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Le clivage droite-gauche tend à disparaître aujourd'hui

Droite-gauche : un clivage qui a toujours du sens ?

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#DroiteGauche |Il y a d'abord eu le candidat "et à droite et à gauche" Emmanuel Macron puis les "gilets jaunes" qui veulent transformer l'occupation des ronds-points en mouvement politique durable, déçus de l'ensemble des partis actuels. Cela veut-il dire que le clivage droite-gauche a disparu ? Peut-être bien.

Le clivage droite-gauche tend à disparaître aujourd'hui
Le clivage droite-gauche tend à disparaître aujourd'hui Crédits : Claude Boyer - Maxppp

La question de la disparition du clivage droite-gauche revient régulièrement. Mais ce n'est que récemment qu'elle semble prendre tout son sens.

Le Cepremap (Centre pour la Recherche Economique et ses Applications) vient de publier une étude en ce sens, en partenariat avec le Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po), intitulée "Qui sont les 'gilets jaunes' et leurs soutiens". Elle montre notamment une disparition du clivage droite-gauche, au profit d'un nouvel axe d'identification, basé sur le sentiment d'avoir réussi sa vie et la confiance interpersonnelle. Au-delà du clivage droite-gauche, les soutiens des "gilets jaunes" s'apparentent dans le sentiment de ne pas avoir réussi sa vie et d'une confiance interpersonnelle faible (graphique ci-dessous). 

Les soutiens des "gilets jaunes" ont le sentiment de ne pas avoir réussi leur vie et une faible confiance interpersonnelle
Les soutiens des "gilets jaunes" ont le sentiment de ne pas avoir réussi leur vie et une faible confiance interpersonnelle Crédits : Cevipof, SciencesPo

"Le clivage droite-gauche a disparu", Mathieu Perona, du Cepremap

Mathieu Perona est directeur exécutif de l'Observatoire du Bien-être du Cepremap. De son point de vue :

Le positionnement politique des gens ne se fait plus sur la redistribution des richesses qui est l'axe traditionnel de la politique mais en fonction de la façon dont ils envisagent leur vie actuelle, la confiance avec les autres et l'avenir collectif. Ce repositionnement politique se fait de manière indépendante à l'idéologie. (...) Ce clivage a disparu d'un coup, avec l'arrivée d'Emmanuel Macron, cela ne veut pas dire qu'il ne peut pas revenir aussi vite qu'il a disparu. L'autre axe sur la confiance interpersonnelle et sur la satisfaction de vie va probablement rester structurant. Une bi-partition ne sera plus forcément la configuration de long terme de l'espace politique français.

Le sondeur et président de la société PollingVox Jérôme Sainte-Marie partage cette même analyse. Pour lui, le "clivage est clos depuis le second tour de l'élection présidentielle de 2017 et l'affrontement de deux candidats qui ne se reconnaissaient pas dans le clivage gauche-droite". Les événements depuis ne sont qu'une confirmation de la disparition du clivage. Jérôme Sainte-Marie cite notamment l'abstention des députés de gauche (groupe Nouvelle gauche) et d'une grande majorité des députés de droite (groupe Les Républicains) lors du vote de confiance des députés à Edouard Philippe le 4 juillet 2017, plutôt qu'un vote de défiance. Puis, il y a les "gilets jaunes" qui rassemblent des personnes, au-delà de la droite et la gauche.

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"Les gens sont prêts à se regrouper au-delà du clivage gauche-droite", Jérôme Sainte-Marie

Le clivage qui était horizontal entre la gauche et la droite est en train d'être remplacé par un clivage entre la société d'en haut, les gens qui se retrouvent peu ou prou autour d'Emmanuel Macron, et la société d'en bas, les gens qui se retrouvent autour des 'gilets jaunes'. Vous avez une réactivation paradoxale de la lutte des classes, (...) qu'on croyait enterrée depuis le XXe siècle                          
Jérôme Sainte-Marie

Des partis sans étiquette, opposés à un positionnement sur l'échiquier politique

Parmi ces "gilets jaunes", certaines figures ont décidé de transformer la contestation de la rue aux urnes. Jacline Mouraud, connue pour sa prise de parole très virale au début du mouvement, a créé son parti "Les Émergents" qui se veut sans étiquette et doit répondre "au bon sens" que réclament les manifestants.

"Nous voulons un parti politique en France qui fonctionne avec le cœur" ajoute Jacline Mouraud, pour "une France plus juste". Elle entend ainsi  "donner la parole à ceux qui se sentent exclus et privilégier le dialogue". "Il faut prendre les idées là où elles sont excellentes et arrêter de diviser les gens", justifie la "gilet jaune" qui espère répondre ainsi à la demande des électeurs-trices qui, comme elle, "ne se retrouvent plus nulle part" et ont choisi le vote blanc. "Le vote blanc, c'est bien un vote contestataire quand même ?", interroge-t-elle. Aux deux dernières élections présidentielles, c'est d'ailleurs un bulletin blanc qu'elle a glissé dans l'urne, préférant voter "pour quelqu'un", que "contre quelqu'un". 

Un positionnement sans étiquette pour proposer ses idées sans être catalogué "de droite ou de gauche", c'est aussi ce que propose le parti pirate. "On a perdu l'habitude de voter pour des idées", regrette sa porte-parole Florie Marie. "On ne peut plus se contenter d'être d'accord avec 90% des points d'un programme donc on ne peut plus se contenter d'une couleur politique ou d'un bord politique"

Les partis traditionnels obligés de se réinventer

C'est justement pour cette raison que le clivage droite-gauche persiste selon Michel Gelly-Perbellini. Il milite depuis 13 ans au Parti socialiste. 

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"Il va y avoir en France un retour du clivage gauche-droite", Michel Gelly-Perbellini
Michel Gelly-Perbellini milite au sein du Parti socialiste depuis 2006
Michel Gelly-Perbellini milite au sein du Parti socialiste depuis 2006 Crédits : Fiona Moghaddam - Radio France

L'enjeu des partis politiques traditionnels est de rappeler qu'il n'est pas possible de tout avoir à la fois. Ces décisions, c'est pour ça qu'il y a la démocratie et le pouvoir, doivent être arbitrées. Pour qu'à l'arrivée, la société, le pays, ses lois, correspondent à une idée de justice, d'égalité ou au contraire, permettre à ceux qui ont déjà d'avoir plus. C'est tout le débat du moment. 

Des clivages que Jonas Haddad, militant de droite depuis 13 ans également, aujourd'hui chez Les Républicains, estime "concurrencés".

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"Le clivage droite-gauche se superpose à d'autres clivages", Jonas Haddad
Jonas Haddad a d'abord milité à l'UMP puis aujourd'hui chez Les Républicains
Jonas Haddad a d'abord milité à l'UMP puis aujourd'hui chez Les Républicains Crédits : Fiona Moghaddam - Radio France

"Il se superpose à des clivages géographiques, vous ne militez pas de la même façon en zone urbaine, à la campagne, en banlieue. Il y a aussi les clivages de ce que ressentent les gens : libéral, conservateur, ouvert sur les sujets de société ou plus fermé". Et même s'il peut "rejoindre la gauche sur certains sujets, comme l'écologie ou la culture", il ne se retrouve pas aujourd'hui dans les idées de gauche.  

Pour ces militants, la gauche et la droite conservent donc toutes leurs différences et le clivage n'est pas près de disparaître. 

Il a d'ailleurs "toujours un sens", ajoute l'historien Patrice Gueniffey, "car il donne un sens au chemin qu'on veut suivre". Mais "s'il s'estompe en politique, c'est parce qu'on ne fait plus de politique. Les gouvernants estiment qu'ils sont là pour administrer", conclut-il.

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