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Concert de la symphonie de Londres le 14 septembre 2017

La musique classique peut-elle (encore) résister à la dématérialisation ?

4 min
À retrouver dans l'émission

#CommentJécouteDuClassique |En France, l’industrie musicale dans son ensemble a été bouleversée par la dématérialisation de l’écoute. Mais les amateurs de musique classique semblent résister à cette tendance lourde plus que les autres. Voici six témoignages pour tenter de comprendre pourquoi.

Concert de la symphonie de Londres le 14 septembre 2017
Concert de la symphonie de Londres le 14 septembre 2017 Crédits : Tolga Akmen - AFP

Ce vendredi 22 décembre est un jour historique : France Musique ne vous propose plus seulement d'écouter la musique. Sur francemusique.fr vous pouvez désormais regarder des concerts grâce à un partenariat avec Arte. C'est l'occasion de vous demander comment vous écoutez la musique classique. Témoignages recueillis par Antoine Marette

Jean-François, mélomane et collectionneur de CD : "La dématérialisation, c'est froid et insipide"

Jean-François possède une collection d'environ 4 000 CD
Jean-François possède une collection d'environ 4 000 CD Crédits : Antoine Marette - Radio France

C'est l'un des derniers vendeurs de disques spécialisés dans la musique classique à Paris. Melomania propose depuis une vingtaine d'années des disques d'occasion reconditionnés. Les clients sont des amateurs ou des professionnels du secteur, bien souvent des habitués. Comme Jean-François qui vient dans la boutique quasiment chaque semaine. Ce commercial vient garnir sa collection de 4 000 CD. Et pas question pour lui de passer au streaming ou au téléchargement.

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"Le streaming, tout ça, touche aux technologies nouvelles. C'est dématérialisé. Alors que la musique classique, comme son nom l'indique, c'est ancien et il y a de la matière."

Je suis complètement contre la dématérialisation : c'est froid, c'est insipide. Ce que j'aime dans la musique classique, c'est justement l'objet : prendre son CD, le mettre dans son lecteur, toute la gestuelle... Je n'envisage pas d'avoir une collection de sons dématérialisés, parce que tout le monde a accès aux sons dématérialisés. Donc ça n'a aucune valeur. 

Thomas Deschamps, responsable du magasin Melomania à Paris : "Le marché s'est délocalisé sur Internet et la concurrence est mondiale maintenant."

Thomas Deschamps est le responsable du magasin Melomania. Il constate que la clientèle peine à se renouveler depuis 1995, et devient de plus en plus exigeante. Ses concurrents ne sont pas seulement les sites de streaming ou de téléchargement, mais surtout les sites de vente à distance qui tirent les prix vers le bas.

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Le client se déplace moins souvent. S'il se déplace, il a toujours un œil en même temps sur Internet, notamment avec le smartphone : il compare les prix et l'offre sans arrêt. Les affaires sont plus compliquées aujourd'hui. Le marché s'est, comme pour d'autres secteurs, délocalisé sur Internet. Et donc la concurrence est mondiale maintenant, les prix sont extrêmement serrés, et on doit sans arrêt les ajuster par rapport aux prix qui sont pratiqués sur Internet. C'est devenu un marché extrêmement concurrentiel. 

Edwin Fardini, 22 ans, chanteur lyrique : "Sur Deezer, j'ai l'opportunité d'avoir un plus grand choix."

Edwin Fardini, 22 ans, chanteur lyrique
Edwin Fardini, 22 ans, chanteur lyrique Crédits : Antoine Marette - Radio France

A Melomania, on croise peu de jeunes amateurs de musique classique. Et pourtant, ils existent ! Mais contrairement aux seniors, la plupart téléchargent ou écoutent en streaming. Comme Edwin Fardini, 22 ans, chanteur lyrique, et étudiant en quatrième année au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris.

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"Deezer propose différents formats de compression. Donc, on peut avoir de la qualité haute-définition. Même si c'est beaucoup plus lourd, il faut des portables qui tiennent le coup."

J'écoute principalement de la musique classique par le biais de Deezer et Youtube. J'ai cinq CD maximum chez moi. Sur Deezer, il y a des CD qu'on ne retrouve plus, ou alors il faudrait que je retourne aux Etats-Unis pour les trouver. Et là, j'ai l'opportunité d'avoir un plus grand choix, donc c'est beaucoup plus simple en fait. Je n'ai pas le désir de garder. C'est-à-dire qu'une fois que j'ai écouté une version, je la supprime de l'application, et j'en prends une autre interprétation, donc même dans mon portable, je ne souhaite pas qu'elle m'encombre. C'est temporaire à chaque fois.

Pierre-Yves Lascar, expert classique pour Qobuz : "Il y a aujourd'hui un public de jeunes mélomanes qu'il faut satisfaire."

Spotify et Deezer sont les sites de musique en ligne les plus connus. Mais quand on vous interroge sur Twitter (lire ci-dessous), vous êtes nombreux à citer Qobuz comme référence en matière de musique classique. Ce service de téléchargement et de streaming propose de la haute résolution sonore : un argument de poids auprès des mélomanes. Pierre-Yves Lascar est expert classique pour Qobuz. Il évoque les particularités de cette clientèle. 

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Il est vrai que lorsque l'on va dans les salles de concert, on a plutôt tendance à observer que le public de la musique classique est assez âgé. Mais je pense qu'il y a aujourd'hui un public de jeunes mélomanes qu'il faut satisfaire, qui est totalement en phase avec ce que peut proposer Qobuz. C'est un public qui n'a aucune réticence à la technologie, au numérique, et donc c'est un public qu'il faut évidemment viser. 

Guy Boselli, directeur de Présence audio conseil : "Les mélomanes classiques veulent retrouver chez eux une qualité de restitution proche de ce qu'ils entendent aux concerts acoustiques." 

Pour attirer les mélomanes, il faut donc de la haute résolution. Pour en profiter pleinement, le matériel doit suivre. Et quand on aime, on ne compte pas : un ensemble Hi-Fi très haut de gamme peut coûter jusqu'à plusieurs centaines de milliers d'euros ! Guy Boselli est le directeur de Présence audio conseil. Il nous le confirme : ses clients les plus exigeants sont bien souvent les amateurs de musique classique. 

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Les mélomanes classiques qui vont aux concerts ont un repère sonore à l'oreille et veulent retrouver chez eux peut-être une qualité de restitution aussi proche que possible de ce qu'ils entendent aux concerts acoustiques, c'est-à-dire sans sonorisation. Et cette différence est fondamentale parce que la sonorisation crée un filtre, va transformer le signal d'origine, ce qui a été produit par le musicien, et ce que l'on va retrouver aura déjà fait l'objet d'une modification. Quand on n'a pas ce filtre, on est plus près de la réalité. 

Marc Voinchet, directeur de France Musique : "On se dit que l'image a ce pouvoir de séduction et peut aider à rencontrer de nouvelles générations."

Lors d'un concert, l'émotion est aussi visuelle. On y regarde la musique autant qu'on l'écoute. C'est pour cette raison que France Musique vient de mettre en place un site internet en collaboration avec Arte qui propose des vidéos de concerts. Une façon selon le directeur de France Musique, Marc Voinchet, de capter un nouveau public, plus jeune. 

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Il y a une accessibilité peut-être plus grande pour des publics encore un peu rétifs à la musique classique qui viendront peut-être plus facilement par le fait que l'on voie un concert, que l'on voie les instruments, que l'on voie un chef, que l'on comprenne des choses de ce qu'il se passe de la musique en train d'être jouée. C'est une chance pour la chaîne qui l'inscrit réellement dans son époque. On sait très bien que le public qui va aux concerts est un public qui a les cheveux un peu grisonnants. On voit bien qu'il y a un problème de savoir comment on pourrait atteindre d'autres publics. Nous, on se dit que l'image à ce pouvoir de séduction aujourd'hui et peut aider à rencontrer de nouvelles générations. 

Vous aussi, vous avez réagi sur les réseaux sociaux

Sur Facebook :

Christophe Loewenguth  CD, que j’avais abandonné début 2000 pour le MP3 et iPod avant de passer au streaming légal en 2012 et finalement, enfin équipé correctement. Aujourd’hui, retour au CD en 2017.

Christophe Felix  Streaming qui permet les découvertes et les listes de titres préférés à peu de frais, voir 0€, et la radio. J'achète de moins en moins de CD (je ne sais plus où les mettre) et je n'ai plus de matériel pour le vinyle.

Cat Loevenbruck-Novak  CD depuis longtemps mais un peu abandonné, Streaming depuis quelques années et une grande envie à nouveau de 'vrai' support...j'ai réinstallé la platine disques, et j'éprouve un vrai plaisir à déposer le bras sur les 33 tours. et bien entendu, rien ne remplace un concert, une salle deux ou trois fois par an.

Yves Gardeux  Indéniablement le CD, pour la clarté et la spatialisation du son, j' ai aussi besoin d'avoir la pochette (cartonnée de préférence) dans les mains quand j'écoute. Et puis avoir un visuel permet de les retrouver plus facilement, la musique, c'est comme les livres on aime bien les posséder !

Vincent Guglielmelli  CD découvert à la Fnac de Marseille en 1977 (déjà). L'iPod et les supports électroniques manquent de consistance et de qualité sonore. Problème : la production de classique ne se trouve plus qu'en ligne et souvent les éditions ne sont pas les meilleures. L'âge d'or de la numérisation semble passé.

Florent Bibaut  En streaming, avec Qobuz en particulier !!! On peut disposer d'un  enregistrement de qualité CD, voire même haute résolution !!!! (24 bits /192khz). Et le choix est juste dingue !!!

Yannick Mahe Je suis TRÈS musique classique, plutôt orienté vinyle (environ 4000). J'utilise d'ailleurs une vieille platine de la RTF, une Bourdereau !

Mais je ne dénigre pas le numérique, avec des CD et de plus en plus du dématérialisé (environ 2500 albums en tout), soit en streaming mais peu, soit plutôt des CD ripés sur un disque dur.
Mon système de dématérialisation est construit autour d'une carte Raspberry Pi 3, avec Volumio, Rune Audio ou Moode Audio comme OS, et une carte dac dédiée.
Pour le prix, ça marche vraiment très très fort.

Quand je peux, j'écoute aussi des enregistrements originaux (fichiers numériques, ou ... bande magnétique analogique, il m'arrive de faire de la prise de son), via toujours la Raspberry, ou magnétophone Revox. Magique, le son de la bande magnétique.

Et le tout sur ampli à tubes Tosca et enceintes à base d'anciens HPs Altec.
Et pas au casque, je n'aime pas trop ça.

Sur Twitter :

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