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Manifestation citoyenne à Paris contre l'esclavage en Libye, le 24 novembre 2017.

Mobilisations et engagements citoyens

5 min
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#JeMeMobilisePour |De plus en plus de mobilisations humanitaires s'organisent désormais en dehors des traditionnelles ONG et associations. De la Birmanie à la Turquie en passant par la Tchétchénie, paroles de citoyen.ne.s mobilisé.e.s. Reportage d'Abdelhak El Idrissi.

Manifestation citoyenne à Paris contre l'esclavage en Libye, le 24 novembre 2017.
Manifestation citoyenne à Paris contre l'esclavage en Libye, le 24 novembre 2017. Crédits : Julien Mattia / NurPhoto - AFP

Le but de l'opération lancée par Amnesty International est de "mettre fin aux violations subies par des femmes, hommes ou communautés partout dans le monde et faire prendre conscience à chacun de son pouvoir pour défendre les droits humains".

Mais l'engagement et la mobilisation en faveur des droits humains ne passent plus seulement par les ONG. De plus en plus des citoyens se mobilisent, et arrivent parfois à s'organiser ponctuellement en faveur d'une cause qui les a touchés. 

"C'est nous qui créons de l'espoir"

Il y a notamment eu la mobilisation citoyenne spontanée pour dénoncer le sort de migrants subsahariens en Libye, vendus comme esclaves. Autre exemple récent et parlant : l'opération #LoveArmyForRohingya ("Armée de l'Amour pour les Rohingyas") organisée par le Youtubeur Jérôme Jarre et à laquelle ont participé de nombreuses personnalités des réseaux sociaux ainsi que l'acteur Omar Sy. Le but ? Inonder les réseaux sociaux de messages pour alerter sur la situation désastreuse des Rohingyas, minorité musulmane persécutée de Birmanie. Ces dernières semaines, plus de 600 000 personnes ont fui la Birmanie et l'épuration ethnique qui s'y déroule, pour trouver refuge au Bengladesh. 

L'opération #LoveArmyForRohingya a permis de récolter près d'un million et demi de dollars de dons en 48 heures.

Avant cela, des citoyens de plus en plus nombreux se sont mobilisés en faveur de cette minorité ethnique, considérée par l'ONU comme l'une des plus persécutées au monde.

"J'ai pris connaissance de cette cause il y a trois ans. Via les réseaux sociaux. Car on ne donnait pas trop d'importance à la situation des Rohingyas à l'époque. Ça n’interpellait pas beaucoup de monde" explique Sakina, 25 ans. Cette étudiante est désormais bénévole au sein du collectif HAMEB (Halte Au Massacre en Birmanie). Le déclic a eu lieu à l'occasion d'une conférence sur la situation des Rohingyas :

A partir de ce moment-là, face à certains témoignages, j'ai eu envie de m'engager. Je me suis mis à leur place et je me suis dit : 'dans cette situation qu'est-ce que j'aimerais que l'on fasse pour moi ?'

Désormais chargée de l’événementiel au sein de l'association, elle a pu voir évoluer l'intérêt de l'opinion publique pour le sujet, au gré de la médiatisation. "Au début, je me plaignais un peu car ça ne faisait pas réagir. On organisait des galas auxquels ne participait que peu de monde. Idem pour les conférences : les salles étaient loin d'être remplies. Mais ces derniers temps, grâce à la médiatisation de la situation des Rohingyas, on remplit les conférences. Avant, on en faisait en moyenne une par mois. Aujourd'hui on croule sous les demandes".

Sakina a toujours été "sensibilisée aux régions en conflit". RDC, Syrie… Mais le peu de mobilisation pour les Rohingyas l'a convaincue de s'engager.

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Quand les conditions le permettront, la bénévole aimerait se rendre sur place pour aider. Surtout les femmes. Car elles sont, avec les enfants, les premières victimes de l'épuration ethnique. Les associations ont également recensé de nombreux cas de viols en réunion commis par des soldats birmans sur des femmes Rohingyas.

Face à une crise qui risque de durer, Sakina compte rester investie le plus longtemps possible : 

"Ça prendra des années. Mais c'est ça le militantisme : continuer à y croire même s'il n'y a plus vraiment d'espoir. Continuer car c'est nous qui créons de l'espoir".

"Ras-le-bol de signer une énième pétition sur Facebook"

Se rendre utile face à une urgence. C'est ce qui a poussé, il y a quelques mois, Benjamin Gauthier et Guillaume Mélanie à s'engager en faveur des personnes homosexuelles persécutées en Tchétchénie.

Il y a six mois, les premiers échos venus de l'étranger faisaient état d'une chasse aux homosexuels, dans ce pays du Caucase. Des informations plus ou moins vérifiées ont ensuite circulé sur les réseaux sociaux. C'est face à ce flou que Benjamin Gauthier a décidé avec son ami de créer l'association "Urgence Tchétchénie".

"La base, c'est le ras-le-bol de signer une énième pétition sur Facebook. On voyait passer des pétitions sur la Tchétchénie sur Facebook, on signait comme tout le monde. En se déculpabilisant un peu. Parce que c'est vrai qu'on est tous devant la télé à se dire : 'c'est horrible'. Et ensuite, on passe à autre chose. Finalement, on ne fait pas grand-chose".

En créant l’association, ils veulent se rendre utiles. L'idée est d'abord de s'informer exactement sur la situation sur place. Mais rapidement, ils sont sollicités pour venir en aide à un citoyen tchétchène qui a fui le pays suite à une arrestation et plusieurs contrôles de police qui ne laissaient rien présager de bon. Très vite, la toute jeune association va s'organiser pour accueillir en France le premier réfugié homosexuel tchétchène. 

On n'est pas du milieu associatif, donc on a fait un peu tout dans le désordre, parfois pas très bien. On devait accueillir cette personne : lui trouver un visa, un hébergement. Il fallait de l'argent et donc faire un appel aux dons.

L'arrivée en France de ce Tchétchène, dont l'identité est tenue secrète pour des raisons de sécurité, a permis une médiatisation de la situation sur place. Les journalistes sont très nombreux à vouloir l'interviewer. C'est le sujet du moment. Cette exposition médiatique aide à sensibiliser d'autant plus facilement sur la situation en Tchétchénie. "Ces témoignages font que les gens prennent conscience de la situation qui devient très réelle pour eux" estime Benjamin Gauthier, conscient toutefois que médiatiquement, un sujet en chasse un autre. Et qu'il en va de même au sein de l'opinion publique : "les gens s'intéressent ponctuellement et c'est à nous de les intéresser tout le temps".

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Pour la suite, le vice-président de l'association Urgence Tchétchénie aimerait étendre la problématique de la persécution des homosexuels. Déjà très occupée à suivre et soutenir les réfugiés tchétchènes, l'association devrait rapidement être rebaptisée "Urgence Homophobie".

"Des gens dans de nombreux pays appellent à l'aide. On a commencé à s'occuper de cas au Mali et en Côte d'Ivoire, explique Benjamin Gauthier.  On aimerait traiter le problème de l'homophobie plus largement. Il y a une urgence en Tchétchénie, mais les problèmes sont partout ailleurs."

Alerter sur la situation des droits humains en Turquie

Les sujets et les formes de mobilisation ne manquent pas. La Turquie en est un bon exemple. Depuis un an et demi, en France, la mobilisation pour la défense des droits humains en Turquie a notamment pris les traits de deux avocats turcs. Un homme et une femme. Ramazan Demir et Ayse Acinikli. Tous deux emprisonnés pendant plusieurs mois avant d'être libérés.

Leur tort ? Etre avocats, Kurdes, et militer au sein d'associations des Droits de l'Homme jugées proches de l'organisation kurde PKK.

Dans leur combat, ils ont pu compter sur le soutien de plusieurs avocats français qui se sont mobilisés pour alerter l'opinion publique. Parmi eux : Jennifer Halter. Cette avocate parisienne a rencontré Ramazan Demir en 2015 lors d'un séjour à Instanbul :

A cette époque-là, il me parlait déjà du fait qu'il était potentiellement en danger et qu'il pourrait être emprisonné. Car c'est un avocat turc et kurde. 

Quelques mois plus tard, un message indique à Me Halter que Ramazan Demir et d'autres avocats kurdes ont été arrêtés et emprisonnés. C'est donc une rencontre puis une injustice qui vont pousser Jennifer Halter à se mobiliser. Mais la tâche s'annonce compliquée. Il faut lutter contre les autorités d'un pays intransigeant lorsqu'il s'agit des sujets "kurdes". La Turquie considère effectivement le PKK comme une entité terroriste. Tout comme certaines associations amenées à les défendre.

"On se sent tout petit, confirme Jennifer Halter. Je ne pense pas que j’empêche Recep Erdogan (le président turc) de dormir."

Mais l'avocate n'est pas seule. D'autres confrères parisiens se mobilisent. Il faut à la fois participer à la défense des deux avocats turcs. Sans oublier la mobilisation, en France, du plus grand nombre : "il faut tout faire pour mettre à contribution l'opinion publique" explique Jennifer Halter. Cela passera par une "opération cartes postales". L'idée est de faire envoyer par le plus grand nombre de personnes : avocats, magistrats, citoyens, des cartes au deux avocats turcs emprisonnés. Ce sont ainsi des centaines de cartes qui arriveront, dans toutes les langues, à Ramazan Demir et Ayse Acinikli. Notamment grâce aux réseaux sociaux. "Je ne suis pas sûre que ça aurait aussi bien marché sans Twitter et Facebook" reconnait Jennifer Halter, qui ne sait pas si cette seule opération a réussi à faire libérer les deux avocats turcs. Mais elle est persuadée que les centaines de cartes postales ont au moins permis aux avocats emprisonnés de tenir le coup moralement et ont également mis une forme de pression sur les autorités judiciaires turques. 

La mobilisation a  permis de mettre en lumière une situation désastreuse en Turquie à l'heure actuelle.

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Même s'ils sont actuellement libres, Ramazan Demir et Ayse Acinikli ne sont pas pour autant à l'abri de la justice turque. Les enquêtes les concernant ne sont pas closes. Mais ils peuvent compter sur le soutien des avocats français et étrangers, et d'une partie de l'opinion publique. 

Voici quelques uns des témoignages laissés par des internautes sur notre page Facebook

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