millions d’habitants vivant en dessous du seuil de pauvreté, les russes sont aussi de plus en plus nombreux à s’interroger aujourd’hui sur l’usage des valeurs patriotiques par leurs dirigeants, confrontés qu’ils sont aux difficultés du quotidien. Ni la rhétorique présidentielle, ni les grands supports qui alimentaient régulièrement la fierté nationale, tels que la conquête de l’espace ou le sport, ne suffisent plus à engendrer une quelconque reconnaissance pour une Russie qui gagne, s’il n’y a pas de bénéfices en retour. Une fois marqué tout de même le respect pour le sacrifice des anciens, au mieux ils affichent leurs doutes, au pire ils rejettent le dogme tel qu’il est présenté actuellement par le Kremlin, comme l’explique Rouslan, 40 ans, russe d’origine allemande, mineur de fond à Vorkuta, à près de 2 000 kilomètres au nord-est de Moscou : 

J’ai perdu tout sens patriotique. Quand je vois notre niveau d’éducation, les problèmes dans le secteur de la santé, ou encore la faiblesse de notre taux de natalité. Et si je considère ce que nous fait endurer le pouvoir, à nous les gens simples, je sais qu’il faut partir, que mon avenir et celui de ma famille n’est plus en Russie, mais plutôt dans l’Union européenne et en Allemagne. 

Mais tous évidemment ne peuvent pas partir. D’abord parce qu’ils restent aussi malgré tout profondément attachés à leur pays. Enfin, parce qu’ils veulent aussi essayer, pour certains, de changer les choses. Une façon d’exprimer leur patriotisme à eux, en quelque sorte, de se le réapproprier. 

Intervenants
  • Chercheuse, directrice du Centre Russie/NEI de l'Ifri (institut français des relations internationales)
  • Maîtresse de conférences à Paris Nanterre, spécialiste de l'Ukraine et de la Russie post-soviétique
L'équipe
Production
Journaliste
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......