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Capture d'écran montrant les ustensiles utilisés par Semmelweis pour se laver les mains avant ses consultations

3. La découverte

58 min

Semmelweis entre dans le service d’obstétrique du Pr.Klein, mandarin très rétrograde. Jeune assistant à l'esprit libre et rigoureux, ne se satisfaisant pas des croyances sur la fièvre puerpérale, il découvre que ce sont les mains souillées des médecins qui sèment la mort.

Capture d'écran montrant les ustensiles utilisés par Semmelweis pour se laver les mains avant ses consultations
Capture d'écran montrant les ustensiles utilisés par Semmelweis pour se laver les mains avant ses consultations Crédits : "Josephinum Museum" de Vienne (Autriche) - Facebook

Assistant sans poste, Semmelweis en profite pour étudier de près les épisodes de fièvre puerpérale qui s'abattent régulièrement dans la maternité de l’hôpital général de Vienne. Il compile les archives, dresse des statistiques et se rend tous les jours à la morgue pour examiner les cadavres. En juillet 1846, il entre enfin dans le département d’obstétrique du Professeur Johann Klein. Ce grand service compte près de 800 lits et accueille des patientes pour la plupart pauvres, mères célibataires ou prostituées. En échange de soins gratuits, ces femmes se soumettent à des examens à visée pédagogique dans des conditions d’hygiène sommaires.

Gravure représentant l'hôpital général de Vienne (Autriche, 1733)
Gravure représentant l'hôpital général de Vienne (Autriche, 1733) Crédits : Imagno - Collection Hulton Archive/Getty Images - Getty

Quand elles entrent dans ces établissements, les femmes deviennent des corps qu'on manipule. À l'échelle de leur existence, elles ont entre 6 et 10% de risque de mourir en couches. Nathalie Pranchère, diplômée de l'École des Chartes, archiviste paléographe, chargée de recherche au CNRS

Semmelweis travaille jour et nuit dans des conditions très difficiles. En période de fièvre puerpérale, la maternité offre un terrible spectacle : les jeunes accouchées hurlent de douleur, elles délirent. Leurs corps gonflent, elles étouffent. Ces morts atroces atteignent profondément Semmelweis, qui veut comprendre et surtout agir. 

Illustration du 19ème siècle montrant une femme morte en couche
Illustration du 19ème siècle montrant une femme morte en couche Crédits : Getty

La mort de ces femmes rongeait Semmelweis. Par la seule force de son raisonnement et de son cerveau, il veut en découvrir la cause. Andreas Bikfalvi, médecin chercheur à l’Inserm

Vers 1850, la fièvre puerpérale demeure un mystère inexpliqué. Quantité de théories infondées circulent dans toute l’Europe. On pense qu’elle peut être due au changement de saison, aux miasmes dans l’air, au lait avarié des femmes, et même à leur nature hystérique. Pour combattre ce fléau, les moyens sont dérisoires et inefficaces. On isole les malades, on aère les pièces, on donne des tisanes. On pratique surtout la saignée sur des femmes qui sont déjà anémiées, dans l’espoir de les sauver. Formé par l’esprit clinique et rationaliste de la nouvelle école de médecine de Vienne, Semmelweis considère que ce sont là de pures croyances et se met en tête de découvrir la cause de cette affection.

C’est une épiphanie. La révélation soudaine d’une vérité à laquelle personne n’avait encore songé. Ted Obenchain, neurochirurgien

Dessin d'Antoine Chazal illustrant l'ouvrage "Nouvelles démonstrations d'accouchements" du Docteur Jacques-Pierre Maygrier (1771-1834), éditions Béchet (Paris,1822)
Dessin d'Antoine Chazal illustrant l'ouvrage "Nouvelles démonstrations d'accouchements" du Docteur Jacques-Pierre Maygrier (1771-1834), éditions Béchet (Paris,1822) Crédits : Collection BIU Santé Médecine - Réf. image : 04739

Un incident va faire jaillir l’étincelle dans l’esprit méthodique de Semmelweis. Jakob Kolletschka, professeur de médecine légale, meurt des suites d’une blessure occasionnée par un scalpel en salle de dissection. En examinant son cadavre, Semmelweis perçoit immédiatement une analogie entre la mort de son ami infecté par un cadavre et la mort des jeunes accouchées. Après avoir écarté bon nombre d'hypothèses, il peut désormais énoncer que la mort est due à un agent septique externe, c’est-à-dire à l’introduction de “particules cadavériques" dans le corps par des mains souillées ou des ustensiles contaminés. Il suffit d'un seul point d'entrée - une blessure au doigt ou des lacérations vaginales après accouchement - pour que ces particules pénètrent dans le corps, y prolifèrent et entraînent la mort par empoisonnement du sang. Semmelweis a découvert la cause unique de la fièvre puerpérale.

On peut raisonnablement comparer la découverte de Semmelweis au vaccin contre la variole d’Edward Jenner. Ted Obenchain, neurochirurgien

"Semmelweis réseau nomologique d'évidences cumulatives"
"Semmelweis réseau nomologique d'évidences cumulatives" Crédits : Andreas Bikfalki, médecin chercheur à l'INSERM

C'est une démarche qu’on appellerait aujourd'hui réductionniste : une cause nécessaire et suffisante, une mono causalité pour expliquer un phénomène. Andreas Bikfalvi, médecin chercheur à l’INSERM

Capture d'écran de la vidéo "1847, Semmelweis et l'asepsie" (2018)
Capture d'écran de la vidéo "1847, Semmelweis et l'asepsie" (2018) Crédits : YouTube

Imaginer que ce sont eux qui causent la mort quand leur mission est de sauver la vie constitue un véritable choc pour les médecins. Et Semmelweis ne s’arrête pas là. Il teste un nouveau protocole simple et très efficace : il suffit d'exiger du personnel soignant qu’il se lave scrupuleusement les mains avec de l’hypochlorite de calcium avant tout examen. C’est là une véritable révolution copernicienne pour un esprit conservateur comme celui du Professeur Klein. Excédé par ce jeune hongrois aux idées saugrenues qui parade de surcroît dans son service affublé d'un costume des insurgés de 1848, Klein refuse de renouveler son contrat d’assistant. 

Humilié, Semmelweis reprend le chemin de Budapest.

Capture d'écran de la pièce de théâtre musicale "Semmelweis" (2018)
Capture d'écran de la pièce de théâtre musicale "Semmelweis" (2018) Crédits : Ray Lustig

Intervenants

Lecture de textes : Laurent Manzoni, Romain Lemire, Maxime Le Gall, Andrea Schieffer.

Traduction : Lou Héliot

Une série documentaire de Christine Lecerf, réalisée par Anne Perez-Franchini. Prise de son, Yann Fressy, Thibault Naschimbene, Frédéric Cayrou, Valérie Lavallart. Mixage, Claude Niort. Documentation, Maria Contreras, Annelise Signoret et Antoine Vuilloz. Archives INA, Véronique Jolivet. Page web, Sylvia Favre.

Lus et diffusés dans l'épisode

Textes (extraits) : Die Aetiologie, der Begriff und die Prophylaxis des Kindbettfiebers, Ignaz Philipp Semmelweis, 1861, in Semmelweis' Gesammelte Werke (Tiberius von Györy, Jena, 1905)

Lecture de textes : Laurent Manzoni, Romain Lemire, Maxime Le Gall, Andrea Schieffer.

Film (extraits) : Semmelweis, un film de Jim Berry (Film du Belvédère-Films Jeunes Alliés, 2001, 20 mn)

Opéra (extraits) : Semmelweis, du compositeur Ray Lustig, livret de Matthew Doherty (2018)

Bibliographie

Pour aller plus loin

  • 1847, Semmelweis et l'asepsie, une vidéo YouTube sur la chaîne Le blob, l’extra-média :
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