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Illustration de François le bossu, personnage de la comtesse de Ségur par Emile Bayard, 1864

1. L’effet comtesse

59 min

Des lecteurs et des lectrices de la comtesse de Ségur racontent leurs souvenirs des moments passés dans ses livres, seuls ou avec des parents qui leur lisaient, au bord du lit, ses histoires simples et extraordinaires.

Illustration de François le bossu, personnage de la comtesse de Ségur par Emile Bayard, 1864
Illustration de François le bossu, personnage de la comtesse de Ségur par Emile Bayard, 1864 Crédits : Emile Bayard/Wiki

Raconter le plaisir du texte, les sentiments et sensations procurés par la lecture des livres de la comtesse de Ségur, tel est le principe de cette première émission. Car il y a bien un "effet comtesse" qui agit comme un doux filtre, mélange de plaisir et de léger effroi, et procure le sentiment du connu, mais dans un léger décalage.

À travers les souvenirs d’enfance de nos invités, on ressent l’espièglerie, la liberté des jeux d’enfants, l’excitation communicative de leurs idées les plus incongrues, mais aussi l’étrange fatalité qui fait qu’on abîme ce qu’on aime, comme les poupées de cire.

Entrons ainsi dans son univers, avec des témoignages de lecteurs et de lectrices qui l'ont lue et aimée. 

Il est extrêmement rare, chez les écrivains, qu'il ne soit pas fait allusion à la comtesse de Ségur. C'est dire à quel point c'est un trésor national. Caroline Eliacheff

Les livres qu'ont a lu enfant laissent un goût très particulier. Quand on lit "les Malheurs de Sophie", on retombe dans un état de joie. Geneviève Brisac

La comtesse de Ségur accompagne de nombreux enfants, certaines tombaient amoureuses de Paul, le héros des Malheurs de Sophie, mais il y a surtout des héroïnes : Sophie, Madeleine, Camille... 

Initiation et souvenirs d'enfance

C'était une vraie expérience de lecture, je me souviens avoir piqué une colère noire parce que je voulais connaître la suite de l'histoire alors que mon père ne me lisait que deux chapitres par soir. Mazarine Pingeot

L'autrice signe une œuvre de littérature initiatrice, déployant une force, une imagination et une liberté toute particulière. 

En ce qui me concerne c'est la première lecture, j'ai l'impression que je suis devenue une lectrice à travers elle. Ma mère nous lisait la comtesse de Ségur pendant le repas, elle s'arrêtait quand le déjeuner ou le dîner était fini, ou bien quand elle en avait assez. La comtesse de Ségur est compliquée à lire à cause des narrations dialoguées. Après ces lectures, j'ai eu envie de lire librement, avec mon propre ton. Marianne Alphant

C'est étonnant comme son nom est marquant quand on est petit. Il y avait ces encarts d'illustrations un peu surannées, on avait l'impression que c'était déjà très très vieux en les lisant. Marjane Satrapi

Je me souviens que c'était une lecture assez sensuelle, la description des repas, des objets, des jouets...

Je me souviens y avoir trouvé l'odeur qu'on respirait chez ses grands-parents. Quand on a passé des vacances chez des grands-parents, il y a des odeurs qui sentent autrement que dans des appartements parisiens. "Les Vacances" est un livre important pour moi, les souvenirs sont marqués par les tilleuls, les fraises des bois...

L'aspect suranné correspond aussi à l'abstraction du contexte historique au sein des livres, qui ne sont que très rarement situés dans un temps et un espace précis. Si l'on devine que l'action se déroule en France, on ne sait jamais vraiment où. 

En terrain connu

Je savais très bien que si j'avais vécu à l'époque de la comtesse de Ségur, j'aurais été le fils du jardinier et pas le garçon du château, mais cela ne m'empêchait pas d'aimer. 

Je pense que l'enfant se met à lire parce qu'il prend le relais de l'adulte. Les adultes retrouvent le plaisir qu'ils avaient en découvrant les histoires eux-mêmes. Sophie de Mijolla-Mellor

Comme dans toute littérature, chacun y trouve ce qu'il y cherche. 

Pour d'autres, le monde de la comtesse de Ségur est un retour chez soi, un retour sur ce qui a constitué une passion de la lecture, le début d'un plaisir qui évolue. 

Sophie est tellement seule, elle s'occupe de manière très inventive. Il y une forme de tristesse du personnage.

Je crois que c'est une victime. Madame de Réan n'est pas vraiment un modèle de mère, il y a beaucoup de punitions, et on ne la regrette pas quand elle disparaît en bateau. Francis Marcoin

Car il ne faut pas oublier que le fouet rôde toujours, même chez les amies de Sophie, la punition est celle du pain sec et de l'eau. Un anti-modèle dont les parents se servent peut-être pour faire comprendre à leurs enfants, sans mot dire, que leur vie est bien agréable. 

Mais tout le monde ne lit pas la comtesse de Ségur, qui compte peut-être plus de lectrices que de lecteurs. 

Histoire de genres

Je n'ai jamais lu la comtesse de Ségur, c'était la littérature de ma sœur. Cela représentait pour moi les malheurs d'une petite fille, qu'on n'a pas envie de connaître ni de lire parce qu'on les fait déjà subir à sa petite sœur. Didier Morel

J'étais soulagée de lire une héroïne dont on vive la vie depuis l'intérieur. Geneviève Brisac

La comtesse de Ségur promet aussi une forme de consolation, des parents de substitutions, des aventures l'été, pendant les vacances, un moment privilégié pour la découverte et la lecture. 

Il y a surtout le goût pour les petites choses, il n'y a pas d'aventure au sens strict du terme. Francis Marcoin

Émerge des témoignages l'idée que la lecture des Vacances ou des Malheurs de Sophie est un trésor, quelque chose vers lequel on pourra toujours revenir et y trouver un plaisir certain, "l'effet comtesse" en quelque sorte. 

MUSIQUE GÉNÉRIQUE : Un souffle remua la nuit, Sylvain Chauveau 

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