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Quelques images marquantes de la pandémie de Covid-19 et du confinement : la place de la Concorde vide le 23 avril, des soignants de la clinique Ambroise Paré (Paris) le 15 avril et des canards seuls devant la Comédie-Française le 2 avril.

Ces images qui racontent la pandémie et notre confinement

4 min
À retrouver dans l'émission

#MesImagesDuConfinement |Menace lointaine devenue réalité quotidienne, la pandémie de Covid-19 a bouleversé nos vies et suscité quantités d'images marquantes. Des clichés réalisés par des reporters, des artistes ou des amateurs illustrant les innombrables facettes de ce virus et de ses conséquences.

Quelques images marquantes de la pandémie de Covid-19 et du confinement : la place de la Concorde vide le 23 avril, des soignants de la clinique Ambroise Paré (Paris) le 15 avril et des canards seuls devant la Comédie-Française le 2 avril.
Quelques images marquantes de la pandémie de Covid-19 et du confinement : la place de la Concorde vide le 23 avril, des soignants de la clinique Ambroise Paré (Paris) le 15 avril et des canards seuls devant la Comédie-Française le 2 avril. Crédits : Frédéric Soltan, Nathan Laine, Hans Lucas, Hassan Ayadi / AFP / Getty Images - AFP

On ne sait pas encore quand et comment elle s'en ira mais on se souviendra d'elle. Invisible pour les yeux, elle a provoqué l'immobilisation générale de nos sociétés. Cette épidémie de coronavirus devenue pandémie laissera des traces... Des souvenirs aussi par les images qui nous resteront : ces rues désertées, ces services de réanimation devenus forteresses assiégées, ces soignants, ces disparus, ces vieux... Les dernières semaines ont été riches en clichés partagés en nombre sur les réseaux sociaux et sur les sites de presse. Pour Hashtag, nous vous avons demandé ceux qui vous ont marqués et vous nous avez répondu via Twitter : une partie est ici sur cette page, aux côtés d'autres témoignages : une infirmière en réanimation, une photographe de presse, un responsable photo à Paris Match et le directeur de la MEP, la Maison européenne de la photographie à Paris...

Anne-Frédérique Jourdain, infirmière en réanimation à l'hôpital Cochin

À 45 ans, Anne-Frédérique Jourdain s'est portée volontaire pour revenir aux urgences et à la réanimation à l'hôpital Cochin (Paris), des services qu'elle avait quittés pour devenir infirmière de bloc en ambulatoire. "Mais avec le Covid, cette activité s'est arrêtée et toutes nos forces se sont concentrées sur l'épidémie"

Une image m'a frappée. Lorsque nous sortions de notre service, nos visages étaient marqués par la trace des masques FFP2. Les élastiques tirent beaucoup et cela marquait vraiment notre chair... Et on se reconnaissait comme ça : 'Toi aussi, tu es affecté(e) en secteur Covid'.

Une autre image me vient en tête, lorsque les choses ont commencé à se calmer. On a extubé trois patients la même journée : c'était très touchant de voir leurs sourires, de les voir revivre et repenser à l'avenir. On a été très émus ce jour-là alors qu'on s'était habitués au contraire les semaines précédentes... On recevait des patients et on intubait, on intubait... C'était très touchant car on s'attachait aux patients, vous savez. Leur état se dégradait et parfois il fallait ré-intuber... Certains mouraient aussi et on l'apprenait par un collègue lorsqu'on demandait des nouvelles de tel ou tel.

Autoportrait d'Anne-Frédérique le 19 avril à 11 heures du matin dans les vestiaires de l'hôpital Cochin. Les lanières des masques FFP2 marquent la peau des soignants.
Autoportrait d'Anne-Frédérique le 19 avril à 11 heures du matin dans les vestiaires de l'hôpital Cochin. Les lanières des masques FFP2 marquent la peau des soignants. Crédits : Anne-Frédérique Jourdain - Radio France

Et les marques sur le visage, les émotions ont aussi sans doute été accentuées par la fatigue et le rythme effrénée de toutes ces journées. "En quelques semaines, j'ai cumulé environ 75 heures supplémentaires", explique Anne-Frédérique, "je me levais à 5h30, je mangeais quand je pouvais...". L'infirmière suivait aussi les infos le soir en rentrant chez elle : "Pour se tenir au courant et savoir si ça allait bientôt se calmer"

Matthias Petit, chef-adjoint du service photo à Paris Match

L'autoportrait d'Anne-Frédérique Jourdain fait écho à beaucoup d'autres, publiés sur les réseaux sociaux. Ces images de soignants marqués par la fatigue et par les équipements qu'ils ont portés des heures durant. Pour sa Une du 16 avril, Paris Match a fait le même choix : on y voit une femme les yeux hagards. Matthias Petit, chef-adjoint du service photo du magazine explique :

C'est une image qui me marque, une photo que j'avais déjà vue sur les réseaux sociaux notamment. Des soignants qui se photographient sans leur masque et où l'on voit les stigmates sur leur visage. C'est très impressionnant, surtout que cette Une avait une lumière particulière, cela rajoutait une dramaturgie supplémentaire. 

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Mais comment choisir les photos que l'on met en avant dans ce flux incessant d'images qui nous parviennent sur le coronavirus ? "La tâche est à la fois facile et difficile", explique Matthias Petit. "Une partie de la matière photographique vient quand même assez naturellement, en faisant le choix d'aller au bon endroit au bon moment mais c'est également difficile car on a beaucoup de redondances. Comment ne pas lasser le lecteur avec un sujet dont on parle depuis près de deux mois."

Il n'y a rien qui ressemble autant à une blouse blanche qu'une autre blouse blanche. On a l'étrange impression de revoir la même personne tout le temps. La solution est de bien éditorialiser les sujets, donc aller au bon endroit, promouvoir l'action de tel ou tel endroit : les Ehpad, l'hôpital de Mulhouse, de Strasbourg, etc. Et puis on trouve des ramifications tout de même... Sociales, économiques, etc.

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Matthias Petit, Paris Match : "En temps de crise, il y a ceux qui subissent et ceux qui agissent, tous les héros du quotidien"

En presse hebdomadaire, le choix de la Une est capital, sachant que le bouclage a lieu le mardi matin chez Paris Match pour une publication en kiosques le jeudi matin. Comme tous les journaux, Paris Match a souffert de la fermeture des points de vente mais il continue de fonctionner, notamment avec son site internet accessible gratuitement. Fidèle à son héritage, Paris Match documente l'époque depuis 1949 et sa ligne éditoriale est restée la même dans cette crise : mise en avant de personnalités (le professeur Raoult, Michel Cymès, le chanteur Christophe, disparu le 16 avril) et Unes plus en phase avec l'actualité, comme celle du 2 avril sur le transfert des malades à Mulhouse (ci-dessous).

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Laurence Geai, photographe professionnelle : "Documenter ce qui appartiendra à la mémoire collective"

Laurence Geai est photographe de presse free-lance depuis six ans. Basée à Paris où elle vit, elle a beaucoup couvert des zones de guerre : la Syrie, l'Irak et les conséquences de ces conflits avec des reportages sur les migrants. Elle a aussi travaillé sur la politique française mais jamais sur un événement d'une telle ampleur. "Quand il y a quelque chose de fort, d'inédit, j'ai tout de suite envie de le couvrir", raconte la photographe. "Malheureusement, au début de l'épidémie, j'ai été malade, j'ai attrapé le Covid-19 donc j'ai raté le début du confinement. Ça m'a donné encore plus envie de traiter ce sujet après. Je suis sortie avec mon appareil photo sans avoir de commande. J'était quand même très fatiguée au début et j'ai commencé par le plus simple : prendre en photo Paris vide" (voir photo ci-dessous). 

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J'ai découvert ce Paris qu'on ne connaît pas : vide, silencieux, avec des canards... Chaque jour, je faisais deux quartiers, une heure ou deux et seulement en fin de journée quand la lumière était la plus belle. J'ai fait ça dix jours en mettant les photos sur Instagram. Et après, j'ai commencé les reportages et pris les commandes.

Comme lorsqu'on est sur un terrain compliqué, chaque jour on se planifie des reportages qui racontent ce qui se passe au plus juste. Donc ça a été les hôpitaux, en l’occurrence une clinique, car l'APHP [Assistance publique hôpitaux de Paris] ne donnait pas d'accès facilement. Ensuite, ça a été les secours, etc. On tire un fil et les autres sujets viennent facilement... C'est comme cela que j'ai couvert les transferts de malades en train.

- Laurence Geai, photoreporter

Pour Le Monde, Laurence Geai réalise un reportage à bord des TGV qui partent de la gare d'Austerlitz pour soulager les hôpitaux franciliens. La journaliste est à bord du train pour Bordeaux : "J'ai beaucoup aimé ce sujet. Une illustration de la solidarité nationale. C'était très impressionnant de voir comment les gestes de ces soignants se coordonnaient au millimètre près, presque sans parler. Tout s'est déroulé à la perfection dans l'urgence pourtant... J'ai vu des gens qui connaissait parfaitement le métier et qui étaient fiers de participer à cet effort".

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Le journalisme consiste à traiter un sujet sous tous les aspects, tous les angles, tous les personnages. Une règle pratiquée à la lettre par Laurence Geai dans ses autres reportages : dans des pompes funèbres de Seine-Saint-Denis où la charge de travail a été multipliée par quatre, "J'ai découvert un métier, des gens engagés dans ce qu'ils faisaient, comme à la clinique Ambroise Paré, des gens qui font des choses formidables et qui ne s'en rendent même pas compte". En entendant quelqu'un frapper à la porte de sa voisine âgée, la photographe rencontre aussi une aide à domicile et décide de la suivre, "des gens qui continuent à travailler malgré la peur du virus". "J'essaie de raconter les petites histoires dans la grande. Et j'ai aussi été très heureuse que Le Monde pense à moi pour un sujet sur les violences conjugales, aux côtés de la police de Clichy"

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8 min
Laurence Geai nous raconte son quotidien de photographe depuis que le confinement a commencé : ses sujets, sa méthode, le sens qu'elle donne à son métier

Laurence Geai discute également beaucoup avec ses collègues photographes et suit leurs travaux. Depuis que le confinement a commencé, elle cite en vrac quelques noms qui l'ont marquée : "Fabio Bucciarelli qui a fait un travail superbe en Italie pour le New York Times, Corentin Fohlen s'intéresse au quotidien des confinés à la rue (ici par exemple), William Daniels pour le National Geographic ou mon amie Véronique de Viguerie qui a travaillé à Mulhouse notamment".

En dehors des titres de presse pour lesquels elle travaille, les photos de Laurence Geai sont à retrouver sur son compte Instagram et sur le site du collectif de photographes auquel elle appartient : Divergence Images. Elle participe aussi à l'initiative "Photographes unis" : les participants cèdent une de leurs photos et le produit de la vente va à la Fondation de France, associée à l'APHP et à l'Institut Pasteur.

MEP, Forum des images... Ces musées confinés qui incitent à les confinés à la créativité

Mais la photo est aussi l'affaire de Monsieur et Madame tout-le-monde depuis que nos téléphones sont devenus des appareils photo. En cette période, de nombreux internautes partagent d'eux-même des clichés de leur intérieur confiné ou encore des rues désertées. Mais des institutions lancent aussi des appels à la créativité : le Forum des images ou la MEP (Maison européenne de la photographie) par exemple. Ces institutions lancent même des concours pour inviter les internautes à partager leurs photos ; les vainqueurs auront un abonnement gratuit à la reprise des visites.

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3 min
Le directeur de la MEP Simon Baker présente le concours de photos qu'il lance pendant le confinement (et donne quelques conseils ;-) )
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Pendant le confinement, la MEP continue de fonctionner autrement, via les réseaux sociaux. L'exposition sur le photographe et sculpteur autrichien Erwin Wurm devait s'étendre du 4 mars au 7 juin mais elle n'a duré qu'une dizaine de jours, à cause la fermeture des lieux publics. Elle reprendra à la réouverture mais en attendant, les œuvres se prolongent sur le compte Instagram de la MEP. Fin avril, l'artiste a ainsi publié une vidéo pour inviter le public à participer : le but étant de réaliser des "one-minute scupltures", qui ont fait la notoriété de Erwin Wurm, et de les publier ensuite sur Instagram avec le mot-clef #ErwinWurmChallenge. La procédure est expliquée dans la vidéo ci-dessous avec la collaboration adorable de sa fille qui assure la traduction en français.

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Vos témoignages et vos photos sur les réseaux sociaux

Comme chaque semaine, Hashtag lance un appel à témoignages via les réseaux sociaux et vous avez été nombreux à nous répondre. Voici quelques unes des publications que vous avez partagées avec nous. Merci beaucoup !

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