LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Les Tunisiens doivent choisir leur nouveau président dimanche entre deux candidats surprise

Election présidentielle en Tunisie : la perplexité des Tunisiens de France

4 min
À retrouver dans l'émission

Les Tunisiens éliront dimanche un nouveau Président. Ils ont boudé les urnes pour les législatives. Pourquoi ? Comment expliquer la perte de vitesse des partis traditionnels ? Qui sortira le pays de la crise ? Dubitatifs, les Tunisiens de France nous répondent.

Les Tunisiens doivent choisir leur nouveau président dimanche entre deux candidats surprise
Les Tunisiens doivent choisir leur nouveau président dimanche entre deux candidats surprise Crédits : Xavier de Torres - Maxppp

Une semaine après des législatives peu plébiscitées, les Tunisiens votent dimanche pour élire leur Président. Ils ont le choix entre Kaïs Saïed, un juriste inconnu jusque-là, et Nabil Karoui, un homme d’affaires controversé.

A l'étranger, les Tunisiens constituent un enjeu électoral important car ils représentent environ 10% du corps électoral. En France, la communauté tunisienne pèse 200 000 voix, divisée en deux circonscriptions, France Nord et France Sud. Ces Tunisiens de France auront à trancher à partir de ce vendredi et jusqu'à dimanche 18h un duel inédit entre ces deux candidats surprise.

Le premier est un juriste austère sans charisme, inconnu du grand public. Le second, présenté comme le "Berlusconi tunisien", est un homme d’affaires et patron de médias influents, mais soupçonné par la justice de fraude fiscale et de blanchiment d’argent. Il vient de sortir de prison et n’a pas pu faire campagne. Sa femme, Salwa Smaoui, a été son porte-voix.

Ce choix laisse les Tunisiens de France perplexes et dubitatifs.

"C'est un charivari, un petit capharnaüm. C’est très inquiétant pour l’avenir du pays"

Houda Zekri est une militante pour les droits civiques dans son pays. Elle se bat pour que ses compatriotes s’inscrivent sur les listes électorales. 

Houda Zekri est une militante pour les droits civiques
Houda Zekri est une militante pour les droits civiques Crédits : Christian Chesnot - Radio France

Cette présidentielle, explique-t-elle, "est un charivari, un petit capharnaüm. C’est très inquiétant pour l’avenir du pays. J’ai l’impression que c’est une petite marionnette qu’on nous a placée là. Nabil Karoui doit être jugé par la justice et il pourrait devenir le prochain Président de la Tunisie. Donc effectivement, c’est un peu problématique. Et du côté de Kaïs Saïed, les cartes ne sont pas claires. On sait qu’il est conservateur mais on ne sait pas qui est derrière lui".

Écouter
2 min
Houda Zekri, militante pour les droits civiques : le futur président "sera une marionnette"

"Pendant les huit dernières années, le spectacle offert par une partie de la classe politique est à vomir"

Après l'euphorie de la révolution, le désespoir a gagné les Tunisiens car les progrès démocratiques n'ont pas entraîné une amélioration de leur vie quotidienne. Cherté de la vie, chômage, dégradation des services publics, la population a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Résultat, les Tunisiens boudent les urnes, surtout les jeunes et les femmes.

Nadia Chaabane, ancienne députée, élue par les Tunisiens de France
Nadia Chaabane, ancienne députée, élue par les Tunisiens de France Crédits : Christian Chesnot - Radio France

Nadia Chaabane est une ancienne députée élue par les Tunisiens de France. Elle appartient au parti social-démocrate Al-Massar. "Je comprends cette démobilisation parce que les attentes des gens portent sur des problèmes économiques. Il faut redonner un peu d’espoir aux plus jeunes. Et aujourd’hui, le débat ne tourne pas du tout autour de ces questions-là".

Pour elle, "la nouvelle Assemblée qui vient d’être élue [dimanche 6 octobre ndlr] ne va ressembler à rien, elle sera représentative d’un petit bout de l’électorat et le reste des électeurs est resté chez lui et là c’est un vrai drame".

Il n’y pas eu d’émergence d’une vision nouvelle ou d’un modèle nouveau. Ce qui attend le nouveau Président, c'est d'abord un défi économique qui est indissociable du défi environnemental, notamment sur l’eau. La Tunisie est le pays du Maghreb le plus exposé au réchauffement climatique. On a perdu 147 km de côtes à cause de l’érosion et le niveau de l’eau ne cesse de monter. La question environnementale est vitale.

Nadia Chaabane estime que le nouveau Parlement n'est pas à la hauteur des enjeux et pointe du doigt un personnel politique souvent corrompu et versatile : "Pendant les huit dernières années, le spectacle offert par une partie de la classe politique est à vomir. Je ne trouve pas d’autre terme".

Écouter
7 min
Nadia Chaabane, ex-députée des Tunisiens de France : "Je comprends parfaitement la démobilisation électorale"

"Cette élection présidentielle a un intérêt particulier : créer un clivage qui n’a pas trop existé avant, entre l’Etat de droit et l’Etat de non-droit"

Dans ce contexte délétère, Saber Abbes, un jeune consultant politique, se veut modérément optimiste. La candidature de Kaïs Saïed peut ouvrir la voie à un nouveau type de personnel politique intègre ayant le sens de l’intérêt public. 

Saber Abbes, consultant politique
Saber Abbes, consultant politique Crédits : Christian Chesnot - Radio France

"Cette élection présidentielle a un intérêt particulier car elle va permettre de créer un clivage qui n’a pas trop existé avant, entre l’Etat de droit et l’Etat de non droit", estime-t-il. Et d'ajouter : "Aujourd’hui, la Tunisie est de facto un Etat de non-droit, où il y a beaucoup de corruption, où les ministres ne sont pas redevables de leurs actions. De ce point de vue, c’est une petite chance pour la Tunisie d’avoir un Président qui incarne une forme de rectitude et de respect des lois."

Écouter
5 min
Saber Abbes, consultant politique : "Ce n’est pas une impasse politique mais un apprentissage politique"

Le prochain Président, Kaïs Saïed ou Nabil Karoui, trouvera un Parlement ingouvernable. Aucun parti n’a obtenu une majorité de sièges ou se trouve en position dominante après les législatives du 6 octobre. Les islamistes d’Ennahdha sont certes le premier parti du pays, mais ils n’ont obtenu que 52 députés sur les 217 que compte l’Assemblée, devant le parti de Nabil Karoui "Le cœur de la Tunisie" (Qalb Tounès) et ses 38 sièges, le courant démocrate Tayyar (22 sièges) et du parti Karam (21 sièges).

A ce stade, dégager une majorité de gouvernement ressemble à un casse-tête chinois et pourrait durer des semaines. Et si d’aventure aucune coalition ne parvenait à former un gouvernement, "il faudrait alors retourner aux urnes", prédit Saber Abbes. Autant dire qu’il sera quasiment impossible de mener les grandes réformes économiques et sociales dont la Tunisie a urgemment besoin pour sortir de l’ornière.

Vos réactions sur les réseaux sociaux

Avec la collaboration d'Elise Delève 

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......