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"Ce qui me plaît dans cette application c'est de connaître les additifs dans les produits"

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#monApplipourMieuxManger |Les applications mobiles de consommation sont de plus en plus plébiscitées par les consommateurs. Elles permettent de scanner les produits et de connaître leur composition. D’où vient ce succès ? Témoignages recueillis par Fiona Moghaddam.

Crédits : Busakorn Pongparnit - Getty

La dernière application mobile de consommation a été lancée le 5 septembre 2018 par un distributeur français. La plus populaire a été téléchargée 4,5 millions de fois. Quant à la toute première, elle est née en France en 2012. Pourquoi ces applications sont-elles devenues si populaires auprès des consommateurs ? Témoignages de l'initiateur en France de ce principe à succès, d'utilisateurs, d'une analyste et d'un responsable de l’UFC-Que Choisir.

"Des données d’intérêt public" 

En 2012, Stéphane Gigandet, fondateur d’un site internet de recettes de cuisine, se voit reprocher par quelques internautes des recettes trop sucrées. Stupéfait par ces remarques et estimant que ce ne sont pas les tartes « maison » mais plutôt les produits industriels qui contiennent beaucoup de sucres ou de graisses, il décide de se renseigner sur la composition de ce type d’aliments. Très vite, il découvre que ces informations sont privées, non accessibles en ligne et par conséquent aux consommateurs. C’est ainsi qu’est née Openfood Facts, qui recense aujourd’hui 380 000 produits en France, près de 600 000 dans le monde. Cette application est aujourd’hui traduite dans une cinquantaine de langues. Une base de données publique, accessible à tous et qui est désormais utilisée par une centaine d’autres applications selon son fondateur. 

Je me suis dit que ce serait intéressant de faire une sorte de Wikipédia des produits alimentaires, une base de données collaboratives. C’est une base renseignée par des milliers de personnes. (…) Ce sont des données ouvertes, tout le monde peut télécharger la base et la réutiliser. Pour nous, ce sont vraiment des données d’intérêt public et on pense qu’elles doivent être publiques. Plus il y a d’applications, plus il y a de gens qui se servent des données, plus cela a de l’impact sur la santé des gens donc c’est très bien.

"Quand il y a trop d’additifs dans les produits, je ne les prends plus" 

Cécile Soubelet fait partie des 18%* de Françaises et Français qui utilisent ce type d’application (*étude de l’Observatoire Société et Consommation sur les classes créatives urbaines à paraître courant septembre). L'utilisation en est très simple. Il suffit de télécharger l'application de votre choix, de l'ouvrir, de scanner le produit que vous souhaitez et l'application vous transmet un certain nombre d'informations : la qualité nutritionnelle, la composition, les substances ou encore une note globale pour ce produit. La trentenaire parisienne utilise l’appli Yuka, qui a changé sa manière de consommer. Celle qui a répondu à notre appel sur Twitter explique ainsi ne plus prendre les produits qui contiennent trop d’additifs. Mais la jeune femme le reconnaît : "Un produit industriel reste un produit industriel." Alors les gâteaux chocolatés sont maintenant un plaisir exceptionnel.

Je suis attirée par le fait d’avoir une consommation plus responsable, surtout pour les produits industriels où on ne sait jamais trop ce qu’il y a dedans. L’intérêt est d’identifier deux-trois marques par type de produits. Au début, c’est fastidieux. Ensuite, c’est une consommation qui devient habituelle et routinière. Ce qui me plaît dans cette application, c’est surtout le fait de savoir [s’il y a] des additifs. Quand il y a des additifs nocifs ou trop d’additifs, je ne les prends plus ou rarement. 

"Ce sont les jeunes de l’équipe qui me l'ont fait découvrir"

Ce type d’applications est surtout populaire chez les moins de 35 ans, qui sont 27% à s’en servir. C’est le constat qu’a dressé l’Observatoire Société et Consommation lors de son étude à paraître dans quelques jours. Lorsque l’enquête a été lancée, il n’était pas question de ces applis de consommation. Mais face à leur succès, l’ObSoCo a décidé de les intégrer. C’est d’ailleurs auprès de ses jeunes collègues que Nathalie Damery en a eu connaissance. 

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« Ce sont les jeunes de l’équipe qui me l’ont fait découvrir », Nathalie Damery de l'ObSoCo

Je me suis intéressée à ce phénomène et j’ai moi-même cherché les informations sur les produits. Sur certains produits, j’ai été surprise par les additifs. En revanche, quand on parle du fromage, de l’huile d’olive, du beurre, le fait qu’ils soient classés mauvais parce que trop gras a quelque chose d’un peu aberrant. Ces applications ont beaucoup de succès parce qu’elles reposent sur une strate très ancrée dans la société qui est la question de la méfiance. La méfiance, notamment à l’égard des produits alimentaires, s’est fortement accrue ces derniers temps. (…) Ces applications fonctionnent comme des garants qui me permettent de savoir si le produit est bon pour ma santé ou pas.

Nathalie Damery, présidente de l'Observatoire Société et Consommation
Nathalie Damery, présidente de l'Observatoire Société et Consommation Crédits : Fiona Moghaddam - Radio France

Leurs utilisateurs espèrent qu’à terme, le succès de ces applications entraînera une prise de conscience chez les industriels et les poussera à revoir la composition des produits, notamment ceux considérés comme « nocifs » par les applis. Le distributeur Super U a décidé de s’impliquer dans ce processus de transparence vis-à-vis des consommateurs en lançant sa propre application début septembre. C’est à partir de la base de données d’Openfood Facts que sont référencés les produits de la marque qui explique être engagée depuis une dizaine d’années dans la suppression de certaines substances contestées comme l’huile de palme ou les édulcorants. 

"Nous militons pour un espace de dialogue sous la responsabilité des pouvoirs publics"

Ces premiers pas sont jugés non négligeables par les associations de défense de consommateurs comme l’UFC-Que Choisir, mais pas suffisants. Olivier Andrault est chargé de mission alimentation et nutrition à l’UFC-Que Choisir et il milite pour que les pouvoirs publics s’emparent du sujet. Il y a bien le système Nutri-Score, l’étiquetage nutritionnel officiel qui a été lancé à l’automne dernier, mais il est facultatif. Approuvé et recommandé par les autorités françaises, plus de 70 marques se sont engagées à l’utiliser mais aujourd’hui, ce mode de calcul de la qualité nutritionnelle des produits reste peu connu du grand public et peu visible sur les emballages. S'il a du mal à s'implanter en France, il vient d'être adopté par les pouvoirs publics en Belgique et les principaux distributeurs belges ont d'ores et déjà annoncé que le Nutri-Score sera affiché sur la totalité des produits.

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« Nous militons pour un espace de dialogue sous la responsabilité des pouvoirs publics », Olivier Andrault de l'UFC-Que choisir

Nous militons pour qu'il puisse y avoir un espace de dialogue sous la responsabilité des pouvoirs publics parce que si ces bases de données ne font que ressortir les informations réglementaires déjà présentes sur les emballages, cela a peu d’intérêt. En revanche, si elles permettent de calculer le Nutri-Score de manière plus fiable, cela serait très intéressant. Pour nous, cela doit se faire sous la responsabilité des pouvoirs publics pour garantir la fiabilité des informations. (…) Il est indispensable que les consommateurs aient un regard assez critique sur la construction de ces applis parce qu’il y a souvent des interprétations qui sont faites.

Olivier Andrault estime que ces applications sont un bon début mais manquent encore de données concrètes
Olivier Andrault estime que ces applications sont un bon début mais manquent encore de données concrètes Crédits : Fiona Moghaddam - Radio France

Une mise en garde que lancent aussi les nutritionnistes. Audrey Boyer est diététicienne et membre de l’Association française des diététiciens nutritionnistes. Elle estime que le public doit être accompagné pour utiliser correctement ces applications et ne pas bannir systématiquement tout aliment classé orange ou rouge. "Il faut garder une alimentation équilibrée et ne pas prendre que des produits ‘verts’ qui risqueraient de déséquilibrer son alimentation. Tout n’est pas forcément mauvais dans une pâte à tartiner rouge ou orange." Mais la professionnelle reconnaît que ces applis sont un bon début pour éduquer les publics à la santé nutritionnelle. 

L’autre interrogation que suscitent ces applications est celle de l’utilisation des données personnelles de ces utilisateurs à des fins commerciales. Il n’en est rien rassure Stéphane Gigandet, le fondateur d’Openfood Facts. Super U s’engage également à ne pas les utiliser. La Cnil rappelle qu’il est essentiel de respecter le principe de transparence qui oblige les applications à avertir leurs utilisateurs de l’utilisation de leurs données, et ce de façon claire, sans que l’information soit noyée dans les conditions générales. L'utilisateur doit aussi avoir le choix d’accepter ou non l’utilisation de ses données.

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