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Portrait officiel du Président pris par Gisèle Freund - 1981

2. L’exercice de l’État : François Mitterrand, un prince au Château ?

1h

Le mythe du monarque républicain est très fort dans la Ve République, et aucun président, à part De Gaulle, ne l'a aussi bien incarné que François Mitterrand. Celui qu'on a appelé "le Florentin" pour son art politique, a su jouer des institutions qu'il avait tant critiquées.

Portrait officiel du Président pris par Gisèle Freund - 1981
Portrait officiel du Président pris par Gisèle Freund - 1981 Crédits : Bettmann / Contributeur - Getty

Alors que tout une partie de la droite s'inquiète pour le devenir de la Ve république, François Mitterrand ne change rien à la constitution qu'il qualifiait quelques années plus tôt de “chiffon de papier”.

Au contraire, il adopte assez rapidement une posture présidentielle qui renforce paradoxalement les institutions qu’il avait tant critiquées. Dès son arrivée à l’Élysée, il dissout l’Assemblée Nationale, pour se donner les moyens de pouvoir mener sa politique. Mais après la victoire de la gauche, il présidera la France davantage à la façon d’un capitaine de navire qu’à la manière d’un arbitre comme l’aurait voulu la constitution.

-Le président de la République François Mitterrand s'adresse aux Français lors d'une déclaration à la télévision le 16 mars 1986
-Le président de la République François Mitterrand s'adresse aux Français lors d'une déclaration à la télévision le 16 mars 1986 Crédits : Laurent SOLA/Gamma-Rapho - Getty

François Mitterrand gouverne avec beaucoup d’habileté, en stratège,  et on le surnomme le Florentin, le Sphinx, parfois même Dieu. Toujours avec la même ambiguïté : son action vise-t-elle à promouvoir et défendre les avancées promises dans ses “110 propositions”, ou bien simplement à la conservation de son pouvoir ? 

Aucune réponse tranchée ne peut être apportée à cette question. Le choix en 1986 de mettre en place la proportionnelle en vue  des législatives qui s'annoncent catastrophiques pour le PS l'illustre bien. François Mitterrand respecte là l’une de ses promesses, mais il parvient surtout à limiter de beaucoup le succès de la droite, sans éviter la cohabitation, au prix de la montée en puissance du Front National.

Je pense que lorsque Mitterrand porte cette proposition de la proportionnelle, il le fait avec beaucoup de cynisme. Je le pense profondément. Ça fait partie de l'ambiguïté du personnage aussi, une forme de cynisme. Et je pense qu'il est totalement conscient qu'il fait rentrer à l'Assemblée et donne une importance politique à l'extrême droite de l'époque. (Aurélien Pradié)

Autre exemple avec  la cohabitation de 1986-1988, François Mitterrand use Jacques Chirac, l’empêche de gouverner ou tire sa réputation vers le bas. En 1988, il peut alors se présenter comme l’homme de la France unie, celui qui a su préserver les acquis de gauche contre les attaques de la droite, et gagne à nouveau les élections pour un second et dernier mandat.

Affiches lors des élections présidentielles d'avril 1988
Affiches lors des élections présidentielles d'avril 1988 Crédits : Mohamed LOUNES/Gamma-Rapho - Getty

La fin de règne de François Mitterrand est marquée par une succession d'affaires qui nuisent à l’image que l’homme d'État s’est construite. Occupé à trouver son successeur au sein du PS, et surtout à éviter que Michel Rocard ne lui succède, il se voit rattrapé par le passé à une époque où le rapport aux médias change et où la vulnérabilité du président est mise à nue.

La Une de Libération le jour du décès de François Mitterrand en janvier 1996
La Une de Libération le jour du décès de François Mitterrand en janvier 1996 Crédits : Peter Turnley - Corbis

En 1996, François Mitterrand meurt, mais comme le disait l'historien Ernst Hartwig Kantorowicz le roi a deux corps, un corps physique qui peut périr, et un corps spirituel qui continue continue de vivre dans les mémoires. Selon une réplique restée célèbre, sans qu’on ne sache vraiment s’il l’a prononcée, François Mitterrand disait “je serai le dernier grand président”. C’est à la construction de ce mythe qu’il a travaillé le long de ces quatorze années de pouvoir. 

Archives INA  : Clary Monaque et Manuela Dubessy

Prise de son : Frédéric Cayrou, Yves Lehors, Philip Merscher et Jérémy Tuil

Mixage : Eric Boisset

Intervenants
  • Professeure de droit constitutionnel et de droit de l'environnement à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre du comité scientifique de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme
  • Historien, journaliste et essayiste
  • Fondateur du mouvement Génération.s, ancien ministre, ancien candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2017
  • Homme politique français et ancien président de la République
  • Député LFI de la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône, président du groupe LFI à l'Assemblée nationale, ancien candidat à l'élection présidentielle
  • Député du Lot et secrétaire général de Les Républicains
  • Historien et président de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
  • Professeur de science politique à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne
  • Historien et journaliste - correspondant BBC
  • Historien
L'équipe
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