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Un stand du grand débat

Grand débat : "C'est du positif, à condition de tenir compte de ce que disent les gens"

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#JaiParticipéauGrandDébat |Le grand débat national, lancé pour répondre à la crise des "gilets jaunes", s'achève ce vendredi. Ses détracteurs raillent la participation qu'ils jugent trop faible. A l'inverse, des participants au grand débat ont choisi de franchir un pas de plus dans leur engagement citoyen.

Un stand du grand débat
Un stand du grand débat Crédits : Benjamin Illy - Radio France

C'est la fin de la première grande étape de l'exécutif pour répondre à la crise des "gilets jaunes". Lancée le 15 janvier, la consultation des Français dans le cadre du grand débat national se clôture ce vendredi 15 mars. Quand l'exécutif loue le succès de cette grande consultation, ses détracteurs raillent une démarche qui aura attiré une infime partie de la population. 

Les derniers chiffres révèlent qu'environ 160 000 internautes ont répondu à un ou plusieurs questionnaires, mêlant questions ouvertes et fermées. Au total, il y aura eu plus de 1 600 000 contributions en ligne, et plus de 10 000 événements organisés partout en France. Comparés à la population française, ces chiffres sont donc assez faibles. Et cela risque d'entraîner des "contestations sur la représentativité" explique Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l'institut de sondages IFOP invité de notre journal de 12h30 de lundi.

Il y aura sans doute des contestations sur la représentativité des personnes qui se sont exprimées dans le cadre de ce grand débat. Il y a une différence entre un sondage qui est réalisé auprès d’un échantillon représentatif, un modèle en miniature de la population, et une consultation comme c’était le cas dans ce grand débat, où le public qui va participer le fait de son libre choix et n’est pas forcément représentatif de la population globale.                                                                
Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l'IFOP

Selon une enquête Harris Interactive et Agence Epoka pour LCI et Le Figaro sur la perception du grand débat national par les Français, 70% des personnes interrogées estiment qu'il s'agit "plutôt d'une bonne chose". 83% pensent qu'il aura permis aux Français de s'exprimer, mais un tiers seulement font confiance au gouvernement pour répondre aux attentes exprimées.

"C'est une démarche qualitative"

Qui sont les participants ? Difficile de dresser une sociologie des contributeurs. Selon Pascal Perrineau, l'un des cinq garants du grand débat national, le but n'était pas de faire un sondage mais bien de recueillir des propositions : "Ce n'est pas une démarche quantitative, c'est une démarche qualitative."

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Pascal Perrineau : "Le grand débat est une démarche qualitative"

Cela va mettre au jour des thèmes, des sous-thèmes, dont les décideurs publics doivent maintenant s'emparer, quelle que soit l'origine du citoyen, qu'il soit un homme ou une femme, un jeune ou une personne âgée, un ouvrier ou un cadre !                                                                              
Pascal Perrineau, un des cinq garants du grand débat national

Pour beaucoup, le grand débat aura été l'occasion de renouer avec la participation citoyenne. Certains sont même allés plus loin encore dans leur engagement citoyen. Inès et Victor sont tous les deux étudiants à Sciences Po et animent des "stands de proximité" dans les gares. Il s'agit d'être visible et disponible dans les lieux de passage, afin de discuter avec les passants et recueillir leurs propositions pour le grand débat. Inès considère "important de s'engager aujourd'hui dans la vie politique, chacun à sa manière, surtout en tant que jeunes, sans forcément être encarté ou politisé". 

Le grand débat est l'occasion de participer à la vie publique et à des nouveaux outils de démocratisation. Le stand de proximité est un modèle innovant, du moins en France, c'est l'occasion de rencontrer les gens, on sent qu'ils ont un réel besoin de participer à la vie démocratique.                                                                          
Victor, étudiant à Sciences Po

Certains sur Twitter aimeraient même que le principe du grand débat soit pérennisé, regrettant que la plateforme en ligne ferme ce vendredi. 

Un regain de participation citoyenne ?

Mais Thierry Barba, président de l'association des maires ruraux de la Marne et maire de Ville-en-Tardenois, rappelle que "le système fonctionne", et que les citoyens peuvent toujours participer à la vie publique, que ce soit lors des conseils municipaux ou par d'autres biais. Engagé depuis le début dans ce grand débat, notamment via les cahiers de doléances remis à Emmanuel Macron, Thierry Barba explique que "le grand débat a cet avantage de faire revenir le public dans les conseils municipaux pour voir ce qu'il se passe et demander la parole à la fin du conseil. C'est du positif, pas du négatif ! A condition de tenir compte de ce qu'ils disent", prévient l'élu. 

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Thierry Barba : "Le grand débat a cet avantage de faire revenir les gens dans les conseils municipaux"

Qu'on arrête la parlotte ! Qu'on agisse !                                                                            
Thierry Barba, maire de Ville-en-Tardenois et président de l'association des maires ruraux de la Marne

Le 14 janvier dernier sur France Culture, Thierry Barba regrettait également le cadrage imposé par le gouvernement. Quatre thèmes ont été retenus pour recueillir les contributions : la transition écologique, la fiscalité, l'organisation de l'Etat et des collectivités publiques et enfin le débat démocratique et la citoyenneté. Mais un thème aura brillé par son absence : la culture. 

La culture, grande absente

Pour pallier l'absence de ce thème, le directeur de la rédaction de Beaux-Arts Magazine, Fabrice Bousteau, a cofondé avec la Fondation du patrimoine la plateforme granddebatculture.fr. Pour lui, l'absence de la culture dans le grand débat est "totalement injuste. Le secteur de la culture est plus important que le secteur de l'industrie automobile ! " 

La culture nous concerne tellement tous, elle est inhérente à l'être humain. Je crois qu'elle n'a pas été un thème du grand débat parce que jamais les "gilets jaunes" n'ont revendiqué un besoin de culture ou dénoncé une inégalité d'accès à la culture. (...) Cela montre bien une fracture culturelle.                                                    
Fabrice Bousteau, directeur de la rédaction de Beaux-Arts Magazine, cofondateur du "Grand Débat Culture"

Les "gilets jaunes" réfractaires à la plateforme du gouvernement

Les "gilets jaunes" ont été les premiers à rejeter le grand débat national proposé par le gouvernement dès lors que son organisation a été retirée à la Commission nationale du débat public, après le scandale du salaire de Chantal Jouanno. Certains ont alors créé leur propre plateforme, appelée "Le Vrai Débat". Grégory Signoret a cofondé la plateforme. Non satisfaits du cadrage imposé par le gouvernement, ces "gilets jaunes" ont repris le schéma initialement proposé par la Commission nationale du débat public (CNDP) pour créer leur propre site internet.  

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Grégory Signoret : “Le grand débat est un semblant d’expression, mais il est tronqué"

Il nous est impossible d'envisager un outil démocratique s'il n'est pas possible de parler de ce dont il s'agit quand on s'exprime dans la rue (...). Il nous a été proposé quelque chose qui donne un semblant d'expression mais qui est tronqué, les sujets ne sont pas libres. C'est là où nous on a fait la grosse différence, les gens peuvent parler de tout ce qu'ils veulent. (...) On a essayé d'apporter notre part au débat, on n'a pas la prétention d'avoir faire mieux ou moins bien que certains (...). L'intelligence des Français peut amener à des chose très constructives et très positives pour l'avenir."                                                    
Grégory Signoret, "gilet jaune", cofondateur de la plateforme "Le Vrai Débat"

Finalement, en plus du grand débat national organisé par le gouvernement, de nombreuses initiatives auront été mises en place pour recueillir des propositions. Que ce soit via "Le Vrai Débat", le grand débat national ou le "Grand débat culture", les synthèses et bilans qui en émaneront seront transmis aux élus et au gouvernement. Pour l'instant, plusieurs conférences citoyennes sont prévues les 15, 16, 22 et 23 mars dans toutes les régions de France.  

Intervenants
  • Politologue et professeur des Universités à Sciences Po, ancien directeur du CEVIPOF
  • analyste politique, directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l'institut de sondages IFOP.
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