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Portrait de la comtesse de Ségur par Orest Adamovich Kiprensky, 1823

2. Née Rostopchine

1h

La comtesse de Ségur a grandi en Russie dans un environnement extraordinaire. Proche de la cour et de ses intrigues, elle est la fille de Fiodor Rostopchine, l’homme qui a incendié Moscou pour que la ville ne tombe pas aux mains de Napoléon.

Portrait de la comtesse de Ségur par Orest Adamovich Kiprensky, 1823
Portrait de la comtesse de Ségur par Orest Adamovich Kiprensky, 1823 Crédits : Kiprensky / Wiki

Dans cet épisode, nous racontons la vie de la petite Sophie Rostopchine jusqu’à ce qu’elle devienne la comtesse de Ségur

Fille d’un Premier ministre du Tsar, elle vit dans un milieu à la fois très privilégié tout en étant extrêmement brutal. Sa mère est une marâtre qui n’a rien à envier à la terrible Madame Fichini des Malheurs de Sophie. Mais comment cette enfance si contrastée a-t-elle nourri son œuvre et sa personnalité d’adulte ?

Naissance dans la plus haute aristocratie russe

Née le 19 juillet 1799 à Saint-Pétersbourg, elle est élevée dans l'entourage immédiat du tzar et fait partie d'une des familles aristocrates les plus anciennes. 

C'est une cour qui se menace sans arrêt, où on est facilement empoisonné, trahi... Marie Desplechin

Sophie parle français très tôt, elle apprend la langue dans l'enceinte familiale grâce à des précepteurs qui, au travers de la langue, distillent des idées, parfois subversives. 

Elle grandit dans le domaine de Voronovo, château extraordinairement luxueux éloigné du pouvoir, mais qui ne la sauvegardera pas de la guerre à Moscou, notamment du grand incendie, puisque son père est gouverneur de la ville. 

Elle est autonome, les adultes ont une vie bien remplie. Dans ce gigantesque domaine, les enfants ont une éducation stricte mais qui leur laisse de grands espaces d'autonomie dans lesquels ils essaient de se débrouiller pour vivre et survivre. Maialen Berasategui

On pourrait dire que les parents ont des principes rousseauistes, où le corps doit subir et s'habituer. Son enfance est dure mais elle est l'enfant des possédants, c'est-à-dire qu'elle reste entourée d'enfants qui ont un niveau social inférieur au sien. Maialen Berasategui

Dans les "Petites filles modèles", le personnage de Sophie témoigne peut-être d'une volonté d'oublier la dureté de son enfance. Sophie dit souvent qu'elle a envie d'oublier Madame Fichini. Il y a une volonté de dire qu'on est dans autre chose, et de faire des romans très français, loin des origines de la comtesse de Ségur. Nathalie Froloff

Il faut aussi se rappeler que la comtesse de Ségur n'avait pas le droit de parler à des garçons de son âge quand elle était enfant, elle a vécu dans un contexte corseté. Le poids de la guerre est plus que présent également. 

Une femme catholique

Elle a une mentalité de persécutée, puisque les catholiques sont persécutés à ce moment-là. Elle est convertie et cela augmente ses certitudes, elle devient inflexible. On dit que quand sa fille meurt, elle réussit à lui mettre une ostie dans la bouche et dit "grâce à dieu elle est morte catholique". Marie Desplechin

Le but de la mère de Sophie Rostopchine est de la convertir, en particulier après un scandale lié au fait que la très jeune Sophie Rostopchine a adressé la parole à un garçon. Elle est enfermée, et fortement guidée vers le catholicisme. 

Son père est une personnalité brillante et brutale, il aimera jusqu'au bout la mère de Sophie Rostopchine. La comtesse de Ségur voit son père comme un héros, "c'est quelqu'un d'assez fin derrière le côté un peu bouffon, elle suivait les livres qui s'écrivaient sur lui après la défaite. Dans le cadre de sa famille elle l'aura toujours défendu." Maialen Berasategui

Une Russe française ? 

J'ai été très étonnée de voir qu'elle était russe, il n'y a pas de territoire, pas de lieu. C'est une France telle que l'aristocratie russe la connaissait. Même les personnages, on a l'impression qu'elle les force un peu à être français. Comme s'il s'agissait d'une reconstitution d'un certain pays avec une certaine aristocratie. C'est aussi pour cela qu'il y a un tel accent mis sur les bonnes manières comme étant l'image d'une parfaite intégration. Nathalie Froloff

La France est un pays où elle subit moins de pressions, elle échappe à la guerre et peut se marier en catholique. Mais elle sera toujours mal à l'aise vis-à-vis de la société mondaine française, notamment du fait de l'éducation austère qu'elle hérite de sa mère. 

La vie à Paris est une vie de salon, où elle retrouve des compatriotes. Sophie Swetchine notamment, elle aussi convertie au catholicisme et grâce à laquelle elle rencontre Eugène de Ségur

Elle subit la xénophobie lors des conflits avec la Pologne. Elle ne pourra pas quitter sa culture russe, même si elle a énormément rompu avec elle. 

Une des raisons qui font que son mari ne la met pas aussi en avant qu'il pourrait le faire, est son origine russe. Maialen Berasategui

Par son mari Eugène, la comtesse de Ségur entre dans une très vieille famille française qui a été proche de la Russie, Eugène étant le petit-fils de Louis-Philippe de Ségur, ancien ambassadeur de France en Russie sous Catherine II. 

Les Ségur ont toujours été haut placés, la grandeur de la famille Ségur a toujours dépassée les monarques qui gouvernaient. La famille est aussi une famille d'écrivains et de publicistes. Francis Marcoin

Mais c'est une famille qui n'est pas si riche, ils ont intérêt à ce qu'Eugène épouse Sophie Rostopchine puisqu'ils espèrent de l'argent. Sa belle-mère exerce une tyrannie malfaisante sur le couple, d'autant que l'argent de la comtesse de Ségur est perdu au moment où il est confié à un banquier italien.  

Où sont les pères ? 

Dans l'adaptation de Christophe Honoré, on ne voit que les jambes du père de Sophie, il explique à sa mère pourquoi le voyage en Amérique est important. "La manière dont il est filmé depuis en bas, sans que l'on ne puisse apercevoir son visage, montre à quel point il est absent " et fait écho aux figures paternelles dans la littérature de la comtesse de Ségur. 

Eugène de Ségur est homme de son temps. La comtesse de Ségur trouvera un bonheur dans l'amitié, dans ses enfants et dans cette extraordinaire rédemption qu'est l'écriture au château des Nouettes qu'elle reçoit en cadeau de son père. Marie Desplechin

MUSIQUE GÉNÉRIQUE : Un souffle remua la nuit, Sylvain Chauveau

Intervenants
  • écrivaine
  • écrivaine, professeure agrégée de philosophie à l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis
  • Pédopsychiatre et psychanalyste
  • professeur au Collège de France, Chaire de Littératures de la France médiévale
  • professeure en classes préparatoires au lycée Louis le Grand
  • psychanalyste et philosophe. Elle exerce la psychanalyse en cabinet libéral et enseigne et dirige des recherches en psychanalyse et psychopathologie à l’Université Paris Diderot-Paris 7. Elle est par ailleurs présidente de l’Association
  • Essayiste, traductrice et critique littéraire (rédactrice en chef du site En Attendant Nadeau), professeure de littérature comparée à l'Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle et directrice d'études à l'EHESS.
  • journaliste littéraire
  • professeur émérite université de Rennes II
  • écrivain, docteur es lettres, professeur de littérature
  • Professeure d'histoire de la Russie et de l'Union soviétique à l'université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, et directrice du Centre de recherches en histoire des Slaves
  • Ecrivain, auteure de livres pour adultes et pour enfant.
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