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La livre sterling a perdu beaucoup de valeur depuis le référendum sur le Brexit

"Le Brexit est une opportunité pour le monde de l'entreprise"

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#BrexitisBusiness |Alors que l'incertitude règne toujours autour des modalités du Brexit, certaines entreprises tirent leur épingle du jeu. Il s'agit notamment des sociétés de conseil juridique qui viennent en aide aux entreprises et des professionnels de l'immobilier en France.

La livre sterling a perdu beaucoup de valeur depuis le référendum sur le Brexit
La livre sterling a perdu beaucoup de valeur depuis le référendum sur le Brexit Crédits : Justin Tallis - AFP

Les milieux d'affaires britanniques fulminent face au blocage politique à Westminster, accusé d'"abandonner" les entreprises au chaos inextricable du Brexit."Vous avez abandonné les entreprises britanniques. Vous vous êtes concentrés sur les petites phrases mais pas sur le fond. La politique, pas la prospérité", disait Adam Marshall, un des responsables du patronat au ton souvent mesuré, ce jeudi, en ouverture de la conférence annuelle des Chambres de commerce britanniques.

En France aussi, nombre d'entreprises s'arrachent les cheveux pour régler les multiples problèmes administratifs et de douanes. Mais il y a tout de même des secteurs qui savent mieux rebondir que d'autres et notamment certains services qui font des affaires à l'occasion du Brexit.

"Le secteur du conseil se lèche les babines"

Thierry Drilhon, président de la chambre de commerce franco-britannique
Thierry Drilhon, président de la chambre de commerce franco-britannique Crédits : Audrey Tison - Radio France
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"Oui, pour le monde de l'entreprise c'est une opportunité", pour Thierry Drilhon

C'est une opportunité pour revisiter la manière dont on veut faire des transactions économiques et aussi pour attirer des talents en France. Une opportunité notamment pour le domaine des services et tout ce qui est financier. 269 banques et financières ont décidé de se relocaliser en dehors du Royaume-Uni, 41 sont partis à Paris. Et il y a un secteur d'activité qui se lèche les babines, c'est le conseil dans le domaine fiscal, dans le domaine économique, social, logistique.. Les cabinets de conseils ont développé des practices autour de la préparation des différents scénarios. Aujourd'hui, cela constitue une rente de business très significative.

Illustration avec le cabinet d'avocats FTPA, qui a mis au point une "offre Brexit" afin d'étudier les difficultés auxquelles les entreprises pourraient être confrontées. A ce jour, cela n'a pas attiré un afflux de nouveaux clients, mais la plupart des entreprises qui travaillent à l'international sollicitent leurs avocats pour anticiper au maximum.

Maitre Fabrice Lorvo, avocat au cabinet FTPA
Maitre Fabrice Lorvo, avocat au cabinet FTPA Crédits : DR
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"Notre offre Brexit c'est d'évoquer avec nos clients leurs zones de vulnérabilité en cas de Brexit hard"

Le Brexit fait-il notre affaire? On peut tenir ce type de propos, c'est une réalité. Mais c'est du même registre que de se féliciter lorsqu'une catastrophe ou un accident arrive et que ça fait travailler les ambulanciers. Le travail premier de l'avocat c'est que les affaires se réalisent, là on est confronté à une situation de crise. Pour le moment le travail essentiel, c'est d'identifier le type de problèmes concrets qui pourra résulter du Brexit. On ne propose pas des réponses, on aide nos clients à se poser les questions.

"La demande de logements a augmenté facilement de 30%"

Par ailleurs, il y a des entreprises qui profitent des mouvements des milliers d'Européens qui habitaient et travaillaient outre-Manche et rentrent en France. De quoi faire les affaires de certaines sociétés de déménagement, des agents immobiliers ou encore des chasseurs d'appartements, dont fait partie Christine Pelosse.

On a accès à des personnes qui n'auraient peut-être pas acheté à Paris ou ailleurs en France, c'est synonyme de chiffre d'affaires en plus. La demande a augmenté de facilement 30% avec deux typologies de clientèle. L'année dernière, il s'agissait plutôt de familles qui avaient anticipé le retour pour les inscriptions aux écoles. Et en ce moment, c'est plutôt des Français de Londres qui achètent un appartement soit pour l'occuper soit pour le mettre en location. Une fois qu'on verra un peu clair avec le Brexit, ils sauront quoi faire de cet appartement.

Les montants des achats peuvent aller de 350 000 à trois millions d'euros (à Paris), somme sur laquelle la société prend un pourcentage. La chasseuse d'appartements précise que la proximité d'écoles de bonne réputation est un critère important pour les familles aisées qui sont de retour. Beaucoup sont demandeuses de filières internationales, afin que leurs enfants continuent à apprendre en langue anglaise. D'ailleurs, plusieurs lycées ont ou vont ouvrir des sections internationales, comme à Courbevoie et à La Défense.

Des services gratuits pour expatriés en détresse

De son côté, Emmy van Deurzen a lancé un service gratuit. Psychothérapeute à Londres, elle a été interpellée par la détresse qu'elle ressentait parmi les expatriés. Elle a créé le groupe Facebook Voices of Europe puis a conçu un service de soutien psychologique à distance. Celle qui est originaire des Pays-Bas a mobilisé des confrères pour assurer une dizaine de séances par personne. Pour elle, il était hors de question de profiter de la situation. 

Emmy van Deurzen, psychothérapeute au Royaume-Uni
Emmy van Deurzen, psychothérapeute au Royaume-Uni Crédits : DR
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"J'ai vu des centaines de citoyens européens qui n'allaient pas bien", raconte la psychothérapeute

Des citoyens européens cherchaient de l'aide et du soutien. Je me suis dit : on peut faire ça volontairement. Les gens peuvent avoir des coups de téléphone ou des échanges par Internet, de partout en Angleterre, pour raconter leur histoire et obtenir du soutien de nos psychothérapeutes. L'objectif c'est de les aider à donner du sens, leur faire comprendre que ce n'est pas de leur faute, ils découvrent que ce n'est pas une maladie mentale mais une maladie politique.

"Financièrement, j'étais étranglée"

Le sujet du business du Brexit fait réagir de nombreux Français installés outre-Manche qui se sentent plutôt désavantagés par ce processus. Notre appel à témoignages a notamment été relayé par l'un des fondateurs du mouvement The3million qui appelle à démonter le "mythe des dividendes du Brexit". C'est ainsi que Murielle Stentzel nous a répondu. Cette Française a très mal vécu ses derniers mois en Angleterre, perdant son travail et son autorisation de séjour, elle a été contrainte de revenir en France. Pour elle, le Brexit est plutôt synonyme de banqueroute.

Murielle Stentzel (à droite) lors d'une manifestation anti-Brexit à Londres
Murielle Stentzel (à droite) lors d'une manifestation anti-Brexit à Londres Crédits : DR - Radio France
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"Financièrement j'étais étranglée et le retour en France a été une catastrophe", raconte Murielle

Parmi les témoignages moins dramatiques, celui Victor Cossec, un Français installé à Londres. Pour ce jeune actif qui travaille dans la finance, le processus du Brexit ne change pas grand chose pour le moment. Il n'a dépensé que 65 livres sterling (75 euros) pour sa demande de statut de pré-résident (pour ceux qui sont là depuis moins de cinq ans), somme qui va lui être finalement remboursée après la bronca générale causée par ce paiement obligatoire.

Avec la collaboration de Nathalie Lopes

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