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Sur 209 millions d’entrées dans les salles de cinéma en 2017, 78 millions concernent des films français

Les César représentent-ils le cinéma français ?

4 min
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Les César ont lieu ce vendredi soir. La cérémonie consacre le cinéma français, et met en lumière les espoirs du cinéma hexagonal. Mais les César sont-ils représentatifs ? Quid de l’autre part du cinéma français qui n’est pas sous les projecteurs ? #moncinémafrançais

Sur 209 millions d’entrées dans les salles de cinéma en 2017, 78 millions concernent des films français
Sur 209 millions d’entrées dans les salles de cinéma en 2017, 78 millions concernent des films français Crédits : . - Maxppp

C’est une statuette composée d’objets métalliques dorés, de 30 centimètres de hauteur et pesant 3,8 kilos. La statuette des César représente beaucoup pour ceux qui la tiennent entre leurs mains, devant toute une salle censée représenter le cinéma français. Ce vendredi, lors de la 43e cérémonie qui consacre le cinéma français, animée par l’humoriste Manu Payet, les meilleurs acteurs, réalisateurs, jeunes espoirs, monteurs, preneurs de sons, décorateurs etc, défileront au micro pour exprimer leur émotion de recevoir LA statuette. Mais la cérémonie des César représente-t-elle tout le cinéma français ? Les jeunes réalisateurs et acteurs sont-ils suffisamment aidés, vus, mis en valeur ? Témoignages recueillis par Lise Verbeke.

Le cinéma français a la cote

Le public ne boude pas le cinéma français. Preuve à l’appui, les chiffres du Centre National du Cinéma de 2017 sont très bons. Sur 209 millions d’entrées dans les salles de cinéma l’année dernière –la troisième meilleure année depuis 50 ans- 78 millions concernent des films français. La part de fréquentation pour les films américains a, elle, diminué en 2017, pour être la plus basse depuis 2014. Soit tout de même encore 102 millions d’entrées.

Sur le podium français, trois comédies : Raid Dingue de Dany Boon, puis Alibi.com de Philippe Lacheau et Le sens de la fête d’Eric Toledano. Des comédies grand public, qui cartonnent, tout comme actuellement Les Tuche 3 d’Olivier Baroux. D'ailleurs, les César ont introduit une nouveauté cette année : le prix du public. C'est à dire le film qui a recueilli le plus d'entrées en salle. Pour autant, le cinéma français est multiple, mais peut-être pas suffisamment mis en valeur et reconnu dans sa diversité. 

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"On est tellement nombreux, qu’il faut tout le temps entretenir le réseau"

Pour beaucoup, travailler dans le cinéma est une passion. C’est le cas de Julien Drion, comédien de 27 ans. Le grand blond au regard bleu acier a su très vite qu’il voulait être acteur : "J’ai quitté le lycée quand j’avais 17 ans pour intégrer le Cour Florent, puis le conservatoire national". Une trajectoire toute tracée. On dit de lui qu’il est doué. A la sortie des études, c’est là que les choses se corsent :

J’étais dans une sorte de bulle, de cocon. Une fois l’école terminée, j’ai découvert la réalité du métier. Certains de mes amis ont travaillé tout de suite. Moi à la sortie, je me suis dit : je sais que je suis bon, les gens me le disent depuis que je suis en école, j’avais la prétention de penser que les choses allaient venir à moi, mais je me suis planté ! J’ai compris que c’était à moi d’aller chercher le boulot. Je me suis pris une claque, mais qui a été très formatrice.

La partie la plus compliquée de son métier, ce n’est pas de travailler un texte pendant des heures, mais c’est le relationnel et l’entretien du réseau, essentiels dans le milieu. "Quand j’étais un peu plus jeune, je me trompais sur ce qu’était le réseau, je croyais que c’était des pistons, connaitre des gens qui vont me faire travailler, mais en fait avoir un réseau c’est rester au contact des gens du métier, faire sentir qu’on existe, car on est tellement nombreux qu’il faut être dans le paysage en permanence. Comme par exemple aller aux avant-premières, avoir des rapports avec des directeurs de castings pour les aider sur des castings qu’on ne passe pas, mais au moins ils nous ont en tête, etc". 

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Depuis six mois, Julien Drion a tourné dans quatre courts-métrages, dont deux rôles principaux. Il joue essentiellement des rôles d’écorchés vifs, "des rôles de gars issus des classes populaires, qui sont assez sanguins, nerveux, des rôles que j’aime beaucoup faire". Aujourd’hui, le boulot est moins dense, "cela fonctionne par vague, c’est le jeu", explique-t-il. Mais un jeu parfois difficile à accepter, surtout quand il voit défiler sur son fil Facebook les photos de ses amis comédiens en tournage. "En soi, bien sûr c’est la galère, conclut-il, car je n’ai pas la chance de connaitre des gens qui pourraient directement me propulser très haut, très vite, mais je le sais et ça ne me fait pas peur. Je sais que c’est une vie plus qu’un métier, une vie de longue haleine. J’ai confiance en moi et dans les producteurs pour révéler de nouveaux talents." 

Des nouveaux talents, il y en a, s’accordent à dire beaucoup de spécialistes du cinéma. Parmi les acteurs, mais aussi les réalisateurs. Selon les chiffres les plus récents, le Centre National du Cinéma a soutenu financièrement 80 premiers films, ce qui représente 36 % des films d’initiatives françaises agréés en 2016. Toujours selon le CNC, le budget moyen d’un premier film est d’environ 2,5 millions d’euros. Au total, ce sont 95 réalisateurs qui ont pu tourner leur premier film grâce à ces aides. La moitié d’entre eux avait déjà tourné des courts- métrages auparavant.

"Les aides financières peuvent formater le cinéma selon moi"

Monter un dossier pour obtenir des aides du CNC peut se révéler chronophage et fastidieux. Baptiste Grandin, jeune auteur - réalisateur de 30 ans, qui vit actuellement dans l'Aveyron, a en tout cas "fait une croix dessus", estimant qu’il n’est "pas armé pour ça" et "même si le CNC s’intéresse à aider les jeunes cinéastes, en général ils aident quand on est déjà dans le circuit". Baptiste Grandin a pourtant déjà un pied dans le circuit. Il vient de terminer son dernier court métrage, Hasta la vista Baby !. "J’ai commencé mon premier court métrage en 2011, après mon master en écriture de scenarios à Bruxelles, et depuis j'en fais en auto production", explique-t-il. Celui qui adore "rêver à des histoires" prône le cinéma artisanal

Aujourd’hui, il y a beaucoup de faiseurs de films, et les publics sont très variés, alors peut-être qu’il y a plusieurs cinémas qui peuvent coexister, du cinéma plus industriel, du cinéma d’arts et d’essais et un cinéma peut-être plus pauvre mais qui n’est pas forcément inintéressant. 

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Les courts-métrages qu’il a réalisés ont été faits avec un petit budget, 1500 euros en moyenne, qu’il met de sa poche ou en faisant appel aux plateformes de financements participatifs. Il n’espère pas vivre de sa passion, mais il voudrait qu’un jour "_sa passion vive d’elle-même_, que chaque projet finance celui qui suit". Pour le moment, il s’occupe de la distribution de son dernier film, c’est-à-dire l’inscrire sur des plateformes de festivals pour qu’il soit sélectionné.  

"On met en avant des films français qui ne seront pas forcément vus dans les salles de cinéma"

En France, il existe des dizaines et des dizaines de festivals consacrés au cinéma sur tout le territoire. Des festivals pour promouvoir un type de film, promouvoir un cinéma d’une région du monde mais aussi pour le cinéma français. Dans la longue liste, il y a notamment My French Film Festival. Un festival uniquement en ligne, "qui existe depuis 2011, c’est une initiative d’Uni France, chargé de la promotion du cinéma français, détaille Simon Helloco, co-responsable du festival. Ce sont donc 10 longs métrages en compétition, 10 courts-métrages et en complément une dizaine de films hors compétition, tous sous-titrés en 10 langues. Le but est de promouvoir dans le monde entier toute la diversité du jeune cinéma français et francophones et de proposer des films que les gens ne pourraient pas voir autrement que par la plateforme numérique". 

Parmi la sélection de cette année (le festival a eu lieu de mi janvier à mi février), un film de Guillaume Canet, Rock’n Roll, ou encore Belle à croquer, dans lequel joue Catherine Deneuve. Mais à côté de ces "têtes d’affiches", d’autres films de cinéastes moins connus, comme Willy 1er de 4 jeunes réalisateurs. 

On avait aussi dans le jury cette année, Julia Ducournau, la réalisatrice de Grave qui a fait ses preuves dans de nombreux festivals, (ndlr : un film d’auteur « gore » qui introduit une nouvelle esthétique dans le cinéma français), c’est ce qu’on veut mettre en avant avec notre festival aujourd’hui, c’est de proposer des films différents, des films jeunes, frais, ‘sexy’, puisque nous aussi on est capable d’en faire. On a aussi mis en avant cette année, des films de réalité virtuelle, on met un casque, et on peut se balader dans un décors, dans un film, on joue avec nos sens, puisqu’on peut se retourner, on a presque la sensation de pouvoir toucher les éléments.

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Le festival est uniquement en ligne pour toucher un public jeune, s’adapter aux nouveaux usages du cinéma "en proposant des films français qui ne seraient pas vus autrement", explique Simon Helloco. 

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"Produire un film, c’est avant tout l’histoire d’une rencontre"

Dans toute la chaîne cinématographique, la production, la distribution et l’exploitation. Chaque maillon est important pour qu’un film soit vu, mais la production, qui regroupe conception et réalisation, est essentielle. "Etre productrice, c’est comme une fonction d’accoucheur, argumente Gaëlle Bayssière, productrice de la société Everybody on deck, cela va de l’accompagnement de ce que l’on appelle le développement d’un projet, toute la partie écriture, puis ensuite de chercher les financements, et ensuite d’accompagner le réalisateur pendant le tournage, pendant la post production, et enfin, au moment de l’exploitation en salle". 

Comment Gaëlle Bayssière choisit les réalisateurs ? 

C’est une affaire de rencontre, que le réalisateur soit connu ou pas connu. Cela dépend du cinéma que l’on a envie d’accompagner. Dans les films qui sont en développement, j’ai notamment deux premiers longs métrages. Et puis comme depuis deux ans je donne des cours à la Sorbonne, j’accompagne de jeunes réalisateurs. Ce qui nous intéresse c’est l’univers d’un réalisateur, d’un auteur. L’idée, c’est évidemment qu’il trouve un public, mais ce n’est pas la finalité, et ce n’est pas cela qui guide totalement nos choix. 

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La productrice est également membre de l’Académie des César. Il y a 4287 membres, issus des différents secteurs du cinéma français, producteurs, réalisateurs, acteurs, techniciens, exploitants, à voter. Pour être juré, il faut écrire une lettre de motivation et être parrainé par deux membres de l’Académie. Ils établissent les listes des nommés dans chaque catégorie en visionnant notamment le coffret des César. Coffret qui regroupe environ 150 DVD, et pour figurer dans ce coffret, les réalisateurs doivent débourser 7000 euros, ce qui introduit déjà une sélection.

En étant juré, j’ai l’espoir de faire un peu bouger les lignes, raconte Gaëlle Bayssière, c’est vrai que l’on a tendance à dire, et ce n’est pas faux, que les jurés ne vont pas beaucoup au cinéma et que finalement dans les films qui sortent et qui ont des prix, ce sont les films dont tout le monde a entendu parler. C’est souvent des films qui ont fait pas mal d’entrées en salle, c’est pas toujours le cas, mais globalement c’est ça. Moi j’essaye toujours au premier tour de voter pour des gestes cinématographiques singuliers, pour des gestes audacieux.

"Le système de production est trop frileux aujourd’hui"

L’audace, c’est ce qui manque aux César, dans les festivals en général et chez les producteurs, selon Nicolas Marcadé, rédacteur en chef des Fiches du cinéma, et cinéphile depuis toujours. 

Aujourd’hui, nous sommes dans un système qui est devenu économiquement beaucoup plus dur, sur tous les maillons de la chaîne, il y a une exigence de rentabilité. Le système de production est devenu beaucoup plus frileux, et moins cinéphile d’une certaine manière. Je pense que les gens qui tiennent les cordons de la bourse, notamment au niveau des chaînes de télévision, sont souvent des gens qui ne connaissent pas le cinéma

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Selon le rédacteur en chef, le cinéma français tend donc à s’uniformiser, ne prend pas de risque et manque de renouvellement des talents, " car on ne donne au public que les gens qu’il a envie de voir et qu’il connait, forcément ils ne pourront pas découvrir ceux qu’ils ne connaissent pas encore !". 

Le Centre national du Cinéma a un rôle aussi dans cette uniformisation, d’après Nicolas Marcadé : "pour avoir rencontré des cinéastes qui sont dans des démarches d’auto-production, qui déposent beaucoup de projets au CNC, ils n’ont pas forcément des retours favorables, il n’y a pas, a priori, une plus grande prise de risque. Les critères restent beaucoup sur le scénario, sur ce qui est lisible, il n’y a pas de projections, sur ce que ça peut donner sur un écran". 

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