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Détruite à 80% lors de la guerre contre Daech, Raqqa peine à se relever, la moitié de la ville reste à reconstruire.

Raqqa, capitale de la résilience

55 min
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Retour à Raqqa trois ans après la chute de Daech, dans ce qui fut la capitale autoproclamée du groupe État islamique : les habitants reconstruisent seuls, sans aide internationale et avec la menace djihadiste toujours présente.

Détruite à 80% lors de la guerre contre Daech, Raqqa peine à se relever, la moitié de la ville reste à reconstruire.
Détruite à 80% lors de la guerre contre Daech, Raqqa peine à se relever, la moitié de la ville reste à reconstruire. Crédits : Omar Ouahmane - Radio France

Libérée de Daech il y a plus de trois ans, Raqqa est encore en partie en ruines, la reconstruction avance au ralenti dans cette ville de l’est de la Syrie. Les habitants sont seuls face au défi de la reconstruction, livrés à eux-mêmes, sans aide de la communauté internationale. L’enjeu est de taille car si les djihadistes ont perdu le contrôle de la ville, ils n’en restent pas moins dangereux en raison de la présence de nombreuses cellules dormantes qui lancent régulièrement des attaques dans l’optique de se reconstituer.

La vie a repris à Raqqa mais au milieu des ruines, détruite à 80 % lors de la bataille contre Daech, la reconstruction avance au ralenti faute de moyens. Ibrahim Hassan est l’homme chargé, au sein du conseil civil de Raqqa, de la lourde tâche de relever la ville :

Si on doit parler de reconstruction, il faut d’abord évoquer les infrastructures de bases comme les canalisations, les conduites d’eau, l’assainissement ou l’électricité. On a dû commencer par ça car au début tout était détruit. Aujourd’hui on peut dire qu’une grande majorité des foyers a accès à l’eau. Quant à l’électricité, le réseau était également très endommagé, on est parvenu à ce jour à rétablir près de la moitié de la chaine de distribution électrique de la ville. Pour ce qui est de la reconstruction en tant que telle, je dois dire que l’on n’a reçu aucun soutien, aucune aide, aucun don pour reconstruire les habitations. C’est pourtant ce que nous avons toujours demandé à la communauté internationale, de nous aider vraiment à remettre sur pied la ville  car la plupart des habitants sont pauvres et n’ont pas les moyens de  reconstruire leurs maisons.          
Ibrahim Hassan, chargé de la reconstruction au conseil civil de Raqqa.

Un panneau "I love Raqqa" malgré les ruines et la pauvreté.
Un panneau "I love Raqqa" malgré les ruines et la pauvreté. Crédits : Omar Ouahmane - Radio France

Une population exsangue mais libérée de Daech

Symbole de la barbarie des djihadistes, la place Al Naïm : c’est notamment là que l’organisation terroriste avait l’habitude de commettre ses atrocités. Le rond-point a désormais retrouvé son animation d’antan, Dalal sirote un jus de fruit dans l’un des cafés de la place :

Cette place symbolise l’époque de Daech, elle représente l’horreur. Ça me rappelle des souvenirs douloureux, toutes ces têtes coupées. Je ne passais jamais par là car c’était la place de l’enfer.  C’était un vrai cauchemar. Aujourd’hui, on est soulagés psychologiquement, on peut marcher en paix, il n’y a plus d’avions pour nous bombarder. J’ai frôlé la crise cardiaque. Oh mon dieu c’était horrible. Ca fait bientôt 4 ans et seulement la moitié de Raqqa a été reconstruite. Quand nous sommes revenus, tout était en ruines, la ville avait été détruite à 80 %. On est arrivés juste après la libération, c’était incroyable, les rues étaient bouchées par les gravats, il y avait de la poussière partout. La vie était impossible, il n’y avait pas d’électricité, il n’y avait pas d’eau, il y avait de la poussière partout. C’est nous qui l’a reconstruisons, c’est grâce aux efforts des habitants, nous le faisons de nos propres mains. Ils l’ont détruite et c’est à nous de la reconstruire ? C’est pas de notre faute, ce n’est pas nous qui avons emmené Daech à Raqqa. On y est pour rien, Ils l’ont détruite, c’est à eux de  la reconstruire ! »          
Dalal, un habitant de Raqqa.

La place Al Naim était le lieu où Daech procédait aux exécutions.
La place Al Naim était le lieu où Daech procédait aux exécutions. Crédits : Omar Ouahmane - Radio France

Une ville en chantier où survivent des milliers de familles livrées à elles même dans le plus grand dénuement : Youssef et Dima, jeunes parents de 5 enfants, habitent un appartement sans portes ni fenêtres :

Le plus dur, c’est pour les enfants, ils tombent souvent malades à cause de l’humidité, ici c’est humide 24h sur 24, l’hiver il fait un froid glacial, il n’y a pas de chauffage, ni d’eau chaude, rien. Et l’été est brûlant, on est envahis par les moustiques... Si on avait de l’argent, on mettrait une porte au moins pour les enfants mais on a pas les moyens, cela fait 4 mois que mon mari ne travaille pas et reste à la maison. Mais il n’y a pas de travail. Je suis inquiète pour mes enfants, ils me demandent d’acheter des choses que je ne peux pas leur offrir, ils me réclament de la bonne nourriture mais je n’en ai pas.          
Dima, jeune mère de cinq enfant.

Youssef et Dima, jeunes parents de cinq enfants, habitent un appartement insalubre et vivent dans la grande pauvreté.
Youssef et Dima, jeunes parents de cinq enfants, habitent un appartement insalubre et vivent dans la grande pauvreté. Crédits : Omar Ouahmane - Radio France

"Nous sommes des morts-vivants

Sans travail ni ressource, une grande partie de la population de Raqqa a basculé dans une situation d’insécurité alimentaire : rares sont ceux qui mangent à leur faim. L’économie locale s’est effondrée à l’image de la monnaie nationale qui a atteint son plus bas historique sur le marché noir frôlant les 4 000 livres pour un dollar ; une chute de près de 100 % en 10 ans. Dans l’un des marchés de la ville de Raqqa, les habitants évoquent une vie impossible :

Le dollar ne fait que monter, chaque jour il augmente de 200 ou 300 livres. On se couche le soir et le matin, le dollar a encore monté. Regardez le petit morceau de poulet que je viens d’acheter, il va nous faire le mois alors qu’avant on pouvait s’en offrir plusieurs fois par mois. Nous ne sommes que deux, mon mari et moi c’est tout. Comment font les familles qui ont des enfants ? Que dieu leur vienne en aide. Les gens n’achètent que l’essentiel, que de quoi manger quand ils peuvent, ils ne vont plus chez le médecin, ils n’achètent plus de vêtements, l’urgence c’est de rester en vie. C’est tout. Nous sommes des morts-vivants. Je ne vois pas ce qu’il pourrait y avoir de pire. Ils nous étranglent.          
Une habitant de Raqqa

Un étal de légumes à Raqqa : en plus de la reconstruction très lente, les habitants doivent aussi faire avec l'inflation de la livre. La monnaie syrienne ne cesse de perdre de la valeur face au dollar.
Un étal de légumes à Raqqa : en plus de la reconstruction très lente, les habitants doivent aussi faire avec l'inflation de la livre. La monnaie syrienne ne cesse de perdre de la valeur face au dollar. Crédits : Omar Ouahmane - Radio France

Comme ailleurs en Syrie, de nombreux habitants de Raqqa n’ont plus les moyens d’acheter un repas de base. En raison de la guerre qui est entrée dans sa onzième année, ce qui a engendré des déplacement des populations. Six millions de Syriens sont réfugiés et six autres déplacés, sans oublier le Covid-19 qui frappe de plein fouet le pays.

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