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Medina et ses neveux reviennent du Centre de loisirs, l'association Casa règle les 7 euros par jour et par enfant.

Migrants en Auvergne : la solidarité au quotidien

55 min

Quand des citoyens ordinaires tendent la main aux étrangers. Le collectif CASA est né à Billom, en 2015, au plus fort de la crise des migrants. En trois ans, il a aidé 6 familles à survivre. Venues du Kosovo, de Syrie ou du Daghestan. Tara Schlegel est partie à la rencontre de ces bénévoles.

Medina et ses neveux reviennent du Centre de loisirs, l'association Casa règle les 7 euros par jour et par enfant.
Medina et ses neveux reviennent du Centre de loisirs, l'association Casa règle les 7 euros par jour et par enfant. Crédits : T.S. - Radio France

Ils ont vu cette photo terrible : le corps du petit Aylan, enfant syrien, échoué sur une plage turque.  Ils ont lu l’histoire de Mamadou, amputé des deux pieds après avoir traversé le col de l’Echelle, dans les Hautes-Alpes. Ou bien, ils ont découvert – au coin de leur rue – une famille endormie sur le trottoir. 

Quand d’autres redoutent l’invasion, ou estiment qu' "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" ils ont ressenti de la honte, de l’impuissance, ou de la colère et décidé d'agir tout de suite. Ces citoyens engagés sont-ils naïfs ou clairvoyants ?  

Le reportage raconte l'histoire de CASA - un collectif créé en octobre 2015 au plus fort de la crise des migrants.  En trois ans, il a aidé une poignée de familles de "réfugiés". Ce terme est un peu un abus de langage car justement, il ne s'agissait pas de faire la distinction entre les "bons" et les "mauvais" migrants. 

Aux origines de Casa - la famille de Daniel et Amalya

A l'origine de cette aventure, il y a eu l'indignation de Françoise et de Flore, deux enseignantes en collège, qui n'ont pas supporté la photo du petit Aylan. Elles ont décidé, pour la première fois de leur vie, de ne pas s'en tenir à des pétitions mais d'agir concrètement pour venir en aide aux étrangers en détresse. Flore raconte son expérience comment, à l'automne 2015, elle a décidé de se rendre sur un campement où des familles Rom venaient d'être expulsées. 

Avec Françoise, elles ont rencontré la famille de Daniel et Amalya qui est venue ensuite s'installer dans le Puy-de-Dôme. Flore : 

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22 min
"Tu sais il n'y a pas que sur les plages de Grèce qu'il faut aller. A La Courneuve les gens sont à la rue avec des bébés".

Flore poursuit le récit, en parlant de Daniel qui est parvenu à s'en sortir. Il a aujourd'hui un CDI et il a pu emprunter de l'argent pour s'acheter une maison. 

Daniel et sa fille Bianca, au balcon de la maison qu'ils ont achetée. Amalya se tient devant la porte.
Daniel et sa fille Bianca, au balcon de la maison qu'ils ont achetée. Amalya se tient devant la porte. Crédits : T.S. - Radio France

Mais avant de devenir propriétaires, Daniel et sa femme, qui sont Roms de Roumanie, ont dû franchir plusieurs obstacles. Flore : 

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7 min
"Pour pouvoir rentrer dans les clous, il faut prouver trois mois de domicile fixe. Solidarité du village, le maire a été informé".
Amalya, Bianca et leur amie Flore, dans le salon de la nouvelle maison
Amalya, Bianca et leur amie Flore, dans le salon de la nouvelle maison Crédits : T.S. - Radio France

Amalya ne parle pas encore très bien français. Elle prend des cours dans l'optique de pouvoir passer son permis de conduire. Après avoir décrit sa situation, elle nous montre la maison de ville dont elle est désormais propriétaire. C'est son père, venu exprès de Roumanie, qui l'a aidée pour les travaux.

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4 min
"oui je suis fière parce que : une maison habitable ! avec les enfants qui sont là. C'est mon papa qui m'a aidée."

D'autres parcours : la famille de Djémilé fuit le Kosovo depuis 18 ans

Toutes les histoires ne ressemblent pas forcément à la "success story" de Daniel. La famille de Djémilé n'a pas le même parcours. Venue d'une grande famille Rom du Kosovo, son père l'a entraînée dans sa fuite, avec son mari et ses 6 enfants. Depuis la fin des années 90, la famille erre donc de pays européen en pays européen, sans jamais parvenir à concrétiser une demande d'asile. Djémilé et Ysuf - son fils aîné - ainsi que sa cadette, Medina, tentent de raconter leur épopée. Au moment de leur fuite, le père de Djémilé avait été accusé d'avoir pris le parti du Serbe, Milosevic. 

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4 min
Ils disent que mon grand-père a tué des gens et ils veulent se venger. Mais ce n'est pas ma guerre à moi !

Mais pourquoi la famille ne cherche-t-elle pas à rentrer au Kosovo, après 18 ans d'errance ? Parce qu'elle craint pour sa vie, expliquent Djémilé et ses enfants : 

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2 min
"les Albanais sont venus avec leur char, ils ont cassé nos portes et ils ont dit aux femmes "vous avez 5 minutes pour fuir."
Maksut prépare le carton de livres à vendre lors de la prochaine brocante.
Maksut prépare le carton de livres à vendre lors de la prochaine brocante. Crédits : T.S. - Radio France

Maksut, l'un des fils âgé de 21 ans, a été renvoyé au Kosovo quand il se trouvait en Allemagne. Il a mis quatre mois pour revenir clandestinement retrouver sa femme qui était enceinte. Il raconte combien son expérience au Kosovo, où la minorité Rom est persécutée, l'a traumatisé. 

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3 min
"au Kossovo, je suis un étranger, mais un étranger pire qu'en Allemagne. Je suis un étranger Rom"

Dans la famille de Djémilé, la plus jeune des filles, Medina a la chance de poursuivre ses études. Elle entame un CAP d'aide à la personne ce mois-ci et raconte son espoir mais aussi sa fatigue :

A 17 ans, Medina rêve de devenir éducatrice pour enfants, en attendant elle prépare son CAP d'aide à la personne.
A 17 ans, Medina rêve de devenir éducatrice pour enfants, en attendant elle prépare son CAP d'aide à la personne. Crédits : T.S. - Radio France
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"moi j'étais toujours à la maison, et il fallait que je courre après les papiers, les restaus du coeur. On m'a volé un peu mon enfance"

Medina a vécu des périodes difficiles, quand ses parents -à bout de ressources - ont été contraints de laisser les enfants dormir dehors, comme s'ils n'avaient plus de famille. Dans l'espoir que la police les mette à l'abris. Elle raconte cet épisode de sa vie, particulièrement douloureux, qui ne l'empêche pourtant pas de chanter : 

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11 min
"Même si on était dehors, on était tous ensemble et c'était mieux d'être ensemble que de penser toujours aux autres : ont-ils mangé? "

Les bénévoles de l'association CASA se relayent auprès des familles pour une aide très quotidienne. Ce jour là, Eliane vient parler de la brocante qui se tiendra d'ici quelques jours... 

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4 min
"La dame pour la brocante, elle ne voulait pas leur louer un emplacement. Donc je donne mon nom, elle est très gentille".

Djémilé, que tout le monde surnomme ici la "grand-mère" n'a que 38 ans. Son mari est décédé et elle s'est donc retrouvée à Billom, il y a plus de deux ans maintenant, avec 5 de ses 6 enfants et 8 petits-enfants. Avec son fils, Ysuf, elle raconte l'aide si précieuse que lui apportent les membres de CASA  

L'appartement dans lequel loge la famille se situe au dessus de la pharmacie.
L'appartement dans lequel loge la famille se situe au dessus de la pharmacie. Crédits : T.S. - Radio France

Grâce à l'association, la famille est logée au dessus de la grande pharmacie de la ville. Ysuf et Djémilé : 

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"je suis moins stressée. On a de l'aide partout et quand on a besoin de parler, Casa dit "un jour ils vont venir les papiers" et ça moi j'ai besoin.

Le soutient presque ordinaire des habitants de Billom

C'est Georges, le pharmacien du centre ville, qui héberge la famille de Djémilié dans un appartement au dessus de son commerce. Modeste et discert, il procure néanmoins une aide directe et indispensable : l'appartement se déploie sur deux étages, avec une grande terrasse - c'est bien ce qu'il faut à une famille qui compte maintenant 17 membres, après la naissance de deux enfants l'an passé. Georges : 

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10 min
"c'est bien d'apporter un peu de bien être à des gens qui en ont besoin. "

Parmi les plus fidèles soutiens de la famille de Djémilé, il y a Myriam. Elle s'occupe particulièrement de Medina, la jeune fille de 17 ans qui partage avec elle ses doutes et ses espoirs. Myriam : 

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"On s'est rencontrées toutes les deux, il s'est passé quelque chose. On n'avait d'autres choses à se dire que faire les devoirs".

L'aide aux familles se fait donc quotidiennement et chaque bénévole prend en charge une partie du travail. Ainsi Manon, éducatrice spécialisée, et sa maman Lydie ont-elles décidé d'épauler, justement, la famille de Djémilé. Elles font leur "maximum" comme le dit Lydie, mais elles sont aussi conscientes que la situation administrative de ces 17 migrants est bien précaire. 

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10 min
"On évite de penser un peu à l'avenir. Il y a des refus de l'OFPRA qui ont été formulés . Et si les refus sont pour tous, que va-t-on faire ?
Françoise et Annette sont là depuis les débuts de Casa
Françoise et Annette sont là depuis les débuts de Casa Crédits : T.S. - Radio France

Françoise se consacre, elle, surtout à la famille qui loge au dessus de la poste, dans un local mis à la disposition par la mairie. C'est ici que vit une femme qui a subi de graves violences conjugales et ses deux enfants. Françoise nous parle d'abord - cela dit - de son tout premier engagement. Celui qui l'a conduit, avec Flore à La Courneuve pour aller chercher Daniel et Amalya. Elle garde un souvenir très vif de ce moment. Annette, qui elle aussi fait partie des débuts de Casa, détaille ici quelque-uns des débats qui agitent le collectif. Françoise et Annette : 

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7 min
"Si on continue à les considérer comme gens qui ne sont pas bien pour notre société, à ne pas voir leur humanité, on va vers une guerre civile. "

Une aide sur mesure, car chaque étranger a son parcours - la famille de Ali Khan et Jamila

Aucune des familles prises en charge par CASA ne se ressemble. Pierre, l'un des bénévoles, accueille ainsi dans son appartement (qui était vide) un couple et ses deux bébés qui viennent de naître. Eux viennent du Daghestan, province russe où ils se sentent persécutés : 

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9 min
"on ne comprend pas que des gens comme ça soient abandonnés. L'Etat les a autorisés à travailler et les laisse tomber."

La toute première famille arrivée autour de Billom - la famille Maliki.

Claude et son mari Daniel ont été les premiers à accueillir une famille, venue elle aussi du Kosovo. Six personnes, adressées par un avocat, qui sont venues en mai 2015 - avant même la création de CASA - s'installer chez eux provisoirement. D'abord prévu pour 2 semaines, le séjour s'est prolongé des mois. Claude nous accueille dans son ancienne maison, reconvertie en gîte rural :

Claude et Daniel ont accueilli une famille de 6 personnes dans leur gîte rural
Claude et Daniel ont accueilli une famille de 6 personnes dans leur gîte rural Crédits : T.S. - Radio France
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"On avait un peu peur aussi des gens, parce que dans les villages ... du coup on ne disait rien, mais ça mettait le doute ! "

Annette a vécu aussi de très près cette première aventure, avant même la création de Casa. Elle résume la situation de cette famille : 

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3 min
"Le seul espoir c'est le garçon qui a 16 ans, c'est un matheux dégourdi. L'espoir c'est que la France lui permette de faire des études".
Le gîte rural où Claude a hébergé quelques temps la famille de Fjolla
Le gîte rural où Claude a hébergé quelques temps la famille de Fjolla Crédits : T.S. - Radio France

Les pouvoirs publics ont toujours soutenu Casa 

Dès le début de l'aventure les pouvoirs publics ont été du côté des citoyens engagés dans Casa. La mairie Front de Gauche de Billom fut associée au collectif. C'est elle qui a prêté une salle municipale, pour les réunions fréquentes du groupe. Elle a aussi mis un logement à la disposition d'une des familles. Tous les élus, majorité et opposition confondues, ont accepté ce projet. 

La mairie de Billom, où siège une majorité Front de Gauche
La mairie de Billom, où siège une majorité Front de Gauche Crédits : T.S. - Radio France

Jean-Michel Charlat, le maire de Billom : 

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9 min
Nous on continuera à les aider. Il n'est pas question qu'on leur demande de quitter le logement ou de quitter Billom.On verra ce que dit la Préfecture

Jacques Fournier a une lecture très politique de cette aventure. Au delà de l'évidence - qui veut que quand des gens se noient, on tend la main -  cet élu revient sur la question de l'immigration, trop souvent instrumentalisée par les politiciens. Il critique aussi vivement la Région, présidée par Laurent Wauquiez. Jacques Fournier, adjoint à l'urbanisme, à l'environnement et au patrimoine : 

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17 min
"Notre région est gouvernée de façon extrêmement cynique.Les responsables surfent sur les sentiments les plus bas. En réalité, les gens accueillent

Jacky Grand est adjoint au maire, chargé de la culture et de la vie associative. Il explique combien cette ville est accueillante, avec son passé de résistance au nazisme. Mais aussi que l'extrémisme gagne les campagnes : 

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6 min
"Dans un monde où il faut être plus fort que le voisin, il y a des gens qui résistent. Mais lorsque nous avons été élus, notre opposant était FN."
L'équipe municipale, Jacky Grand à gauche et Jacques Fournier à droite encadrent Jean-Miche Charlat
L'équipe municipale, Jacky Grand à gauche et Jacques Fournier à droite encadrent Jean-Miche Charlat Crédits : T.S. - Radio France

Dans la ville, même l'opposition a soutenu le projet de Casa. Une grande partie des habitants ne connaissent d'ailleurs pas vraiment les migrants, qui se fondent dans la population. Jean Jallat est l'un des élus de l'opposition, ancien cadre de l'agriculture - il travaille encore beaucoup à l'étranger, en Afrique et Europe de l'Est, pour monter des projets de développement. Nous avons rendez vous au café, juste en face de la mairie : 

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5 min
"L'intéressant c'est que personne ne s'en est aperçu, c'est ça le secret de l'intégration.Quand ce sont des arrivées en masse, ce n'est pas pareil! !"

Au café certains habitants sont moins solidaires ...

Mais tout le monde n'adhère pas aux principes du collectif Casa. Au café, nous rencontrons par hasard deux habitants. Ils sont fils d'immigrés espagnols, engagés dans les activités sportives de la ville. Et ils ne souhaitent pas donner leurs noms : 

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7 min
"S'ils respectent les valeurs de la République, comme nos parents immigrés l'ont fait, ils ont le droit. S'ils cassent les valeurs, ils repartent !
Maksut, l'un des quatre fils de Djémilé
Maksut, l'un des quatre fils de Djémilé Crédits : T.S. - Radio France

Terminons sur une note d'espoir, qui pourrait cependant s'éteindre rapidement si l'administration française ne lui reconnaît pas le statut de réfugié. L'un des fils de Djémilé, Maksut s'est vu opposer récemment un refus de l'OFPRA mais son dossier est encore en cours d'examen, puisqu'il a usé de son droit de recours, auprès de la Commission Nationale du Droit d'Asile, la CNDA. 

Maksut a 21 ans, il rêve son avenir, assis sur la terrasse de sa grande maison : 

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5 min
Où je serai dans 5 ans ? A Billom, pour me faire une petite vie. Acheter une petite maison, avec un petit jardin. Un petit chien peut-être ...
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