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Manifestation anti Brexit devant le parlement britannique le 4 juillet 2018.

Panique sur le Brexit

56 min

Alors que le Royaume-Uni doit quitter l’UE le 29 mars, aucun accord de retrait n’a encore été signé entre Londres et Bruxelles. Le 20 décembre, la Première ministre Theresa May a annulé le vote devant les députés sur l’accord trouvé avec les 27. La menace d'un "no deal" est plus que jamais redoutée.

Manifestation anti Brexit devant le parlement britannique le 4 juillet 2018.
Manifestation anti Brexit devant le parlement britannique le 4 juillet 2018. Crédits : Tolga Akmen - AFP

Les Britanniques ont voté lors du référendum de juin 2016 pour sortir de l’Union européenne. Mais ce qui ressemblait au départ à une querelle de leadership au sein du parti conservateur crée depuis deux ans et demi une situation d’incertitude pesante pour de nombreux secteurs de l’économie britannique.

Dans l’agroalimentaire et la grande distribution, on importe librement des produits du continent pour nourrir la population britannique surtout durant la saison froide, la perspective de revoir des barrières douanières et des queues aux postes frontières rend les logisticiens très inquiets surtout quand on parle de produits frais. Dans l’automobile, ce sont les pièces détachées que l’on importe et qu’il faudra stocker plus encore pour pallier les problèmes douaniers à venir. Dans les secteurs de l’éducation, où les programmes européens d’échange ont prospéré, les enseignants continentaux ont commencé à quitter les campus et l’avenir de ceux qui restent est suspendu à une hypothétique ratification par les parlementaires britanniques de l’accord négocié d’arrache-pied depuis le référendum.

L’Irlande du Nord et le backstop

Depuis quelques mois, cet accord a été complété par une clause de sauvegarde relative à l’Irlande. En effet, pour éviter le retour d’une frontière terrestre et la résurgence de tensions communautaires que les accords du vendredi saint et les généreux programmes européens ont calmées depuis près de 20 ans, une clause de sauvegarde - ou filet de sécurité, appelé "backstop" en anglais - complète l’accord principal relatit à l’Irlande. L’accord prévoit de déplacer la frontière douanière de l’Union européenne en mer d’Irlande pour éviter à tout prix le retour d’une frontière terrestre entre les deux Irlandes, le temps de négocier un traité commercial entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Mais pour le DUP, parti protestant d’Irlande du Nord dont les 10 députés à la Chambre des Communes font la majorité de Theresa May, cet accord de "backstop" est inacceptable. Il rompt le lien qui les unit depuis 1800 à la Grande-Bretagne, lien qui a survécu à l’indépendance de la République d’Irlande acquise à partir de 1921 et complété formellement en 1949.  Il faut préciser que l’essentiel du commerce de la province se fait à travers la mer d’Irlande et que la Grande-Bretagne utilise la province comme une réserve de main d’œuvre bon marché. Elle est d’ailleurs sous perfusion de Londres et de Bruxelles, ce qui lui interdit d’envisager un avenir en solo. La communauté d’affaire locale et les syndicats en sont parfaitement conscients et, pour des raisons différentes, ils soutiennent un accord garantissant le maintien de la liberté de commercer avec la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Union Européenne. 

Mais du côté du DUP protestant, c’est une question constitutionnelle. L’inquiétude traduit une peur de se retrouver en minorité dans une Irlande réunie ou non d’ailleurs. La province est en effet presque déjà majoritairement catholique. En 1920, les six comtés arrachés à la province de l’Ulster comptaient deux tiers de protestants. Ils étaient 48% au recensement de 2011 contre 45% de catholiques. Les démographes anticipent que les catholiques pourraient être majoritaires en 2021 alors qu’ils le sont déjà dans 4 comtés sur 6. 

Quels risques pour les expatriés européens ?

L’immigration fut le point de crispation et l’un des enjeux majeurs des Brexiters. Naturellement, c’est un point capital sur lequel Theresa May n’a fait aucune concession lors des négociations sur l’accord de retrait. Les admissions d’étrangers se feront sur la base des besoins britanniques, seuls obtiendront un permis de travail les candidats qui répondent à la liste des emplois dits « en tension ». L’entrée des travailleurs non qualifiés devraient être réduite.

Ces nouvelles dispositions et la montée de la xénophobie ont déjà incité de nombreux étrangers au départ. Plus de 15% de travailleurs venus des pays d’Europe centrale et orientale ont quitté depuis 2016 le Royaume-Uni, entraînant des manques de mains d’œuvre dans des secteurs comme l’agriculture, le bâtiment ou encore la santé. Pour les continentaux déjà installés au Royaume Uni et pour les Britanniques vivant sur le continent, rien ne devrait changer pendant la période de transition entre le 30 mars 2019 et 31 décembre 2020.

Les Européens ayant l’intention de séjourner plus de trois mois au Royaume-Uni devront toutefois s’enregistrer auprès du Home Office. Ceux entrés au Royaume Uni depuis plus de 5 ans et pouvant subvenir à leur besoin pourront obtenir un statut de résident permanent à durée illimitée. Tous devront faire une demande en ligne, des formalités qui leur coûteront 65 Livres (72€) par adulte et 32 Livres (35€) par enfant. 

Inquiets des conséquences du Brexit sur leur droit de rester en France, les Britanniques sont nombreux à demander un titre de séjour. Les demandes ont explosé tout comme les demandes de naturalisation qui cette année ont doublé voire triplé. Mais les démarches administratives sont longues et complexes et un dossier sur deux en moyenne est rejeté. 

L’incertitude qui plane sur l’accord de retrait entraîne des conséquences bien plus fâcheuses encore pour les Britanniques dans leur quotidien en France. La chute de la Livre sterling et le change leur est de moins en moins profitable et de nombreux retraités ont vu leur pension dépréciée de plus de 20 %. Nombreux sont ceux qui doivent renoncer à acheter une maison ou craignent de ne pouvoir avoir les moyens de rester en France.

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