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La cigarette électronique ne repose pas sur le principe de la combustion mais sur la production de vapeur.

Cigarette électronique : peut-on vaper en toute tranquillité ?

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La cigarette tue 73 000 Français par an, soit un crash d’avion quotidien ! La cigarette électronique est devenue peu à peu une alternative pour les fumeurs qui décrochent du tabac. Beaucoup de rumeurs mettent pourtant en doute son efficacité et son innocuité. Enquête sur le monde de la vape.

La cigarette électronique ne repose pas sur le principe de la combustion mais sur la production de vapeur.
La cigarette électronique ne repose pas sur le principe de la combustion mais sur la production de vapeur. Crédits : Sébastien Nogier/EPA/Newscom - Maxppp

Que penser des cigarettes électroniques ? Sont-elles efficaces pour arrêter de fumer ? Sont-elles moins dangereuses que le tabac ? Que penser de la nicotine que l'on trouve dedans ? Peut-on les conseiller à des adolescents ? Quelles études démontrent qu'elles sont plus efficaces que des substituts nicotiniques ? Quels risques prennent les "vapo-fumeurs" ?

Que penser des accidents mortels aux Etats-Unis ? Comment l'industrie de la vape s'organise-t-elle pour que les liquides soient sans danger ? Que doit-on penser du tabac chauffé ? Que penser de l'exemple britannique, où les autorités défendent publiquement la vape ? Que font les pouvoirs publics français ? Quels sont les dangers réels du tabac ? Cela vaut-il la peine d'arrêter de fumer à tout âge ? 

Faut-il préférer la e-cigarette au tabac ? Le point de vue de trois médecins

- Anne Borgne est médecin addictologue. Diplômée en médecine générale en 1989, elle s'est spécialisée en tabacologie en 1994. Elle préside depuis douze ans le Respadd, le réseau des établissements de santé pour la prévention des addictions, qui fédère près de 850 établissements de santé. Elle est aussi chef du service d'addictologues du groupe hospitalier Paris-Seine-Saint-Denis (AP-HP).

Le 14 novembre dernier, elle participait - comme l'essentiel des interlocuteurs que nous avons rencontrés - au 3e Sommet de la vape. Cette journée organisée par une association de vapoteurs, Sovape, financée par l'industrie de la cigarette électronique, avait pour objectif de présenter les e-cigarettes comme outil efficace de lutte contre le tabagisme et donc de réduction des risques.

Comme vous l'entendrez dès le début de son interview, elle affirme ne pas avoir de liens d’intérêts ni avec l’industrie du tabac, ni avec l’industrie du médicament ni avec celle de la vape. 

Cette médecin raconte comment la vape est arrivée dans sa vie de tabacologue. Elle s’occupe de fumeurs depuis 1989. A l’époque, il n’existait rien pour les aider à arrêter. Puis sont arrivés les substituts nicotiniques et en 2012 Anne Borgne a remarqué - avec méfiance - les premières boutiques de vape. Ce sont ses patients qui lui ont montré que ce nouvel outil pouvait marcher. Y compris pour aider des personnes dépendantes à plusieurs substances addictives :

J’ai connu cette période où il était difficile d’aider les fumeurs. Moi, je suis médecin. Je fais une médecine basée sur la science : je ne recommande que des traitements basés sur des études scientifiques bien menées. Donc la vape a débarqué dans ma vie de tabacologue en 2012, avec des boutiques que je voyais pousser un peu partout. Il y en avait une nouvelle par jour. Et j’ai d’abord été très méfiante parce que je n’avais aucune connaissance. Moi aussi, j’ai cru que c’était de l’éthylène glycol et pas du propylène glycol ! Moi aussi, je me suis dit : « On fait inhaler de l’antigel aux fumeurs ! ». Donc j’étais très réticente (…)  Mais ce sont les patients eux-mêmes qui ont testé et qui m’ont montré. 

- Le professeur Bertrand Dautzenberg était présent lui aussi au Sommet de la vape. Pneumologue à la Pitié-Salpêtrière en retraite, professeur émérite à Sorbonne-Université, président de la Commission AFNOR e-liquide, e-cigarettes, il ne déclare aucun lien d'intérêts particulier. Secrétaire général de l’Alliance contre le tabac, il a présidé l'Office français de prévention du tabagisme (l'OFT).

Il rappelle que le tabagisme est une catastrophe absolue et que les fumeurs sont, pour 80% d'entre eux, laissés à l'abandon par les autorités sanitaires. Pour le professeur Dautzenberg, la cigarette électronique est très utilisée pour cesser de fumer et, quand elle est bien dosée, elle permet effectivement de ne plus ressentir le besoin de terminer une cigarette.

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« Si on est bien compensé en nicotine on n’est plus capable de fumer une cigarette en entier. Si on est encore capable de fumer une cigarette jusqu’au bout, c’est qu’on est sous-dosé en nicotine.»

Chez les gens qui n’ont pas d’aide médicale, la vape est de très loin le produit le plus utilisé parce que c’est assez simple. Vous avez des copains qui vous expliquent comment faire. Après, si on va voir un médecin pour arrêter de fumer, ou un tabacologue comme moi, moi j’utilise la vape, mais pas comme seul produit. Les gens que je vois sont de gros fumeurs, ils se retrouvent avec un ou deux patchs, de la varénicline (donc du Champix) et ils ont en plus la vape comme un substitut oral pour compléter. Afin que la substitution qu’ils ont en nicotine soit parfaite et soit agréable. Plus c’est agréable pour le consommateur, plus il s’arrête. Le plaisir est quelque chose d’obligatoire. 

tabac versus e-cigarette
tabac versus e-cigarette Crédits : Gérard Houin - Maxppp

- Le professeur Daniel Thomas est cardiologue retraité, vice-président de l’Alliance contre le tabac, vice-président du Comité national de lutte contre le tabagisme (le CNCT), et porte-parole de la Société francophone de tabacologie. Il ne déclare aucun lien d’intérêts avec l’industrie du tabac ni de la vape. Il a travaillé avec plusieurs laboratoires, dont Pfizer qui commercialise la varénicline, le Champix. 

Le professeur Thomas n'a pas participé au sommet de la Vape 2019. Il avait été invité aux précédents sommets mais ses propos n'avaient, visiblement, pas plu. Si il rappelle que la cigarette électronique est infiniment moins nocive que le tabac, il ajoute aussi quelques réserves. Notamment qu'il lui faut faire la preuve de sa plus grande efficacité : 

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La vape est éminemment moins dangereuse que la cigarette. Il n’y a pas de tabac dedans. Mais elle va devoir démontrer qu'elle est plus efficace que les substituts nicotiniques."

Assurément, la cigarette électronique est beaucoup moins dangereuse que de rester fumeur conventionnel de cigarettes ou d’autres produits du tabac. Il faut rappeler que le cigare, le cigarillo, la chicha, la pipe, sont, de la même façon, des produits qui rendent dépendants du tabac et qui ont une toxicité équivalente à la cigarette tant sur le plan du cancer que des maladies cardiovasculaires. La vape, donc inhaler un produit vaporisé qui contient de la nicotine, est éminemment moins dangereuse que la cigarette. (...) Après, il va falloir démontrer si elle est aussi efficace – voir plus efficace peut-être – que les formes validées de substitutions nicotiniques.

Ce produit est toxique pour les non fumeurs

Daniel Thomas précise quels sont, pour l'instant, les inconnues qui entourent encore l'usage de la cigarette électronique. La vape propage au fond des alvéoles pulmonaires du propylène glycol ou de la glycérine, alors que l'on ne connaît pas les effets de ces produits, à long terme, sur l'organisme. 

Il est à noter que la e-cigarette est toxique pour les non-fumeurs, car ils ingèrent un produit qui n'a aucune raison d'être dans leur organisme. Par ailleurs, si la vaporette contient de la nicotine, les vapoteurs risquent de devenir dépendants de cette substance hautement addictive. 

C'est notamment le danger que courent les jeunes. La vape doit continuer à être interdite aux mineurs rappelle le cardiologue :

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"On pense que la e-cigarette, à court terme, n'est pas dangereuse. A court terme, cela veut dire pendant le temps qu'il faut pour se sevrer de la cigarette. A long terme, on ignore les effets de la vape."

On ne sait pas ce que cela donne à très long terme sur les poumons. On pense cependant que cela ne constitue pas un danger immédiat, car on a un peu de recul sur la cigarette électronique. Mais il n’y a pas de raison d’utiliser ce produit chez un non-fumeur car il est toxique pour lui. Il met dans son organisme des produits qu’il n’a pas à consommer et dont on ne connaît pas les effets. Et il existe, par ailleurs, le risque de devenir dépendant par la cigarette électronique à la nicotine, plutôt que par la cigarette. Ce qui serait un peu aberrant.

Anne Borgne souligne qu’on ne connaît pas les effets à long terme de la cigarette électronique et qu’il n’est pas possible de la recommander à un non-fumeur. Cela dit, l’addictologue estime aussi que l’essentiel est bien d’empêcher les adolescents de fumer trop jeune et que dans ces cas là, une cigarette électronique peut retarder effectivement leur entrée dans le monde tellement plus nocif du tabac : 

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« Je ne peux pas dire que vapoter n’est pas dangereux parce qu’on n'en sait rien. En revanche si le danger du tabac est à 100%, le danger de la cigarette électronique est à moins de 5% »
Vapoteur en Angleterre, à Hoxton. En France la moitité des vapoteurs fument aussi du tabac.
Vapoteur en Angleterre, à Hoxton. En France la moitité des vapoteurs fument aussi du tabac. Crédits : Louis Amore - Maxppp

Le professeur Daniel Thomas est encore plus précis. Il met en garde les "vapofumeurs". La moitié environ des adeptes de la cigarette électronique restent fumeurs - souvent de moins de 5 cigarettes par jour. Or, même s'ils ont l'impression inverse, ces vapofumeurs continuent de s'exposer à un risque presque équivalent à celui des fumeurs ! Autrement dit, vapoter en continuant à fumer ne serait-ce que une cigarette par jour n'apporte pratiquement rien - en terme de réduction de risque. 

Le "petit fumeur" (1 à 5 cigarettes par jour) s'expose à un risque 3 fois plus élevé qu'un non fumeur d'avoir un infarctus. Pour les cancers, c'est également la durée qui compte, pas la quantité. Le fumeur de trois cigarettes par jour, pendant trente ans, a pratiquement autant de risques que le gros fumeur de développer un cancer, assure Daniel Thomas : 

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" Les mécanismes qui mènent aux complications cardiovasculaires et aux cancers sont extrêmement sensibles. Le tabagisme passif, qui paraissait négligeable, donne un surcroit d’infarctus et de cancers de 30%."

Les données que l’on a sur le risque sont des données sur la population, c’est bien là le problème. D’ailleurs, chaque fumeur se donne l’alibi que ces données ne vont pas le concerner (…) Or sur le plan cardiovasculaire, fumer 1 à 5 cigarettes par jour augmente le risque d’infarctus du myocarde de 300% par rapport à un non-fumeur. Mais si le vapofumeur arrête rapidement de fumer, il se protège presque absolument car il n’aura pas eu le temps d’abîmer ses artères et il supprimera les « événements aigus » qui provoquent les accidents cardiovasculaires. Pour le cancer, c’est la durée qui joue – il est exceptionnel de faire un cancer à 25 ou 30 ans quand on a commencé à fumer à 15 ans ou à 18 ans. Donc pour le cancer, il faut la durée – mais il n’y a pas besoin d’une grande quantité : le fumeur de trois cigarettes par jour pendant 30 ans peut faire un cancer du poumon, à peu près au même niveau de risques que le fumeur qui a plus fumé. C’est une question de durée d’exposition des cellules bronchiques. 

"C'est la combustion qui tue"

Jacques Le Houezec est conseiller en santé publique, scientifique de formation et ex-président de Sovape - l'association de vapoteurs qui organise le Sommet de la vape. Il déclare aussi avoir des liens d'intérêts avec un laboratoire fabricant des produits de substitution et faire du conseil dans les boutiques de vape. 

cigarette contre vaporette, 2014.
cigarette contre vaporette, 2014. Crédits : Fred Haslin - Maxppp

Néanmoins, ce spécialiste de la substance nicotinique est formel : "c'est la combustion qui tue dans la cigarette". Autrement dit, la vaporisation est pratiquement sans danger. Or l'image de la cigarette électronique ne cesse de se dégrader, s'étonne Jacques Le Houezec : 

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« J’explique très souvent aux fumeurs que s’ils fumaient de la salade séchée, ils auraient exactement les mêmes toxines dans la fumée qu’en fumant une cigarette : des goudrons, du monoxyde de carbone, des particules fines; etc."

C’est la combustion le problème, ce n’est pas le tabac ! Le plus bel exemple est l’exemple du snus (…) Particulièrement en Suède, le seul pays où l'on peut en acheter. Eh bien en Suède, après maintenant trente ans d’expérience, il n’y a plus que 5% de fumeurs quotidiens. Et c’est le pays d’Europe où il y a le moins de cancers du poumon, environ trois à quatre fois moins que chez nous.

A propos du snus et des tabacs sans fumée (tabac à priser et à chiquer) l'étude de l'Inca , l'Institut national du cancer est intéressante à lire dans le détail. 

L'institut BVA a réalisé un sondage pour l'association Sovape en vue du sommet du 14 octobre. L'une des questions portait sur "la dangerosité" du vapotage par rapport à la cigarette. Or plus le temps passe, plus les gens estiment que vapoter est aussi voire plus dangereux que fumer. Ce qui est "affolant et aberrant", assure  Jacques Le Houezec : "Il y a beaucoup plus de gens qui se font du souci pour la vape – et qui estiment que c’est plus dangereux que le tabac - que trois, quatre ans en arrière. Donc cela se dégrade alors qu’on a de plus en plus de données scientifiques qui montrent que ce n’est pas le cas."

La nicotine n'est pas cancérigène ! 

Dans ce même sondage, 80% des Français interrogés pensent que la nicotine est cancérigène. Or ce n'est pas le cas, rappelle Jacques Le Houezec : l'Institut national du cancer l'a publié. C'est une substance naturelle, produite par les plantes solanacées comme le tabac. Elle sert d'insecticide et on en trouve dans les pommes de terres, les tomates, les aubergines, le chèvre-feuille. Elle a une certaine toxicité qui se rapproche de la caféine. C'est un psychostimulant, qui, d'après Jacques Le Houezec, n'est pas dangereux :  

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« On n’a jamais vu des chiffres pareils, 80% c’est incroyable. Alors que la nicotine n’est pas cancérigène, c’est clair et net ! Qu’elle vienne de la cigarette ou d’un substitut nicotinique ou de la vape, elle ne cause absolument pas de cancer. »

Sébastien Béziaut est vapoteur et vice-président de l’association SOVAPE – créée en 2016 pour pérenniser le premier sommet de la vape. Il déclare n’avoir aucun lien d’intérêt avec l’industrie de la vape, ni avec les boutiques de vape, ni à fortiori avec l’industrie du tabac. Cependant il faut noter que le sommet du 14 octobre - qui s'est tenu dans le cadre prestigieux du 49 rue Saint-Dominique à Paris dans le 7e arrondissement - a été financé à la fois par ses entrées et par la FIVAPE, qui fédère les professionnels de la vape. 

Différentes saveurs proposées aux vapoteurs, mars 2018
Différentes saveurs proposées aux vapoteurs, mars 2018 Crédits : Nicolas Kovarik - Maxppp

Sébastien Béziaut revient sur le sondage commandé à l’institut BVA et qui est tombé en pleine crise aux Etats-Unis – où plusieurs dizaines de vapoteurs sont décédés après avoir inhalé des produits achetés sur le marché noir (voir ci-dessous). Ce sondage montre que l’image de la vape est mauvaise en France : les 2/3 des personnes interrogées s’en méfient et pensent qu’elle est aussi ou plus dangereuse que le tabac. Et une très grande majorité de sondés pensent que la nicotine est toxique. Ces réponses inquiètent beaucoup Sébastien Béziaut : 

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« Santé publique France nous a présenté son baromètre : les français pensent, à plus de 50%, que la vape est autant voire plus dangereuse que le tabac. Et ce chiffre a progressé entre 2014 et 2017 !

Les vapoteurs français sont mieux protégés qu'aux USA 

Aux Etats-Unis depuis le printemps dernier presque une trentaine de vapoteurs est décédée, ce qui a provoqué un véritable vent de panique. Le 10 octobre dernier le bilan officiel était de 26 morts et de plus de 1300 cas de maladie sévère. Plusieurs Etats ou villes américaines (Massaschusets, San Francisco) ont décidé de limiter plus ou moins drastiquement l’usage de la vape et/ou de ses composantes. Les autorités sanitaires ont mené l’enquête – la FDA, notamment, l’équivalent de l’agence du médicament a analysé plus de 400 échantillons de produits incriminés -  et identifié, à priori,  l’origine de ces décès, bien que leurs résultats ne soient pas encore tout à fait formels.
 

Manifestation contre l'interdiction de la cigarette électronique aux Etats-Unis, Whashington DC, 9 Novembre 2019.
Manifestation contre l'interdiction de la cigarette électronique aux Etats-Unis, Whashington DC, 9 Novembre 2019. Crédits : Jose Luis Magana - AFP

D’après les déclarations des vapoteurs tombés malades et les autopsies pratiquées, il semble que la plupart des malades aient inhalé du THC (tétrahydrocannabinol), l'agent psychoactif du cannabis. Les vapoteurs auraient donc acheté ces liquides au marché noir ou sur internet et ils y auraient surtout ajouté de l’acétate de vitamine E – un complément alimentaire assez fréquent Outre-Atlantique. Or ces vitamines E contiennent de l’huile – et les lipides peuvent provoquer des maladies mortelles quand ils sont inhalés. 

Le professeur Bertrand Dautzenberg revient sur l’origine probable de ces décès aux Etats-Unis et souligne combien le marché français est mieux réglementé. 

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« Si on utilise des produits de vapotage normalement enregistrés par l’ANSES pour la France, par exemple, il y a zéro, zéro zéro début de danger spécifique. »

Le poumon est un organe très particulier. Les bronches, c’est comme l’intestin, l’huile ne les gène pas. Au niveau des alvéoles pulmonaires en revanche, le tissus est recouvert d’un film tensioactif qu’on appelle le surfactant, qui se déploie lors des premiers cris de l’enfant. Et si on n’a pas de surfactant ça ne va pas. Quand on inhale de l’huile au fond du poumon (...) cela donne des pneumopathies lipidiques »

Benoit Vallet a été directeur général de la santé de 2013 à 2018 auprès de deux Ministres. Il a donc beaucoup travaillé sur la cigarette électronique, qui a connu son essort à cette époque là. Il ne déclare aucun lien d'intérêts avec l'industrie de la vape ni avec celle du tabac.  

Benoit Vallet revient sur la crise américaine. Il souligne d'abord qu'il ne faut pas -selon lui - mettre en parallèle les morts causés par la vape aux USA et les dégâts causés par le tabac (qui tue 1 500 personnes aux Etats-Unis chaque jour). Ensuite, il affirme que les consommateurs français sont bien protégés par les normes en vigueur dans l'hexagone. Les produits du vapotage sont systématiquement déclarés à l'ANSES. 

Cela dit, Benoit Vallet ne peut pas donner de chiffre quant aux nombres de contrôles effecutés par les agents de l'Agence de sécurité sanitaire : 

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« Toutes les molécules doivent être déposées. Et l’ANSES fait, par échantillonnage, des contrôles sur ces déclarations. Si elles s’avéraient frauduleuses, les puntions seraient sévères. »

Evidemment ces produits ne sont pas disponibles en France. On ne peut pas dire qu’il n’y aura jamais d’accident de ce type, mais on ne peut pas dire non plus qu’avec les produits de consommation courante, dans l’alimentation, il n’y ait jamais d’accidents. J’ai parlé tout à l’heure du lait en poudre pour les nouveaux nés, on se souviendra de la crise Lactalis. Donc les produits de consommation courante sont aussi soumis à une régulation. En France, les produits de consommation courante, que sont les produits du vapotage, sont contrôlés par l’Agence de sécurité sanitaire, l’ANSES. Les producteurs et les distributeurs du produit du vapotage ont obligation de faire leur déclaration sur le site de cette agence (...) Il y a plus de 1 200 substances diffrentes – et elles appellent forcément une surveillance des composition. (...) Je n’ai pas d’information sur le niveau de contrôle, ils font des contrôles par échantillonnage – ça veut dire qu’ils tirent au hasard un certain nombre de ces substances qui ont été déclarées. Pour l’instant ils n’ont jamais constaté un écart par rapport à la déclaration qui avait été faite par un industriel. »

Quelles sont les normes en France ?

Déclarer la composition complète des produits du vapotage est une obligation faire par une loi qui a été prise en 2016 par Marisol Touraine. A cette loi s'ajoute une directive européenne  assez stricte.
 

L'entrprise Gaïatrend
L'entrprise Gaïatrend Crédits :

Charly  Pairaud est co-fondateur de la société VDLV - Vincent dans les Vapes, qui fabrique des liquides depuis 2012, en Gironde . Olivier Martzel, lui, a repris la société Gaïatrend, fondée par son père en 2008 et basée en Moselle. Sa société a été le premier fabricant de produits du vapotage. Il commercialise ses produits sous la marque Alfaliquid.
Ces deux industriels français, qui étaient présents au sommet de la vape mais ne sont pas intervenus à la tribune, expliquent comment la filière tricolore - indépendante de l’industrie du tabac - s’est organisée dans l’hexagone. Les fabricants de liquides ont notamment participé à la constitution des normes qui encadrent leurs produits. Depuis 2015 un référentiel a été élaboré et il s’impose aujourd’hui à tous. 

Si la cigarette électronique elle-même (le boîtier) vient souvent de Chine, les composants à l’intérieur de la vaporette sont majoritairement fabriqués sur le territoire national. Charly et Olivier reviennent sur leur parcours et détaillent les obligations qui leur sont faites pour garantir la sécurité des consommateurs :
 

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« La vape, c’est un parachute mis sur le dos du citoyen fumeur en chute libre et on lui dit « non ne l’ouvre pas, parce qu’on a un doute sur une couture ! » . Je pense qu’on prend un risque pour la santé publique. »

« On est le pays de la gastronomie, de l’œnologie, de la parfumerie, il y avait donc de très bons aromaticiens en France. Associés aux bases (propylène glycol et glycérine végétale) qui permettent de produire cette vapeur visuelle, les arômes se sont accompagnés de la nicotine pour fabriquer un e-liquide qui s’est amélioré au fil des années. Les acteurs de la vape qui ont créé ces produits étaient tous des anciens fumeurs animés par une déontologie qui leur est propre. (…) 

Trois des substances qu'on utilise sont issues de l’industrie pharmaceutique et certifiées USPEP. D’ailleurs c’est un référentiel qu’on a repris dans les normes AFNOR : pour être certifié AFNOR il faut utiliser du propylène glycol pharmaceutique, de la glycérine et de la nicotine également pharmaceutiques.  Et les arômes, eux, sont alimentaires. »                                                                            
 

L'industrie française de la vape défend ses produits et se positionne donc comme un acteur à part entière de la réduction des risques. Cela dit, il n'existe pour l'instant aucune étude qui ait démontré formellement que la cigarette électronique était la meilleure façon d'arrêter de fumer. 

consommateur en train de recharger une cigarette électronique
consommateur en train de recharger une cigarette électronique Crédits : Kenzo Tribouillard - AFP

Que disent vraiment les études scientifiques sur l'efficacité de la vape ? 

Le cardiologue Daniel Thomas détaille ci-dessous ce que serait une étude vraiment fiable sur la supériorité incontestable de la e-cigarette. Il explique aussi que l'étude comparative menée en France entre la cigarette électronique et la varénicline (le Champix) est critiquée par l'industrie de la vape - qui ne la jugerait pas vraiment nécessaire.

Une étude réalisée en Grande-Bretagne tend à démonter qu' il y a deux fois plus de sujets qui arrêtent le tabac grâce à la cigarette électronique qu' avec d’autres substituts nicotiniques. Mais cette étude est  dite « ouverte » , c’est-à-dire qu’elle n’a pas été réalisée selon le procédé « en double aveugle » -  seule méthode qui garantisse une neutralité totale car les patients et les médecins ignorent quel médicament ou substitut ils reçoivent.  Dans le cas anglais, les autorités sanitaires s’étant engagées formellement dans la promotion de la vape, il se peut que cette bonne image rejaillisse sur les résultats de l’étude.

En France, en revanche, l’étude ECSMOKE paraît très bien menée. Elle recrute d'ailleurs encore des vapoteurs, l'objectif étant de suivre au moins 650 personnes. Mais l'étude ECSMOKE n’a pas livré ses résultats.  Par ailleurs, si aucune étude ne démontre formellement la supériorité de la vape, il faut reconnaître de façon pragmatique qu’elle est très utilisée par les fumeurs qui tentent de se sevrer. D’une façon générale, explique le professeur Thomas, il faut faire confiance au consommateur pour choisir le produit de substitution qui lui convient le mieux :
 

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" La vapoteuse est un outil qui peut entrer dans la panoplie d’aide au sevrage d’un fumeur, mais il ne faut pas la mettre au pinacle."

«Actuellement il y a une étude en France qui s’appelle ECSMOKE. C’est une étude qui, elle, est en double aveugle et qui va comparer cigarette électronique avec/sans nicotine et un comprimé avec/sans varénicline (…) Or cette étude  a été fortement critiquée. Assez ouvertement d’ailleurs par les industriels de la vape et même par certains tabacologues, qui ont dit « Mais non, mais ça marche. Et pourquoi vouloir démonter quelque chose dont on sait que ça marche ? ». Ce n’est pas très scientifique et je crois qu’il faut vraiment faire cette étude. Ce qui ne veut pas dire qu’en attendant, il faut totalement mettre de côté la vapoteuse. On vient de l’exprimer. La vapoteuse peut être un outil qui entre dans la panoplie d’aide au sevage d’un fumeur. Mais ça ne doit pas être mis au pinacle comme la panacée, comme si c’était le produit qui est supérieur à tous les autres. Ça n’a pas de sens. »

Fumeur de cigarette électronique, 2013.
Fumeur de cigarette électronique, 2013. Crédits : Thomas Coex - AFP

Le Champix est un champion du sevrage

Le Champix ou varénicline, est l'un des produits les plus efficaces pour s'arrêter de fumer. Mais c'est aussi une substance qui souffre d'une mauvaise réputation. Le cardiologue Daniel Thomas - qui a déclaré avoir des liens d'intérêts avec le laboratoire Pfizer (écoutez le premier extrait du professeur Thomas ci dessus) qui commercialise ce produit - explique en quoi il est maintenant au dessus de tout soupçons. Et surtout en quoi il est reconnu comme très efficace. 

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« L’Etude Eagles l’a démontré et c’est une énorme étude. Il n’y a pas d’étude équivalente dans le domaine de la tabaccologie avec autant de patients et une méthologie vraiment parfaite. »

Le Champix est un produit qui est utilisé en deuxième intention. Il a eu une mauvaise réputation, mais il ne devrait plus l’avoir, affirme le professeur Daniel Thomas. Dans les années 2007, certains ont pensé qu’il pouvait conduire à des idées suicidaires. Mais, depuis, une grande étude baptisée Eagles menée en double aveugle, a montré que ce n’était pas vrai. Pour le cancérologue, les craintes ne sont pas fondées : 

https://www\.has\-sante\.fr/upload/docs/evamed/CT\-14982\_CHAMPIX\_PIC\_INS\_Avis3\_CT14982\.pdf

En Grande-Bretagne les autorités soutienne résolument le vapotage. 

En Grande-Bretagne, deux fumeuses de cigarettes électroniques, 2016.
En Grande-Bretagne, deux fumeuses de cigarettes électroniques, 2016. Crédits : Louis Amore - Maxppp

Louise Ross est britannique, elle a dirigé le Stop Smoking Centre de Leicester, en Angleterre. Elle est conseillère pour le National Centre for Smoking Cessation and Training et vice-présidente de l’Association New Nicotine Alliance, qui plaide pour une alternative au tabac via l’utilisation « saine » de la nicotine. 

Louise Ross a été à la tête du centre de Leicester pendant 14 ans et elle a suivi l’évolution de la lutte contre le tabac en Grande Bretagne. Elle raconte comment la cigarette électronique a changé la donne. Les habitants qui fréquentent le centre sont majoritairement pauvres, souligne Louise Ross, fumer une cigarette électronique leur permet –outre les bienfaits en terme de santé – d’économiser beaucoup d’argent. Ils dépensent environ 10% de ce que leur coûtait jusqu’à présent leur consommation de tabac. 

Louise Ross raconte comment l’aventure a commencé dans son Centre, quand des marques de e-cigarettes ont décidé de lui donner des échantillons : 

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"Les gens qui fréquentent notre Centre sont très pauvres. Or quand ils vapent, ils payent 90% de moins. Et s'ils arrivent à économiser sur le tabac pour payer des activités extra-scolaires, des uniformes ou des chaussures tout le monde est gagnant !"

«On ne peut pas dire que vaper soit sans danger. On ne sait pas absolument tout des produits chimiques qui sont à l’intérieur, notamment des arômes. Mais ce qui est bien avec la cigarette électronique, c’est que dès qu’on identifie le moindre problème, les fabricants retirent ce produit et le changent. (…) Notre Centre est subventionné par la Ville de Leicester. Chaque ville, chaque département, va avoir ses autorités locales qui peuvent - ou non - subventionner ce type de centres. Malheureusement à travers toute l’Angleterre, on ne peut pas dire que chaque ville s’engage en faveur de ces centres de réduction du tabagisme. Mais on est en train de faire des progrès dans ce sens là. »

Un passant fume une cigarette, Central Londres, 2017.
Un passant fume une cigarette, Central Londres, 2017. Crédits : Tolga Akmen - AFP

Quelle est la position officielle des autorités françaises ? 

Le professeur Bertrand Dautzenberg revient sur la position du ministère de la Santé. Agnès Buzyn et, avant elle, Marisol Touraine ont fait une promotion indirecte du vapotage. Il n’est pas possible, pour les autorités françaises, de promouvoir un outil qui n’a pas encore fait ses preuves scientifiquement. C’est le point de vue du pneumologue : 

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« La ministre de la Santé a des paroles à peu près raisonnables sur le vapotage »

« Le ministre de la Santé ne peut pas promettre comme un produit d’arrêt un produit qui n’a pas prouvé que c’était bon pour s’arrêter. Même si l’épidémiologie montre que c’est bien. Ce n’est pas dans le programme de soin officiel pour l’Etat. Donc la ministre de la Santé dit « j’observe que plein de gens l’utilisent et qu’il n’y a pas d’effets secondaires, donc c’est bien et continuez à le faire ! ». Mais c’est de la responsabilité de la personne. »

Olivier Véran est neurologue, député La République En Marche de l’Isère et rapporteur général de la Commission des Affaires Sociales. Il est le seul responsable politique à avoir accepté l’invitation au Sommet de la Vape. Il est venu pour lever quelques confusions. En tant que député et médecin, Olivier Véran voit dans la cigarette électronique un outil de sevrage de plus et il espère que les pouvoirs

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« Les autorités de santé disent « c’est très intéressant, il se peut que ce soit génial » (…) A un moment donné il faudra qu’une bascule s’opère. »

« On est en difficulté pour promouvoir cet outil comme un véritable outil de sevrage en France car les autorités nous disent à la fois que c’est très intéressant mais aussi qu’on manque encore de données pour être sûr de la non-toxicité. En attendant le tabac, il tue. Il tue ! Il tue ! (...)  Il faut fonctionner ou en preuve ou en inversion de la preuve. Mais il ne faut pas qu'on attende trop."».

Le cardiologue Daniel Thomas revient sur les politiques de santé publique. Pour l’instant, seuls les substituts nicotiniques sont remboursés par la sécurité sociale. Les cigarettes électroniques ne le sont pas encore, mais à l’avenir, c’est peut-être envisageable. En attendant, le professeur Thomas détaille le rôle des tabacologues. Ils sont là pour aider ceux qui se trouvent devant une impasse et une série d’échecs dans leur tentative d’arrêter le tabac. Ils se sont formés pendant une cinquantaine d’heures environ. Ils savent mettre les patients en confiance et cherchent à comprendre pourquoi les fumeurs ont vécu un ou plusieurs premiers échecs. Le tabacologue va aussi laisser le choix des produits de sevrage à son patient. C’est le futur ancien fumeur qui est expert de sa tabagie. Les consultations de tabacologie sont remboursées. Elles sont presque toujours en milieu hospitalier. Il ne faut pas hésiter à franchir la porte de l’hôpital, assure le dr Daniel Thomas :

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« On a 13 millions de fumeurs, heureusement que beaucoup de fumeurs arrêtent tout seuls ! »

« C’est la grande nouveauté de ces dernières années : la presque totalité des aides au sevrage tabagique,  c'est à dire les aides médicamenteuses sont remboursées. Les substituts nicotiniques sont remboursés pour presque 100% d’entre eux depuis l’année dernière. Il n’y a plus que le spray et l’inhaleur qui ne sont pas pris en charge. Les cigarettes électroniques ne le sont pas encore, mais on pourrait imaginer – et ce ne serait pas une aberration – que si, par une étude bien faite, randomisée,  la cigarette électronique se révèle supérieure ou au moins égale aux aides que l’on a actuellement, il y ait une demande de remboursement. Mais cela nécessite toute une procédure que les entreprises qui sont dans la vape n’ont pas eu envie de faire. C’est le parcours d’un médicament, si l’on veut être remboursé. Donc c’est plus complexe qu’un produit de consommation courante. »

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Infographie publiée fin mai 2019 Crédits : Visactu
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