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Ce 14 février a lieu une opération "hôpital mort", pour dénoncer le manque de moyens humains et financiers à l'hôpital.

La médecine de ville peut-elle sauver les urgences hospitalières ?

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#MesSolutionsPourlHopital |Ce 14 février a lieu une opération "hôpital mort", pour dénoncer le manque de moyens humains et financiers à l'hôpital. Las d'attendre une réponse gouvernementale, des initiatives locales voient le jour pour que la médecine de ville décharge des services d'urgence toujours plus débordés.

Ce 14 février a lieu une opération "hôpital mort", pour dénoncer le manque de moyens humains et financiers à l'hôpital.
Ce 14 février a lieu une opération "hôpital mort", pour dénoncer le manque de moyens humains et financiers à l'hôpital. Crédits : Alain Jocard - AFP

La crise hospitalière est toujours plus aiguë. 14 organisations de santé appellent ce 14 février à une journée "hôpital mort". Pas de conséquences néfastes pour les patients, mais un nouveau cri d'alarme poussé en direction de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, un mois après que 1 000 médecins ont menacé de démissionner de leurs tâches administratives. Des services d'urgence débordés, des soignants au bout du rouleau, une offre de soin publique qui se dégrade... Les doléances sont nombreuses. Mais les solutions remontant du terrain, à l'échelle locale, le sont aussi. 

Un manque de coordination entre hôpital et médecine de ville ?

Pour l'urgentiste et délégué CGT Christophe Prud'homme, la réponse doit dans un premier temps être budgétaire - une augmentation du budget de l’hôpital de 4,4%, soit 4 milliards d'euros selon la Cour des Comptes - mais aussi systémique. Dans son viseur : la rémunération à l'acte, "inflationniste (...) et qui ne pousse pas à prendre en charge aux urgences les plus de 50 ans atteints de maladies chroniques, de plus en plus nombreux".  

Mais aussi et surtout le maillage de la médecine de ville, et sa coordination avec l'hôpital. "Le maintien à domicile de ces malades chroniques et des personnes âgées est un des plus gros problèmes pour l'hôpital continue Christophe Prud'homme. Si vous avez d'un côté le médecin traitant, de l'autre le kiné, de l'autre l'infirmière, sans aucune coordination, et que chacun facture son acte, ça ne marche pas, et on retrouve ces patients aux urgences." 

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Christophe Prud'homme, urgentiste délégué CGT : "Il faut revenir sur la liberté d'installation des jeunes médecins"

Pour résoudre ce problème, et lutter contre la désertification médicale - loin aujourd'hui d'être une problématique exclusivement rurale - les maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) fleurissent un peu partout sur le territoire. Pas moins de 735 MSP sont ouvertes sur le territoire (contre 538 en 2017). Mais encore faut-il les peupler de praticiens. Pour Christophe Prud'hommes, une seule solution : "Il faut en finir avec la liberté d'installation telle qu'on la connaît explique-t-il. Il faut salarier les médecins dans ces structures. On forme 9 000 médecins par an en France. Eh bien, il faut ouvrir 9 000 postes, et les jeunes médecins iront déposer leurs CV, comme dans de nombreux autres domaines". Un "taureau" que la région Centre-Val de Loire a déjà pris par les cornes. 

Bientôt 150 médecins salariés de la région Centre-Val de Loire

La région Centre-Val de Loire, confrontée à un phénomène de désertification médicale et à l'engorgement chronique des urgences de l'hôpital de Tours, a déjà financé la création de 100 maisons de santé pluridisciplinaires. Elles regroupent des généralistes, des kinés, des infirmières, ou encore des orthophonistes installés en libéral. "Insuffisant" pour le président de Région François Bonneau. "Quand vous êtes sur un territoire sans médecins libéraux, les gens n'ont d'autres solutions que de venir aux urgences. Dans ma région de 2 600 000 habitants, 473 000 personnes n'ont pas de médecin référent. C'est quasiment 20% de la population" détaille l'élu. Il a donc décidé de devancer les réponses ministérielles qui n'arrivent pas. 

"On va recruter 150 médecins en tant que salariés d'ici 2025, soit 30 par an" explique François Bonneau. "Si on améliore les visites non programmées avec les médecins de ville, cela va automatiquement désengorger les urgences. C'est une façon de prendre en charge la patientèle qui ne devrait pas aller à l’hôpital" justifie-t-il, confiant dans la volonté de la jeune génération de médecins à travailler en collectif et sous le régime du salariat. 

Une génération de médecins qu'il veut d'ailleurs voir s'agrandir, en s'appuyant sur la fin du numerus clausus. "La région forme actuellement 255 médecins par an. J'ai obtenu l'accord du doyen de la faculté de médecine pour passer dès 2021 à 250, et à 300 en 2023. Alors le temps qu'ils se forment, il va se passer dix ans, mais il faut le faire" explique-t-il pour soigner un mal qui ne date pas d'hier : "fût un temps, la région ne formait que 80 jeunes médecins par an dans la région, une hérésie de nos statisticiens qui pensaient que c'était la bonne manière de réguler les dépenses de la sécurité sociale, et on voit aujourd'hui ce qu'il en est" conclut-il. Et si ces initiatives ne sont pas directement du ressort de la région, François Bonneau n'en a cure : "Je suis responsable du développement économique et de l'attractivité de ce territoire. Comment voulez vous que des jeunes, des salariés, des cadres etc. viennent dans une région où on ne peut pas se soigner ? Comme les solutions n'ont pas été actées, je dois agir. En tant qu'élu local, je ne peux pas échapper à la prise en compte du réel".

Vers une médecine de ville plus collective ?

"Je ne supportais plus d'avoir une maman qui m'appelait à 8h du matin pour un bébé à 39 de fièvre, et je ne pouvais la recevoir qu'à 19h ou l'envoyer aux urgences". Le Docteur Yannick Legeay est généraliste dans la commune de Saint-Georges-sur-Cher. Ils sont sept médecins sur le canton est s'être organisé en collectif : une PAÏS (Plateforme Alternative d'Innovation Santé), en partie financée par la communauté de communes.  Chaque semaine, chaque médecin a une journée d'astreinte, vierge de tout rendez-vous, pendant laquelle il reçoit toutes les consultations "imprévues". Tous les appels, triés par une secrétaire formée par le SAMU, sont reroutés vers lui. Même certains appels du 15, avec qui la coordination est totale. 

La réflexion est née après la grande grève des généralistes en 2000 - pour passer à 23 euros la consultation. "Cette grève a vraiment créé le bazar dans les services d'urgence, et le médecin chef du SAMU 41 a lancé la réflexion car il pressentait le désastre, et 20 ans après on y est" raconte le Docteur Legeay.

Les médecins de ville détiennent une des clés du désengorgement des urgences hospitalières
Les médecins de ville détiennent une des clés du désengorgement des urgences hospitalières Crédits : Alain Jocard - AFP

"Aujourd'hui, c'est le chaînon manquant entre l’hôpital et la médecine de ville continue-t-il. Il y a - 25% de passage aux urgences de Blois chez les personnes de de 75 ans". Avec son association PAÏS 41, il "se bat tous les jours" pour que ce mode d'organisation soit impulsé au niveau national, mais se heurte aux réticences de l'administration. "C'est bénéfique à plusieurs titres : les médecins qui ne sont pas d'astreinte peuvent mieux s'organiser, et avec le temps dégagé, on forme de nombreux apprentis amenés à nous remplacer voire nous succéder, ajoute-t-il. On s'est aussi mis à faire de la formation auprès des personnels de maisons de retraite pour qu'ils puissent gérer et jauger certaines urgences, qu'ils puissent donner au téléphone les bonnes indications au SAMU et que celui-ci ne se déplace pas pour rien."

Élus, hôpitaux et médecins de ville

"C'est un triptyque entre les élus locaux, les généralistes et l'hôpital, dans le but de désengorger les urgences et d'offrir aux patients une offre de soin de proximité" précise le Docteur Gauthier, jeune généraliste qui enchaîne les remplacements. Il a découvert le système PAÏS lors d'un stage à Saint-Georges-sur-Cher, et le système lui a plu au point d'y consacrer sa thèse. "Quand je voyais aux urgences de l'hôpital de Chartres le nombre de patients qui venaient pour des problèmes de médecine générale, car aucun médecin n'a pu les prendre ou n'avait pu se déplacer à l'EHPAD dans la journée, je me suis dit que PAÏS était une solution à explorer."

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Dr Cassien Gauthier : "Le système PAÏS éviterait 9 948 passages par an aux urgences de l'hôpital de Chartres"

"Dans ma thèse, j'ai évalué - en rognant les chiffres - que le système PAÏS sur 2017 éviterait 9 948 passages évitables aux urgences de l'hôpital de Chartres, et une économie de 1 200 000 euros par an" détaille le Docteur Cassien Gauthier. Et pour lui, ce mode d'organisation a tout pour séduire la jeune génération de médecins : "C'est aussi un réel confort pour les praticiens. Ma génération veut travailler différemment, avec un autre rythme de vie et surtout une vraie vie de famille. J'ai aussi fait ma thèse sur ce système car c'est comme ça que je veux travailler". 

Mais pourquoi une telle initiative, née il y a dix ans dans le Loir-et-Cher, peine à séduire ailleurs ? Trois PAÏS existent seulement dans toute la France. Selon le docteur Gauthier, "il manque une claire volonté de nos politiques, qui ont du mal à descendre leurs jumelles sur le terrain pour s'inspirer des initiatives locales qui existent. Et les soignants sont débordés et ont la tête dans le guidon. Il faut absolument créer du lien entre les hôpitaux, les élus locaux et les généralistes."  La médecine de ville, définitivement une des clés pour voir l'hôpital respirer à nouveau. 

Crédits : Visactu
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