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Céleste Albaret en 1973

"Vous n’oublierez pas, Céleste ?"

1h49

Dans cet ultime épisode, la gouvernante de Marcel Proust, Céleste Albaret, s'épanche sur les derniers instants de la vie de l'écrivain. Plus qu'une simple gouvernante, elle l'épaule dans la rédaction de son oeuvre et veille sur lui jusqu’à sa mort en 1922.

Céleste Albaret en 1973
Céleste Albaret en 1973 Crédits : Nicole PRAYER - Getty

Marcel Proust meurt en 1922, épuisé, et emporté par une bronchite mal soignée. Mais selon Céleste, Proust ne devait pas mourir. Pourtant, l'écrivain avait en tête la perspective de la mort. Dans La Recherche, il décrit longuement la mort du romancier Bergotte, artiste reconnu et admiré par le narrateur. Bergotte meurt après avoir revu le tableau qu'il aimait tant, la Vue de Delft de Johannes Vermeer, et son petit pan de mur jaune. 

Dans La Prisonnière, cinquième tome de La Recherche, Proust met en scène la découverte de la toile par Bergotte en ces termes :

Il remarqua pour la première fois des petits personnages en bleu, que le sable était rose, et enfin la précieuse matière du tout petit pan de mur jaune. Ses étourdissements augmentaient ; il attachait son regard, comme un enfant à un papillon jaune qu'il veut saisir, au précieux petit pan de mur. "C'est ainsi que j'aurais dû écrire", disait-il. Mes derniers livres sont trop secs, il aurait fallu passer plusieurs couches de couleur, rendre ma phrase en elle-même précieuse, comme ce petit pan de mur jaune. La Prisonnière, cinquième tome de La Recherche, Marcel Proust

De santé fragile, Marcel Proust aura souffert d'un asthme chronique toute sa vie. Enfant, les promenades lui sont interdites tout comme les séjours à la campagne pour éviter le contact avec le pollen. Une fois adulte, les médecins venaient régulièrement le soulager en lui faisant des piqûres de morphine :

Son organisme était fatigué par sa vie d'asthmatique. Son cœur, à force d'effort, était un vieux cœur usé. Il respirait très mal. Il disait "Mes bronches sont comme du caoutchouc cuit ma petite Céleste !". Céleste Albaret 

Il érige ses propres règles d’hygiène de vie. Le matin, il se lève à 11 heures pour ne se coucher qu’à deux heures le lendemain car il souffre moins la nuit. Pour parvenir à s’endormir, il prend des somnifères en quantité très importante, notamment le véronal. 

Proust était un enfant gâté. (...) Il avait peur de la maladie. Il avait fait acheter une boîte très cher, où tout passait à la stérilisation. Il avait peur de tomber sur un microbe qui lui aurait été fatal. Céleste Albaret 

Marcel Proust sur son lit de mort, novembre 1922
Marcel Proust sur son lit de mort, novembre 1922 Crédits : Hulton Archive - Getty

Nathalie Mauriac et Jean-Yves Tadié sont les invités du cinquième et dernier épisode de cette grande traversée consacrée à Céleste Abaret. Dans cette seconde partie, ces deux spécialistes de l’œuvre de Proust évoquent le rôle-clé de Céleste Albaret dans la rédaction de La Recherche

Elle a travaillé avec Proust. Quand on regarde les manuscrits, on retrouve l'écriture de Céleste, à partir de 1915. Proust, trop fatigué, lui dictait son texte. C'est elle aussi qui a collé des fragments de textes dans les cahiers. (...) Céleste suivait Proust dans son travail. Certes, elle n'a pas lu "La Recherche", mais elle a fait beaucoup plus. Nathalie Mauriac 

Céleste était incontestablement amoureuse de Marcel. Lui n'était pas amoureux d'elle, mais il éprouvait certainement plus que de l'amitié. Une affection paternelle presque. (...) Céleste a trouvé une famille auprès de Marcel. Jean-Yves Tadié 

Intervenants
  • Universitaire, spécialiste de Proust
  • Professeur émérite à la Sorbonne (Paris IV) , directeur de collections aux éditions Gallimard, et vice-président de la Société des Amis de Marcel Proust
L'équipe
Production
Réalisation
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