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Deux steaks de boeuf.

Comment notre consommation de viande est en train de changer

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À retrouver dans l'émission

#QuelleViandeJeMange |Le rapport des consommateurs à la viande et aux animaux change. La viande n'est plus achetée et consommée comme il y a quelques années, suite à des scandales mais aussi à une évolution des mentalités. Témoignages.

Deux steaks de boeuf.
Deux steaks de boeuf. Crédits : Claudia Totir - Getty

Les dernières vidéos d'abattoirs diffusées par l'association L214 ont une nouvelle fois choqué une partie de l'opinion, posant la question de l'élevage, de la mort et de la consommation des animaux, et réveillant le combat des vegans. D'autres initiatives se mettent en place, notamment l'appel au droit à bien manger, une pétition qui s'adresse aux politiques et aux candidats à l'élection présidentielle afin de "mettre en place des actions concrètes pour défendre une alimentation goûteuse et saine, ainsi qu’une agriculture qui soit durable pour ses producteurs comme ses consommateurs, pour les hommes comme pour la Terre."

De nombreuses personnes décident ainsi de changer leur façon de manger et d'acheter de la viande, réagissant à ces scandales, ou répondant à un mouvement global de nos sociétés. Témoignages recueillis par Fanette Hourt.

Quand on a un petit budget, "on n'a pas forcément le choix"

Karine a 20 ans, elle est étudiante et vit seule à Paris.

Elle voudrait pouvoir sélectionner la viande qu'elle consomme. Mais "je ne peux pas le faire sur tout", car cela coûte cher et cela pourrait gréver son petit budget. Ce sont ses parents qui l'aident au quotidien. Ses ressources sont donc très limitées, et elle l'avoue : "Je n'ai pas envie de me passer de la viande", pour l'instant en tout cas. "Un jour, je ne pourrai plus le faire", car sa conscience animale aura pris le dessus.

Le coût d'une viande bio va être hyper élevé par rapport aux autres élevages. On n'a pas forcément le choix. Moi, je mange de la sous-marque du magasin, donc je ne vais pas du tout vérifier d'où elle vient, parce que je me dis que c'est la moins chère de toute façon. Je n'ai pas le choix (…). J'ai mon côté très égoïste aussi qui veut manger de la viande, parce que c'est bon, parce que j'aime ça, parce que dans mes spaghettis bolo, je ne peux pas mettre du soja parce que cela n'a rien à voir (…) Sauf que j'ai quand même ma conscience animale aussi qui me dit 'tu trouves le cochon mignon' (…) donc un jour, forcément, je deviendrai végétarienne, peu importe le coût. Mais pas tout de suite, donc d'ici là j'aurai une situation stable, une situation financière, donc oui je le deviendrai et ce sera un choix (…) et ce sera aussi à mon sens une obligation parce que de toute façon, on n'aura pas assez de viande pour nourrir tout le monde."

"J'ai décidé d'acheter de la viande moins souvent mais de meilleure qualité"

Lise a 27 ans, elle travaille dans un établissement scolaire dans la Manche.

Elle s'est rendue compte de la difficulté de se nourrir correctement et de manière équilibrée lorsqu'elle a quitté le cocon familial. "On change complètement de régime alimentaire", décrit-elle. Quand on vit chez ses parents,"on a moins de soucis pour faire ses courses, parce qu'on vit au même rythme que sa famille." Pour des raisons culturelles et de budget, elle a donc commencé à manger moins de viande, et c'est devenu une philosophie de vie.

Je ne pouvais pas m'acheter beaucoup de viande parce que je souhaitais manger de la qualité, et j'ai décidé d'en acheter moins souvent, quitte à ce que ça soit plus cher mais de meilleure qualité (…). Dans ma famille, on a eu tendance à apprendre à consommer de manière plus éthique, c'est-à-dire qu'on savait d'où provenaient les viandes, on connaissait les producteurs, ou quand ce n'était pas le cas, on s'interrogeait quand même sur l'origine, le traitement des animaux. Donc je pense que c'est aussi une affaire de famille, de culture. (…) Les scandales qui ont été mis à jour n'ont pas changé mes habitudes parce que j'étais déjà sensibilisée à tout ça. (…) Ma consommation de viande se répercute sur ma façon de consommer d'autres aliments. Pour les légumes, c'est pareil. Je fais attention à la provenance et on privilégie plutôt du local et du bio.

Le label rouge "était précurseur" sur le sujet

Sylvain Héry est producteur de porcs label rouge dans les Côtes-d'Armor.

Il s'est installé il y a dix ans, à la suite de ses beaux-parents. Grâce aux exigences et à la reconnaissance qu'apporte le label rouge, il estime proposer des produits de qualités. D'ailleurs, selon lui, les producteurs et les consommateurs suivent de plus en plus ce mouvement.

D'un côté, il y a les producteurs qui cherchent à se différencier, à faire un produit plus noble pour pouvoir capter de la valeur ajoutée. Et de l'autre côté, on a une demande du consommateur qui est plus exigeant, qui veut des réponses sur les attentes sociétales que peuvent être le bien-être, les questions d'antibiotiques, les questions d'alimentation, de sécurité alimentaire, etc… Des questions auxquelles on a en grande partie répondu il y a dix ans [en label rouge]. On était peut-être un peu précurseurs, mais aujourd'hui on s'aperçoit que le cahier des charges a peu évolué mais qu'il est en plein dans l'actualité.

Manger de la viande, "ce n'est pas une nécessité"

Isabelle est femme au foyer et vit en région parisienne.

Elle a fait le choix plus radical d'arrêter de manger de la viande. Les dernières révélations de l'association L214 l'ont choquée. Elle aimerait que les animaux soient traités avec respect . "La viande, j'estime que je n'en ai pas besoin, mon alimentation est assez riche et permet autre chose." Malgré tout, son compagnon mange parfois de la viande, et elle respecte ce choix. Elle a aussi conscience que sa fille de six mois a besoin de protéines pour bien grandir. Mais"dès qu'elle sera grande, je lui expliquerai pourquoi il ne faut pas manger de viande", assure-t-elle dans un sourire.

On n'a pas besoin de protéines animales pour vivre bien, je ne suis absolument pas carencée (…). Et puis je ne supporte pas le traitement qu'on fait aux animaux, ce n'est pas parce qu'on les mange qu'on est obligés de mal les traiter (…). Je suis outrée par ces comportements-là, je trouve ça inadmissible. Les contrôles sont nécessaires par rapport à ce qui a pu se passer dans les années passées. Mais il y a aussi le respect : on peut tout à fait manger de la viande et respecter l'animal. Moi, c'est plus par conviction que je n'en mange plus et parce que ce n'est pas une nécessité. C'est vrai qu'en France, on est des 'viandards', je me sens un peu seule des fois, mais ce n'est pas grave, je m'en fiche.

"On a décidé de ne plus manger de viande le soir"

Céline habite à la Réunion, où elle travaille dans un hôpital.

Elle et son compagnon ont en partie fait le choix de ne plus manger de viande le soir car "la viande n'est pas de très bonne qualité à la Réunion". Mais derrière cette démarche, il y a aussi une réflexion éthique et écologique puisque, pour Céline, "on mange trop de viande."

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Céline, son compagnon et sa fille ne mangent plus de viande le soir depuis deux mois.

Cela fait deux mois qu'on a décidé de ne plus manger de viande le soir. Il y a beaucoup de viande le midi, aussi bien dans les cantines qu'à la crèche de la petite, mais le soir on essaye de limiter au maximum. Les apports protéiques sont suffisants avec ce qu'on a autour, et cela ne fait pas de mal de manger plus léger le soir. Ce n'est pas facile, dès qu'on est de sortie ou qu'on invite des gens, je me vois mal ne pas proposer de la viande (…). Mais c'est une prise de conscience. On commence à consommer de plus en plus responsable.

"On a la chance d'avoir un producteur juste à côté de chez nous"

Valéry est informaticien et habite dans les Deux-Sèvres, dans une ancienne ferme.

Il fait très attention à ce qu'il mange, et en particulier à la viande. Sa prise de conscience a commencé après avoir lu Des fraises en hiver, de Claude-Marie Vadrot, qui décrit les méthodes de production et notamment les kilomètres que parcourent nos aliments avant d'arriver dans notre assiette. "On s'est donc mis à réfléchir à la possibilité d'acheter des aliments qui font moins de kilomètres et qui ne reçoivent pas des traitements aberrants", décrit-il.

On a la chance d'avoir un producteur qui est juste à côté de chez nous, qui est à peu près à 500 mètres de chez nous, sur la même commune et qui élève des veaux, des vaches et des cochons (…). Je peux, si l'envie m'en prenait, faire une petite promenade et aller voir les bêtes qui sont dans le pré, savoir comment elles sont élevées, visiter la ferme… Cela nous rassure parce qu'on sait comment les bêtes sont élevées, on sait qu'elles sont bien traitées, on sait qu'elles ne sont pas dans des cages grillagées, qu'elles ne sont pas dans des usines à élevage comme on entend parler dans les médias. Donc effectivement, on est rassurés, on sait ce qu'on mange.

La viande "est moins perçue comme un aliment essentiel"

Denis Lerouge est depuis plusieurs années directeur de la communication et des études chez Interbev, association interprofessionnelle du détail et des viandes.

Selon lui, "on ne peut pas dire qu'il y ait eu un impact majeur de ces différents scandales sur la consommation de viande". Malgré tout, il observe qu'"un certain nombre de consommateurs se disent à la fois qu'il faut améliorer la façon dont les animaux sont élevés, sans pour autant remettre en cause la légitimité même de l'élevage et de la consommation de viande." Cependant, il constate que la manière dont les consommateurs mangent de la viande, ainsi que la fréquence de cette consommation, ont évolué.

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Denis Lerouge, directeur de communication chez Interbev, voit bien que la consommation de viande est en train de changer.

Les jeunes générations ont beaucoup moins de liens avec la ruralité, avec la campagne, donc la perception de l'élevage, de l'animal et de la viande évolue en fonction de ces critères-là (…). La viande reste un produit extrêmement apprécié pour le plaisir, pour la convivialité pour le partage. Elle est moins perçue comme un aliment essentiel, indispensable, comme elle pouvait l'être par le passé. La consommation alimentaire dans son ensemble change. Les comportements ne sont plus les mêmes. La façon dont mes enfants se nourrissent n'est pas la même dont je me nourris moi (…). Cela a pour conséquence que la consommation de viande change, parce que le produit consommé n'est pas le même selon l'occasion de consommer. A partir du moment où vous dites 'la viande c'est quelque chose avec lequel je veux me faire plaisir avec des amis', alors évidemment vous souhaitez que cette viande soit de qualité.

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