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Donald Trump et une partie de son cabinet en prière à la Maison blanche le 13 octobre 2018. Le président américain est à côté du prédicateur évangélique Andrew Brunson.

Les Évangéliques croient toujours en Trump

55 min

A quelques jours des élections de mi-mandat (les "midterms"), Donald Trump peut toujours compter sur le soutien des Évangéliques qui l'ont fait élire à la Maison blanche il y a deux ans. Un électorat qui interprète la Bible au sens littéral et qui veut en finir avec le droit à l'avortement.

Donald Trump et une partie de son cabinet en prière à la Maison blanche le 13 octobre 2018. Le président américain est à côté du prédicateur évangélique Andrew Brunson.
Donald Trump et une partie de son cabinet en prière à la Maison blanche le 13 octobre 2018. Le président américain est à côté du prédicateur évangélique Andrew Brunson. Crédits : Mark Wilson - AFP

Ils seraient au bas-mot 65 millions de personnes aux Etats-Unis : pas encore une majorité, mais un segment important de la population. Le Pew Research Center en fait d'ailleurs le premier groupe religieux du pays : 25,4% des Américains se disent Évangéliques, devant les agnostiques (22%) et les Catholiques (20%). Et ces Évangéliques ont voté Trump, à plus de 80%. Ils constituent sans doute le socle le plus solide du soutien au 45e Président des Etats-Unis. Un soutien qui ne lasse pas d'étonner car si le vice-président  américain Mike Pence est un Évangélique patenté, Donald Trump est assez loin du parangon de moralité qu'auraient pu plébisciter les Évangéliques.

En dépit de ses défauts, Trump est leur héraut

Jerry Falwell , le président de la très conservatrice Liberty University, et l'un des représentants des Evangéliques ayant soutenu Donald Trump dès la première heure, balaie l'argument : "Tous les hommes sont pêcheurs et l'essentiel de la foi chrétienne repose bien sur la notion de pardon", avance-t-il en guise d'explication... Kahlib Fischer, qui enseigne les sciences politiques à Liberty, précise pour sa part un argument souvent entendu chez les chrétiens fondamentalistes : "pour eux, Trump n'est autre que l'instrument le plus efficace que Dieu ait trouvé pour faire avancer sa cause". Aussi spécieux qu'il apparaisse, l'argument n'est pourtant pas à écarter : les Évangéliques ont une vision traditionaliste du monde, fondamentaliste aussi, et volontiers prophétique également. 

D'ailleurs, le département Cinéma de Liberty vient de co-produire et de réaliser son troisième long-métrage, distribué dans plus d'un millier de salles américaines en octobre. "The Trump Procphecy" est un docu-fiction autour de l'histoire "vraie" d'un pompier de l'Oklahoma qui aurait eu la révélation en 2011 que Donald Trump serait le prochain président américain. En 2016, il a constitué un groupe de prière et de soutien de plusieurs milliers de personnes durant la campagne présidentielle du magnat de l'immobilier.

Créationnistes au pied de la lettre

Au musée de la Création, les premiers hommes côtoient les dinosaures
Au musée de la Création, les premiers hommes côtoient les dinosaures Crédits : Eric Biegala - Radio France

Les Évangéliques professent volontiers quelque prophétie quant à l'avenir mais diffusent surtout une lecture littérale, voire littéraliste, de la Bible. Pour eux, pas d'évolution des espèces : le monde et l'homme sont des créations de Dieu. Une création du monde qui s'est littéralement déroulée en six jours, comme l'énonce le texte de la Genèse et qui remonte à quelques 6 000 ans seulement.

C'est cette histoire sainte que raconte et le "musée de la Création" de Petersburg dans le Kentucky. L'endroit est surprenant : on y peut admirer des reproductions "à l'identique" du jardin d'Eden où Adam et Eve s'ébattent, en compagnie de dinosaures. Car, "nos recherches scientifiques attestent que les dinosaures ont dû résider au jardin d'Eden", expliquent doctement les commissaires d'exposition.

Adam et Ève, l'Arche de Noé, ont vraiment existé

L'arche de Noé reconstitué "à l'identique"
L'arche de Noé reconstitué "à l'identique" Crédits : Eric Biegala - Radio France

Le musée de la Création, ainsi que l'Arche de Noé (elle aussi reproduite "à l'identique" 70 km plus au sud, toujours dans le Kentucky) sont deux attractions à visée clairement prosélytes. D'ailleurs le principal promoteur des deux "musées", Ken Ham, ne s'en cache pas : "C'est une manière différente d'affecter la culture générale", explique-t-il, "beaucoup de personnes non-chrétiennes y viennent, simplement parce qu'il ne s'agit pas d'églises et que ces attractions présentent le message de la Bible d'une manière presque "désarmante" : ce ne sont pas des prêches ou des endroits où l'on vous assomme avec la Bible... Et le public peut se faire sa propre opinion" quant au message biblique.

Force est de constater que le message créationniste et la lecture littérale des Écritures a trouvé son public : plus de 3 millions de visiteurs pour le musée de la Création en 11 ans ; plus de 2 millions pour l'Arche de Noé, ouverte au public en 2016.

La remise en cause de l'avortement comme objectif

Et le message va bien au delà de la seule interprétation littérale des textes bibliques. Le prosélytisme est aussi politique : "c'est normal", explique encore Ken Ham, "vos croyances affectent votre vision du monde. Si vous estimez que Dieu n'existe pas et que la Bible n'est pas une réalité, cela influera sur la manière dont vous concevrez le mariage : vous pourrez définir le mariage comme bon vous semblera... Cela influera sur votre perception de l'avortement... Si on n'est que des animaux, l'avortement revient à tuer un animal ; ça n'a pas vraiment d'importance ; mais si vous croyez en la Bible et que vous vous dites Chrétien, vous direz 'les hommes sont faits à l'image de Dieu', contrairement aux animaux... Et donc avorter revient à tuer un être humain à l'image de Dieu... Et c'est mal !"

Le combat contre le droit à l'avortement est en effet au centre des mobilisations des Évangéliques. Avec la nomination par Donald Trump de juges ultra conservateurs à la Cour Suprême américaine - Neil Gorsuch en 2017, Brett Kavanaugh il y a quelques semaines, les Évangéliques ont obtenu l'assurance de voir celles-ci mises ou remises en vigueur. La remise en cause du droit à l'avortement, par exemple, risque de très vite redevenir d'actualité à la Cour Suprême.

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