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Depuis 4 ans, un atelier de découverte de l'Europe est proposé à 45 enfants au pôle d'excellence éducative Albert Camus de Coulaines dans la Sarthe.

Europe : la grande indifférence citoyenne

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#MonIdéedelEurope |Jusqu'en octobre, plus de 300 consultations citoyennes sont organisées à travers 27 pays membres de l’Union européenne, afin de recueillir l'avis des citoyens pour réformer les institutions. En France, où les euro-indifférents dominent, les partis extrémistes font vivre le débat européen.

Depuis 4 ans, un atelier de découverte de l'Europe est proposé à 45 enfants au pôle d'excellence éducative Albert Camus de Coulaines dans la Sarthe.
Depuis 4 ans, un atelier de découverte de l'Europe est proposé à 45 enfants au pôle d'excellence éducative Albert Camus de Coulaines dans la Sarthe. Crédits : Cecile de Kervasdoué - Radio France

300 débats sont organisés d'ici octobre prochain dans 27 pays membres de l'Union européenne, dont 200 en France. On compte 30 000 participants pour la consultation en ligne de la Commission européenne lancée le 9 mai dernier à partir de 12 questions posées par un panel de citoyens européens, tirés au sort. L'opération participative européenne voulue par Emmanuel Macron pour recueillir l'avis des 450 millions d'Européens n'est pas encore un succès. L'UE continue de susciter une grande indifférence citoyenne.

L'indifférence, parti majoritaire en Europe

Un taux de participation qui ne cesse de diminuer marque les élections européennes depuis la fin des années 1990, particulièrement chez les jeunes. Manque d'éducation, d'information, d'incarnation politique, les explications des europhiles sont toujours nombreuses, comme les tentatives de la Commission pour se rapprocher des citoyens. Mais la tendance ne change pas. En 2014, cette abstention a donc permis à une centaine de députés eurosceptiques d'entrer au Parlement européen.

Avec le Brexit, ce qui se passe en Italie, les pressions des Russes et des Américains, l'Union européenne est au bord d'un gouffre politique et économique. Il faut absolument que les électeurs européens choisissent des partisans de la construction européenne plutôt que des partisans de sa destruction. Christophe Rouillon, maire de Coulaines, membre du Comité des Régions et vice président de l'Association des Maires de France en charge de l'Europe.

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A Coulaines, une petite ville de 7 500 habitants au nord du Mans, dans la Sarthe, un quart de la population est au chômage, la moitié des logements sont des logements sociaux et la population est l'une des plus pauvres du département. Coulaines est aussi la ville qui a l’un des plus fort taux d’investissements européens par habitant. Deux millions d’euros de subventions européennes ont ainsi permis, depuis 1996, de créer un espace jeunes, une maison de la lecture, de rénover l’église, l’urbanisme, la piscine municipale, de faire vivre un chantier de réinsertion et de créer une cité éducative regroupant sur un même lieu, une crèche, une école, un centre de loisirs, une bibliothèque et un gymnase.

La 26e consultation citoyenne européenne portée par le gouvernement s’est donc tenue, lundi 28 mai, en présence de Nathalie Loiseau, la ministre des Affaires européennes, dans une ville où l'Europe se vit au quotidien. Pourtant, dans la salle Henri Salvador, à peine une centaine de personnes avait fait le déplacement et les moins de 30 ans se comptaient sur les doigts d’une main. Antoine 23 ans, est un habitant de Coulaines, qui revient d'un Erasmus en Norvège mais "sans rien avoir appris sur l'Europe", regrette-t-il.

L'idée des consultations citoyennes, lancées cette année par le gouvernement français, voudrait donner le goût de l'Europe aux européens en leur donnant la parole. Cette pratique n'a rien de nouveau. Ce type de consultation ou de dialogue populaire est déjà mis en place dans les Etats Membres par la Commission européenne, depuis 2007. L'année dernière dans son livre blanc sur l'avenir de l'Europe la Commission s'est même engagée à en organiser de plus en plus : depuis début janvier il en a eu 333 à travers l'UE.

Consultation européenne : une vieille antienne

Construction inédite de technocrates nommés par des gouvernements, l'Union européenne s'est posée depuis sa naissance la question de sa légitimité démocratique. Dès la création de la Commission européenne, des outils de consultation des citoyens ont donc été mis en place : d'abord par des sondages ciblés sur certaines catégories de la société, ensuite par les eurobaromètres. Créés dans les années 1970, ces sondages nationaux donnent régulièrement la côte de popularité de l'Union européenne.

Depuis le début des années 1990, et particulièrement depuis le traité de Maastricht, ces eurobaromètres se font l'écho de la défiance grandissante des citoyens européens. Mais c'est le référendum de mai 2005 qui a tout fait basculer, rendant tout débat sur l'Europe impossible. C'est ce qu'explique Nicolas Hubé, sociologue du politique, maître de conférence à l'Université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Il a mené depuis dix ans des enquêtes qualitatives sur le sentiment européen des citoyens allemands et français.

A la suite du référendum rejeté en France, aux Pays Bas et en Irlande, la Commission européenne a lancé un vaste plan de consultations des citoyens. En 2012, une modification des textes a même permis d'établir la possibilité d'initiatives citoyennes pour permettre aux électeurs, après avoir recueilli 1 million de signatures dans 5 pays membres, d'élaborer directement des politiques européennes. Mais, jusqu'à maintenant, aucune des 300 initiatives lancées n'a été retenue par la Commission.

Europe : l'impossible débat

Pas assez démocratique, lointaine, nébuleuse, kafkaïenne, les critiques ne manquent pas en réponse à la question : quelle est votre idée de l’Europe ? L’Union européenne est à la fois le parfait bouc émissaire des frustrations des citoyens européens et le parfait épouvantail depuis des décennies, des politiques. au pouvoir.

Les militants En Marche qui, dans la Sarthe, viennent de faire du porte-à-porte auprès de 3 000 foyers afin de leur proposer de remplir le questionnaire de la Commission européenne sur l’avenir de l’Europe peuvent en témoigner. Michel Deveaux raconte pourquoi la moitié des foyers lui ont claqué la porte au nez.

Michel Deveaux, militant En Marche dans la Sarthe
Michel Deveaux, militant En Marche dans la Sarthe Crédits : Cécile de Kervasdoué - Radio France
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"L'Europe fait les frais des attaques des populistes et des mensonges des gouvernements nationaux"

Ces dernières années les questions européennes ont pourtant été au centre de l'agenda politique dans bien des Etats membres. En Grande-Bretagne, en Italie ou en France, l'Europe semble pouvoir faire basculer une élection nationale car elle agrège, à tord ou à raison, tous les marqueurs idéologiques. Elle est particulièrement centrale dans les discours de l'extrême droite et de l'extrême gauche. A Coulaines, lors de la consultation européenne, les débats ont donc naturellement été accaparés par le Front national.

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Pascal Nicot, conseiller régional Front National Pays de la Loire

Mais aussi par l'UPR d'Asselineau qui appelle au Frexit, ou les militants France Insoumise. L'ambiance est donc très vite devenue électrique et le débat impossible.

Surtout, il est essentiel de laisser s'exprimer ces voix sur l'Union européenne car elle font parties du débat public indispensable à la construction de l'UE ! Cette position de tolérance est nouvelle au sein des institutions européennes et des partisans de l'UE et elle s'applique tant aux positions politiques qu'aux divergences culturelles au sein des 27. Comme en témoigne un récent article du Monde, il n'est plus question aujourd'hui de mettre les extrêmes en quarantaine. Il faut au contraire transiger avec ces "nouveaux barbares" pour maintenir mais surtout faire progresser la construction européenne. 

Dans une certaine mesure la construction de l'Europe ressemble à la construction de la République française. Les historiens ont montré combien, au XIXe siècle, le débat houleux et parfois violent entre monarchistes et républicains a permis de faire parler de l'idée nouvelle qu'était la République jusqu'au fin fond des campagnes françaises. C'est ce débat qui a légitimé notre République. Avec l'Europe c'est pareil : la discussion, les critiques, l'opposition même sont les meilleurs des remèdes à l'euro-indifférence. Nicolas Hubé sociologue du politique, maître de conférence à l'Université Paris 1.

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