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Kits de seringues propres, financé par le Fonds Mondial de lutte contre le sida, distribués au Maroc

Lutte contre le sida au Maroc : un financement en danger

54 min
À retrouver dans l'émission

Le Maroc a été le premier pays du Maghreb à signer en 2003 un partenariat avec le Fonds Mondial de lutte contre le sida. Depuis, le pays a bénéficié de 100 millions de dollars d'aide, notamment pour organiser la prévention. Mais cette manne pourrait se tarir en 2020, ce qui inquiète les associations

Kits de seringues propres, financé par le Fonds Mondial de lutte contre le sida, distribués au Maroc
Kits de seringues propres, financé par le Fonds Mondial de lutte contre le sida, distribués au Maroc Crédits : Tara Schlegel - Radio France

Au Maroc, l'Association de lutte contre le Sida - l'ALCS - est un acteur historique du combat contre le VIH. Dès le tout début de l'épidémie, dans les années 80, cette association a pris en charge des malades qui étaient alors ostracisés par la population.  

Fondée en 1988 par le professeur Hakima Himmich, chef du service des malades infectieuses de l'hôpital Ibn Rochd - l'ALCS est devenue au fil des ans l'interlocuteur privilégié du gouvernement marocain. Elle est le premier bénéficiaire de l'aide que le Fonds Mondial contre le VIH, le paludisme et la tuberculose alloue au Maroc.  Cette aide transite par le Ministère marocain de la Santé, qui redirige ensuite les fonds - notamment vers l'ALCS. Hakima Himmich, qui a porté toute cette histoire à bout de bras, raconte les débuts de l'aventure :

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"Cette association, pendant des années, avait un budget dérisoire et un petit local à la faculté de médecine. Aujourd'hui, elle compte 100 salariés."

Ce n’est qu’en 1985 que j’ai diagnostiqué le premier patient à Casablanca, il est évident qu’il devait y en avoir d’autres mais ils ont dû décéder sans être diagnostiqués. Que je me soins intéressée à la partie médicale, c’est tout à fait normal. Mon service était le seul service de maladies infectieuses au Maroc à l’époque et il était donc évident que c’était dans mon service qu’on allait prendre en charge les personnes atteintes d’infection au VIH.                                  
Ce qui était moins évident était de créer une association. Dès 1988, alors qu’il y avait moins de vingt cas d’infection à VIH au Maroc, j’avais participé au deuxième Congrès international sur le Sida qui avait eu lieu à Paris et déjà à l’époque les dimensions non médicales du VIH étaient évidentes. Il était évident que cette infection avait une dimension sociale et économique très importante. Mon côté militant remonte plus loin, j’ai milité à l’Union nationale des étudiants du Maroc - l’UNEM - j’ai milité dans l’ex-Parti communiste marocain – qui s’appelait parti de la libération et du socialisme - j’ai milité dans une formation d’extrême gauche dont les membres ont subi une répression noire du temps de Hassan II et puis j’ai arrêté de militer pour préparer l’internat des hôpitaux de Paris. Mais cet intérêt pour les populations les plus démunies et pour les droits humains était là. Alors plutôt que d’aller à nouveau militer dans un parti, je suis allée militer dans la société civile. Et je ne le regrette pas du tout.  Avec une petite poignée de personne, au début c'étaient mes élèves, quelques collègues professeurs et quelques bénévoles, nous avons créé l’ALCS.

Usagère de drogue dans le bus de dépistage de l'ALCS à Tétouan
Usagère de drogue dans le bus de dépistage de l'ALCS à Tétouan Crédits : Tara Schlegel - Radio France

Un peu plus de 12 000 malades selon les dernières statistiques disponibles et 23% de séropositifs qui s'ignorent

Le Fonds Mondial de lutte contre le VIH est arrivé dès 2003 au Maroc. L'institution internationale a octroyé environ 100 millions de dollars au Royaume au cours de toutes ces années. Ce financement a été indispensable pour permettre la prise en charge globale des personnes vivant avec le VIH - notamment via l'ALCS. Ces malades sont au nombre de 12 413 selon les dernières statistiques disponibles - et 23% des séropositifs s'ignorent encore. Pour atteindre les populations les plus vulnérables au virus, l'ALCS met donc en place des stratégies de dépistage ciblées vers ce que l'on nomme les populations clés : les homosexuels, les usagers de drogue injectable, les travailleuses du sexe, les migrants et les détenus. 

L'enveloppe de tous ces programmes - que porte l'ALCS et financés en grande partie par le Fonds Mondial - ne cesse pourtant de diminuer. Bouteina L Omari gère depuis 2002 ces aides internationales, au sein du ministère de la Santé. Elle explique très précisément à quoi servent ces sommes et comment il a fallu jongler pour poursuivre la lutte, malgré leur diminution :

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"On doit accélérer la lutte contre le VIH avec moins de fonds. Nous avons donc été obligés de jongler."

J’ai eu la chance de suivre tout ce travail, puisque le Maroc a été parmi les sept premiers pays au monde à bénéficier du Fonds Mondial. Si l’on prend globalement ce qui a été mobilisé jusqu’à aujourd’hui, on peut arrondir la somme à 100 millions de dollars pour la lutte contre la tuberculose et le VIH. Il faut savoir qu’au Maroc, le paludisme a été éliminé depuis quelques années donc nous ne sommes pas éligibles et nous n’avons pas eu besoin d’utiliser les fonds du Fonds Mondial contre le paludisme. Depuis 2014, le Fonds Mondial a pris la décision stratégique d’affecter des enveloppes budgétaires aux différents pays selon le poids et la charge de l’épidémie et selon le niveau socio-économique du pays. Pour la période 2018-2020, le Maroc s'est vu attribuer environ 15 millions de dollars. Quand on compare à la période précédente, on était à 37 millions de dollars. Cela représente à peu près une réduction de moitié. Avec 13 millions de dollars pour le VIH et environ 2 millions pour la tuberculose.

Le Maroc, unique pays du Maghreb à avoir mis en place la PrEP, un traitement préventif du VIH

Comme dans tous les pays aidés par le Fonds Mondial, l'Etat marocain a été obligé de mettre en place une  instance de coordination nationale qui gère concrètement la distribution de l'argent et prépare les demandes de financement pour les années suivantes. Ce mécanisme que l'on nomme CCM  (Country Coordinating Mechanism) permet de réunir autour d'une même table les acteurs institutionnels, la société civile et le représentants des personnes vivants avec le VIH, ainsi que les représentants des "populations clés". Ce dialogue est un élément fondamental qui explique en grande partie la réussite de la prise en charge des malades du Sida au Maroc, comme dans d'autres pays.

Le Fonds mondial a aussi toujours insisté pour que les autorités locales - qui bénéficient de ses aides - prennent en charge une partie des financements grâce à leurs fonds propres. Ainsi, au Maroc, le ministère de la Santé finance-t-il environ 50% de la lutte contre le Sida. Grâce à l'achat des médicaments - qui sont mis gratuitement à la disposition de tous les malades - grâce au financement des salaires des médecins et grâce à la mise à disposition d'un grand nombre de locaux. Le Dr Amina El Kettani était - jusqu'à il y a peu - la responsable du programme de lutte contre le Sida au sein du ministère de la Santé. Elle revient sur l'implication très forte des autorités marocaines et sur les avancées considérables que l'arrivée du Fonds mondial a permises. Elle cite, par exemple, l'introduction de la PrEP - un traitement préventif du VIH - qui en Europe a permis à la communauté homosexuelle de voir les contaminations baisser de façon spectaculaire. Ce traitement novateur est donc présent, au Maroc et c'est le seul pays du Maghreb à l'avoir mis en place. 

Le Dr El Kittani met aussi en évidence, à la fin de son intervention, à quel point il est important de mobiliser toute la société, y compris le ministère des Affaires islamiques. 

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9 min
L’Etat marocain en la personne de sa majesté le Roi s’est toujours engagé dans la lutte contre le Sida.

Le premier exemple qui me vient en tête, c’est la PrEP – le programme de prophylaxie pré-exposition au VIH – que l’on voudrait étendre. Pour cela nous avons besoin de l’appui du Fonds Mondial qui est, de toutes façons, le partenaire qui nous apporte le financement le plus important. Je parlerai aussi des études qui nous permettent d’avoir des interventions pertinentes et ciblées. Il s’agit d’établir une cartographie des « populations clés ». Cela permet de localiser les hot spots : on voit où se regroupent les gens aussi bien sur le plan géographique que temporel. Les intervenants des ONG peuvent alors faire leur travail de sensibilisation avec un meilleur impact. Ce sont des exercices lourds en terme financier. Et que nous devons au Fonds Mondial. 

Usager dans la médina de Tétouan
Usager dans la médina de Tétouan Crédits : Tara Schlegel - Radio France
Intervenants
  • ambassadrice pour la santé mondiale
  • directeur de Coalition PLUS Afrique. Coalition PLUS est une union internationale d'organisations communautaires de lutte contre le sida et les hépatites
L'équipe
Production
Journaliste
Réalisation
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