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Le cinéma, entre salles obscures et canapé-salon ?

Le cinéma sous toutes ses formes

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À retrouver dans l'émission

Le cinéma français se met sur son 31 à l'occasion de la 44e cérémonie des César ce vendredi. À l'heure où le grand écran fait face à la concurrence des plateformes de vidéos à la demande, la consommation de films devient de plus en plus protéiforme. Avec des gagnants... et des perdants.

Le cinéma, entre salles obscures et canapé-salon ?
Le cinéma, entre salles obscures et canapé-salon ? Crédits : PHOTOPQR/LE PROGRES - Maxppp

Salles obscures, télévision, ordinateur, tablette, téléphone portable... Du grand écran au plus petit, les films s'invitent toujours plus près de leurs spectateurs. Il n'est plus besoin aujourd'hui de se déplacer vers son cinéma de quartier pour s'accorder une heure trente d'immersion, même si la pratique, le confort, la manière même de la consommer se sont transformés ces dernières années. Avec le développement notamment des plateformes de vidéo à la demande, telle Netflix, qui engrange les abonnements partout dans le monde. Et qui pourrait bien aussi engranger, avec sa création originale Roma, les statuettes lors de la cérémonie des Oscars ce dimanche. 

C'est désormais presque un lieu d'histoire. Un de ces lieux surgi de l'imaginaire propre aux années 80, voire 90. Sur l'écriteau qui surplombe l'entrée du magasin, on lit "VIDÉO CLUB". Avec une caractéristique particulière : c'est le plus vieux de ce genre dans la capitale. Ouvert au milieu des années 80, il a bien failli fermer ses portes et liquider sa collection de 15 000 films il y a dix-huit ans. Sauf que Christophe Petit, le dirigeant actuel, n'a pas pu s'y résoudre. Lui qui a, comme il le dit, forgé sa culture cinématographique ici-même, entre les rangées de DVD et de VHS classées par genre et dates de sorties. Il a donc repris le commerce avec sa femme, mais ce pari commence à être de plus en plus difficile à maintenir.

C'est sûr, c'est difficile... En premier lieu, c'était le téléchargement illégal depuis une dizaine d'années qui a fait énormément de mal... Maintenant, la VOD a l'air de s'imposer un petit peu plus. Ça commence à sentir un peu le sapin, mais tous les Vidéo Clubs de France sont dans le même cas, d'autant plus qu'il n'y a aucune réaction des pouvoirs publics ou du ministère de la Culture.

Christophe Petit, gérant du Vidéo Club de la Butte
Christophe Petit, gérant du Vidéo Club de la Butte Crédits : Steven Gouaillier - Radio France
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"Les parents nous envoient leurs enfants" Christophe Petit

Face à la concurrence du streaming ou de la VOD, Christophe Petit l'affirme, toute la plus-value de son commerce vient de la discussion, du conseil, de l'orientation. Cela est vrai pour les cinéphiles comme pour les plus jeunes. "Les gosses sont supers curieux, il faut juste leur servir un bon plat, ce n'est pas parce que c'est du Charlie Chaplin en noir et blanc que les gamins n'aiment pas."

Seulement, l'attrait pour les supports physiques neufs comme les DVD ou Blu-Ray décline clairement ces dernières années.

Les ventes de support physiques continuent à chuter. En 2013, 103 millions d'unités avaient été vendues.
Les ventes de support physiques continuent à chuter. En 2013, 103 millions d'unités avaient été vendues. Crédits : CNC - GfK

Netflix passe la barre des cinq millions d'abonnés en France

Ces dernières années, outre la dématérialisation des supports, ce sont surtout les plateformes de vidéo à la demande qui transforment les habitudes. L'une d'entre elles tout particulièrement : Netflix. L'entreprise américaine, créée en 1997, s'était d'abord lancée dans la location de DVD par voie postale. Avant de prendre le tournant numérique à la fin des années 2000 et de se lancer à la conquête du marché de la vidéo à la demande sur abonnement au niveau mondial. Une décision payante moins de dix ans après puisque la plateforme compte aujourd'hui près de 140 millions d'abonnés. En France, l'entreprise a même récemment passé le cap des cinq millions d'abonnés.

Si Netflix garde une image de producteur de séries, comme en témoignent les succès des créations originales House of Cards ou La Casa de Papel, l'investissement se tourne aussi vers le cinéma. Le succès de Bird en fin d'année dernière (80 millions de visionnages d'après le groupe) ou celui de Roma (Lion d'or à la Mostra de Venise, Golden Globe du Meilleur film en langue étrangère) attestent de la bonne santé des contenus hors-circuits traditionnels. Avec dix nominations dont celui de meilleur film, Roma part même avec un statut de favori pour la cérémonie des Oscars. Mais aucune nomination aux César cette année puisque la règle impose une sortie en salle avant toute remise de récompense.  

Avec la vague Netflix, c'est aussi une communauté de fans qui s'organise désormais sur les réseaux sociaux. Échange de bons plans, nouveautés, discussions et ressentis autour d'un film... C'est tout l'objet du groupe créé et administré depuis novembre 2017 par Manon, Netflix France (par Les Abonnés Et Pour Les Abonnés).

On a l'impression que les gens apprécient qu'il y ait des films qui sortent et pas seulement des séries parce que c'est vrai que c'est des choses qu'on ne trouve pas forcément ailleurs. Si vous avez quelque chose susceptible de vous plaire, potentiellement vous allez adhérer à un abonnement Netflix pour pouvoir voir des films qui sont exclusivement sur cette plateforme [...] C'est vrai que la télé, entre les pubs, les séries et les films qui ne plaisent plus... Netflix est vraiment devenu une alternative aux sorties cinéma.

Et Netflix est loin d'être seul sur le créneau de la création originale, concurrencé par Amazon ou Hulu. En France, les groupes de télévision eux aussi vont devoir faire face à la nouvelle donne. France Télévisions, TF1 et M6 ont scellé un pacte, dans ce sens, en prévoyant la mise en ligne d'une plateforme commune "Salto", prévue pour cette année.

VOD : "Ça correspond à une demande"

Précurseuse en matière de VOD, la chaîne Arte avait également innové en 2011 en signant un partenariat avec UniversCiné visant à créer une plateforme de films ou documentaires numérisés. Un support nommé "Médiathèque Numérique" ouvert à tout ceux qui sont inscrits dans les bibliothèques et institutions culturelles hexagonales qui le souhaitent. Aujourd'hui, le catalogue propose 5 290 programmes vidéos. À la Médiathèque départementale du Tarn, on a choisi de se rattacher au projet à la fin de l'année 2015 et les visionnages vont croissant d'après la conseillère départementale en charge de la lecture publique Catherine Rabou.

Catherine Rabou, conseillère départementale du Tarn
Catherine Rabou, conseillère départementale du Tarn Crédits : Catherine Rabou
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"Les visionnages ont triplé en trois ans" Catherine Rabou

Pas d'effet sur la fréquentation des salles de cinéma

Est-ce à dire que toutes ces nouvelles formes de consommation cinématographique pénalisent les premiers exploitants, les responsables de salles de cinéma ? Pas du tout, si l'on en croit le Président de la Fédération des Cinémas Français (FNCF) Richard Praty.

Richard Praty, Président de la Fédération des Cinémas Français
Richard Praty, Président de la Fédération des Cinémas Français Crédits : FNCF
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"Ça fait 130 ans qu'on prédit la fin du cinéma... " Richard Patry

C'est aussi parce que les salles de cinéma se sont entièrement réinventées, elles investissent dans ces nouvelles technologies comme la 3D, la 4dx, les salles Ice etc... Dans des villes moyennes, vous avez aussi l'installation de complexes de centre-ville rénovés, et même dans les petites villes vous avez un mouvement de rénovation et d'extension... Les nouvelles formes de consommation sont un plus, un ajout, mais ne retirent pas de spectateurs aux salles de cinéma. D'ailleurs, les spectateurs des salles de cinéma et les utilisateurs de ces plateformes ce sont à peu près les mêmes personnes, ce sont des gens qui aiment vivre dans un environnement d'image.

La transformation des modes de consommation du cinéma serait donc loin d'être actée. Plutôt qu'une concurrence, les nouveaux usages semblent davantage relever du complément. C'est en tout cas l'avis du Sociologue du cinéma et Recteur de l'Académie de Nice Emmanuel Ethis.

Emmanuel Ethis, sociologue du cinéma et Recteur de l'Académie de Nice
Emmanuel Ethis, sociologue du cinéma et Recteur de l'Académie de Nice Crédits : Académie de Nice
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"Ce n'est pas le même type d'immersion" Emmanuel Ethis

"Il y a un développement du cinéma-salon, bien évidemment... ce succès c'est effectivement parce que ce sont des propositions de création, parce qu'on y voit vraiment des choses qui segmentent les publics et qui concernent vraiment à la fois les tranches d'âge, les générations..."

A noter également qu'avec plus de 200 millions d'entrées l'an passé, la France reste le premier marché européen, devant le Royaume-Uni (176 millions), l'Espagne (92 millions) ou encore l'Allemagne (90 millions).

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