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Après seulement 24 heures de mer, les pêcheurs de San Benedetto del Tronto sur la mer Adriatique reviennent au port en pleine nuit avec toutes sortes de déchets marins, la plupart en plastique

Plastique en mer : la prise de conscience italienne

55 min
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Comment lutter efficacement contre la pollution plastique en mer ? L’Europe finance plusieurs programmes et en Italie cela fonctionne bien. Entre 2016 et 2021, 170 000 Italiens ont participé à toutes sortes d’actions pour nettoyer la mer. Résultat : 112 tonnes de déchets marins ont été récoltées.

Après seulement 24 heures de mer, les pêcheurs de San Benedetto del Tronto sur la mer Adriatique reviennent au port en pleine nuit avec toutes sortes de déchets marins, la plupart en plastique
Après seulement 24 heures de mer, les pêcheurs de San Benedetto del Tronto sur la mer Adriatique reviennent au port en pleine nuit avec toutes sortes de déchets marins, la plupart en plastique Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Notre épopée débute sur la plage de Fiumicino, à quelques kilomètres à peine de Rome. Fiumicino, c'est aussi l'aéroport de la capitale italienne où nombre de touristes atterrissent pour visiter le pays. Mais selon la porte-parole du projet européen Clean Sea Life, Eleonora de Sabata, "le premier point de rencontre avec les touristes se fait dans l'endroit le plus sale d'Italie. Cette plage est très proche de l'embouchure du Tibre qui charrie - comme tous les fleuves du monde - une grande quantité de déchets dans la mer". Et cela se voit ! Les déchets sont partout mais surtout sur les plages qui n'accueillent pas d'établissements balnéaires : "Certaines plages sont à peine nettoyées et l'on peut voir énormément de déchets. Ce sont des objets de la vie courante, comme des bouteilles de jus de fruits que l’on voit là… des stylos, des bocaux, des boîtes… c’est très représentatif de ce que nous trouvons un peu partout."

La plage de Fiumicino en face des pistes d'atterrissage de l'aéroport de Rome est remplie de déchets lorsqu'elle n'est pas nettoyée
La plage de Fiumicino en face des pistes d'atterrissage de l'aéroport de Rome est remplie de déchets lorsqu'elle n'est pas nettoyée Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Car, grâce au projet Clean Sea Life, Eleonora de Sabata a parcouru les côtes italiennes pendant plusieurs années. Ce projet de sensibilisation est né il y a déjà sept ans dans les esprits et c’est le Parc naturel de l’Asinara, à la pointe nord-ouest de la Sardaigne, qui a été choisi comme lieu pilote, comme chef de file. L'Asinara est une réserve naturelle et protégée absolument magnifique mais qui - il y a peu - accueillait une zone industrielle polluante qui a fermé depuis. Sur l'île, nous croisons des sangliers, des mouflons, des chevaux, des chèvres et même des ânes albinos, une espèce unique qui ne vit que sur l’île de l’Asinara. Il y aussi un clinique pour animaux marins. Un lieu idyllique et parfaitement adapté pour sensibiliser la population à la protection de la nature et à la préservation de la biodiversité terrestre et marine. 

La pêche au plastique pour nettoyer la mer

Après les côtes sardes de la mer Tyrrhénienne, direction les côtes de la mer Adriatique dans la région des Marche, plus précisément à San Benedetto del Tronto, au sud d’Ancône. Car ici les pêcheurs sont encore nombreux - une centaine - et le port de pêche de San Benedetto del Tronto a été l’un des plus importants d’Italie. Depuis plus de quatre ans maintenant, les pêcheurs se sont unis pour lutter contre la pollution plastique. 

La première personne que l’on rencontre sur le port est le curé des pêcheurs, Don Giuseppe Giudici, l’aumônier du port de San Benedetto del Tronto. C’est lui qui fédère les pêcheurs. Si la plupart d’entre eux s’est lancé dans la pêche au plastique grâce au projet Clean Sea Life, beaucoup ont aussi pris conscience grâce à Don Giuseppe qu’il fallait protéger la nature.  

Don Giuseppe Giudici, l'aumonier du port de San Benedetto del Tronto, arrive en scooter pour prendre soin de ses "pêcheurs"
Don Giuseppe Giudici, l'aumonier du port de San Benedetto del Tronto, arrive en scooter pour prendre soin de ses "pêcheurs" Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Avant les pêcheurs étaient ceux qui salissaient la mer - on doit se le dire - mais ils sont devenus ceux qui la nettoient et ceux qui y tiennent.

Don Giuseppe les a même amené voir le pape au Vatican. "François a été impressionné par ce projet de pêche au plastique" raconte l'aumonier du port. "Depuis qu'il a entendu parler de cette initiative, le Pape l’a citée à plusieurs reprises comme un exemple pour l'environnement, un exemple d'écologie intégrale, une manière de montrer que les petits gestes peuvent servir pour prendre soin de l'environnement" explique Don Giuseppe qui ajoute : "Le pape a voulu les voir et maintenant il en parle à tout le monde, on nous a même dit au Vatican qu’il parle de cette expérience aux chefs d'État qu’il reçoit !" 

Un panneau de l'exposition de Clean sea life avec une photo du pape François qui a reçu en audience privée 70 pêcheurs de San Benedetto del Tronto
Un panneau de l'exposition de Clean sea life avec une photo du pape François qui a reçu en audience privée 70 pêcheurs de San Benedetto del Tronto Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Mais lorsque les pêcheurs rapportent leurs déchets marins à terre, il faut bien les récolter, les trier. Mais rien n'est fait au niveau national pour se saisir du problème alors à San Benedetto del Tronto, on a pris les devants.  

20% des déchets marins sont recyclables

Un autre homme a joué le jeu du projet Clean Sea Life, il est devenu partenaire de la pêche au plastique. Leonardo Collina, administrateur délégué de la PicenAmbiente, une entreprise semi-publique de collecte des déchets de la ville de San Benedetto del Tronto et de 27 villes de la province, s'est relevé les manches. Pendant plusieurs mois, il a étudié le type de déchets récupérés dans la mer pour savoir s’ils étaient recyclables.

Nous avons fait une analyse qualitative des déchets que nous avons échantillonnés et environ 20% des matériaux pourraient être récupérés et avoir une seconde vie dans l'économie circulaire. Mais il faudrait une filière de récupération spécifique, ce n’est pas comme le recyclage ordinaire des déchets urbains. Et pour l'instant, il y a une loi qui se prépare la loi dite de "sauvegarde de la mer" mais qui est toujours en cours d'approbation. Et il est évident que tant qu'une loi n’est pas encore adoptée, elle ne peut produire aucun effet.

Une poubelle mise en place spécifiquement pour les déchets récupérés en mer sur le port de San Benedetto del Tronto
Une poubelle mise en place spécifiquement pour les déchets récupérés en mer sur le port de San Benedetto del Tronto Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

Pour le moment, il n’y a toujours pas de législation nationale et les pêcheurs ne sont donc pas incités à récupérer les déchets en mer en dehors d’actions précises. Car lorsque les déchets sont déposés à terre il faut bien les traiter et pour l’instant, excepté à San Benedetto del Tronto et quelques autres communes, personne ne paye pour cela ! San Benedetto est bel et bien une ville pionnière. Son maire Pasqualino Pionti est attentif à la sensibilisation mais aussi aux sanctions. 

La sensibilisation et l'information permettent de faire comprendre à la majorité des citoyens qu'ils doivent adopter un comportement approprié. Mais la minorité qui persiste encore à ne pas respecter les règles, à ne pas comprendre qu’elle se pénalise et qu’elle pénalise aussi les autres, cette minorité - qui met en danger l'ensemble de la communauté - doit impérativement être sanctionnée.

Le maire de San Benedetto del Tronto devant l'exposition de Clean sea lif qui retrace les actions des pêcheurs de plastique
Le maire de San Benedetto del Tronto devant l'exposition de Clean sea lif qui retrace les actions des pêcheurs de plastique Crédits : Bruce de Galzain - Radio France

A San Benedetto del Tronto, il est interdit de fumer sur les plages ; il est interdit de vendre des ballons en plastique qui sont lâchés dans l'air et polluent. Une attention particulière est aussi portée aux masques jetables que l'on trouve de plus en plus souvent par terre ou dans la mer. Rien qu’en 2020 en Italie, selon l'Institut supérieur de protection et de recherche pour l'environnement, les masques ont représenté entre 160 000 et 440 000 tonnes de déchets supplémentaires. Chaque mois, 3 millions de masques finissent dans la mer. 

Intervenants
  • patron de "Life" le programme géré par la Commission européenne consacré à l’environnement et à la lutte contre le changement climatique
  • docteur en biologie marine, présidente de la société Plastic@ Sea, coordinatrice de la "Mission Microplastiques" de la Fondation Tara Océan
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