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Un atelier poésie dans une médiathèque.

Les jeunes aiment-ils encore la poésie ?

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#LesJeunesEtlaPoésie |Vos enfants partent peut-être en vacances avec en tête quelques vers appris ces derniers mois. Mais aiment-ils réellement ce genre littéraire ? À l’heure de l’immédiateté des réseaux sociaux, quelle place occupe la poésie dans le cœur des jeunes ? Voici vos témoignages.

Un atelier poésie dans une médiathèque.
Un atelier poésie dans une médiathèque. Crédits : RIEDINGER Philippe - Maxppp

"Je lis de la poésie à mon fils de 4 ans et il le réclame !", écrit Jessica sur la page Facebook de France Culture, tandis qu’une autre internaute répond : "Mes enfants n’aiment pas du tout." Plaisir ou calvaire, la poésie ne fait pas l’unanimité. "Ma fille de 12 ans rédige des listes secrètes qui ressemblent à des poèmes, raconte un parent sur Twitter. Je trouve des papiers et des calepins aux quatre coins de la maison. Mais je crains que les jeux vidéo ne lui fassent oublier ses envies d’écrire."  Il semblerait qu’il existe donc un lien étroit entre enfance et poésie. Mais à l’heure des écrans et des réseaux sociaux, quelle place occupe ce genre littéraire dans le cœur des jeunes ? Les enfants aiment-ils la poésie ? 

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Lauralie Alfonsi écrit depuis qu’elle a 8 ans. Chaque soir, dans sa chambre de la maison familiale à La Bâtie-Vieille, près de Gap (Hautes-Alpes), la collégienne couche sur le papier ses inspirations du jour. À 12 ans, elle a déjà remporté six prix de poésie, et notamment il y a quelques mois, le 1er prix du concours de la Société des Poètes Français (section Collège), pour son poème La Nouvelle France

Poème de Lauralie Alfonsi
Poème de Lauralie Alfonsi Crédits : Lauralie Alfonsi

"J’écris des poèmes et des nouvelles, raconte Lauralie Alfonsi, qui se rêve un jour professeure de français et écrivaine. Je me suis également lancée dans l’écriture de mon premier roman. Ma mère est juriste, elle a fait des études littéraires. Je pense qu’elle m’a transmis la passion des mots ! L’écriture m’apporte beaucoup de bonheur." Il faut dire que la jeune fille dévore les livres, près d’un ouvrage par semaine. "Elle a eu la chance d’avoir de formidables professeurs de français, reconnaît sa mère, Laurence Alfonsi, qui remercie Madame Sanchez, du collège Saint-Joseph à Gap. Je pense que l’univers scolaire est toujours très important."

Lauralie Alfonsi a reçu il y a quelques mois le premier prix (catégorie Collège) du concours de la Société des Poètes Français.
Lauralie Alfonsi a reçu il y a quelques mois le premier prix (catégorie Collège) du concours de la Société des Poètes Français. Crédits : Laurence Alfonsi
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Lauralie Alfonsi : "J'écris une heure par jour."

Éveiller la fibre poétique

Le concours jeunesse de la Société des Poètes Français, auquel Lauralie a participé, existe depuis trois ans. Et le nombre de participants ne cesse d’augmenter (moins d’une centaine de candidats la première année pour atteindre les 200 candidats dans tout le monde francophone à l’édition 2018-2019). "Je pense que le désir de poésie existe chez les jeunes, remarque Nicole Portay, responsable du concours. Il est important de les faire parler, de les faire écrire, parce que la jeunesse a besoin de s’exprimer."  L’organisatrice est toujours très agréablement surprise par la qualité des textes qu’elle reçoit. 

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Nicole Portay : "Il y a des pépites dans les textes que je reçois."

Ces jeunes traduisent leurs peurs, leurs angoisses de l’avenir, mais aussi leurs espoirs. Tous les enfants ont ce ressort, même s’il est en sommeil. Ils ont peut-être besoin d’être motivés par leur environnement pour s’exprimer à travers la poésie. La chanson et les réseaux sociaux ont également un rôle à jouer.

Nicole Portay note aussi l’importance des forums de poésie sur internet, ainsi que des concours de "Twit’haïku", l’écriture de haïku sur Twitter.

De nombreux internautes partagent leurs écrits sur le réseau social Twitter.
De nombreux internautes partagent leurs écrits sur le réseau social Twitter. Crédits : Capture écran

Les enseignants ont donc un rôle important. Anne Guillaumie en est bien consciente. Cette professeure de français exerce au collège Honoré de Balzac, à Alençon (Orne). Elle vient de créer un club poésie dans son établissement. L’atelier est régulièrement fréquenté par cinq élèves de tous niveaux. Sonnet, ballade, ode… L’enseignante transmet les règles de la poésie classique. "Nous avons écrit quelques petits poèmes", raconte Anne Guillaumie, qui compte bien reconduire l’initiative à la rentrée. "Les élèves me demandent déjà quel jour ce sera ! Il existe toujours des gens qui veulent perfectionner, c’est merveilleux !"  

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Et parce que la poésie s’écrit autant qu’elle se déclame, la professeure a également organisé pendant une quinzaine d’années un concours de récitation au collège de ZEP dans lequel elle enseignait auparavant. "C’est une façon de se présenter, de mettre en voix, et ce n’est pas facile de s’exprimer devant autant de monde." L’exercice est intéressant également pour faire travailler la mémoire. "Mes collègues m’encouragent à recréer ce concours dans notre collège. Je pense que ce sera chose faite l’an prochain."

Comment rendre la poésie accessible à tous ?

Certains organisent des ateliers d’écriture. C’est le cas de l’écrivain Thierry Cazals, depuis une vingtaine d’années dans toute la France, de la maternelle au lycée. L’auteur de 56 ans se sert notamment de la forme brève du haïku. Trois vers et déjà, c’est un poème. "Généralement, au début de l’atelier, la majorité de la classe rejette la poésie, explique-t-il. La récitation et l’analyse de texte les ennuient. Ils n’ont pas une image ludique de la poésie." 

Thierry Cazals tire les ficelles, avec patience et bienveillance. "Un jour, près de Brest, un adolescent en classe de 4e était dans le refus total de la poésie. Il disait qu’il ne s’intéressait à rien. Je lui ai donc proposé d’écrire sur le rien, sur le néant. Eh bien le poème s’est écrit en cinq minutes !"

Ce que j’aime : rien faire
Rien
Pas de couleur, pas de vie
Je ne sais pas
Tout manque
La lumière, les personnes, les visages
Quand je suis à l’école, je fais rire
À part ça, rien
Je ne sais pas
Une vie d’ennui
Je piétine le rien
Mais pas lui
Je bouffe le rien
Un goût bizarre
Comme un bateau vide
Personne à bord
C’est ça que je sens
Toutes les minutes
Longues, infinies, qui ne mènent nulle part
Rien
Je ne sais pas
Seule la licorne qui crache des arcs-en-ciel pourrait me dire
Valentin, élève de 4e Segpa à Brest

"Cette nudité du langage, on dirait presque du Beckett !", se réjouit l’écrivain. Pour ses ateliers, Thierry Cazals ne mise pas sur des techniques d’écriture appliquées de force ; il préfère "capter les émotions du lieu" et s’adapter à chaque individu. Selon lui, ce processus est nécessaire pour montrer aux enfants que la poésie est à leur portée, et que le rapport à la langue n’est pas forcément douloureux. 

Aujourd’hui, il y a autant, si ce n’est plus de poètes qu’avant. Pourtant, il est difficile de trouver quelqu’un capable de citer le nom d’un poète vivant. Preuve que la poésie a perdu sa place prédominante en un siècle.

Et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’Observatoire de la librairie, qui regroupe 230 librairies indépendantes, les recueils de poésie représentent 3,6% des ventes (en nombre de livres vendus). En chiffre d’affaires, la part des livres de poésie ne représente que 1%. 

Thierry Cazals a réalisé un livret avec les poèmes écrits par des élèves lors d'un atelier d'écriture poétique.
Thierry Cazals a réalisé un livret avec les poèmes écrits par des élèves lors d'un atelier d'écriture poétique. Crédits : Suzanne Shojaei - Radio France
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Nous sommes maintenant à Toulouse, dans la classe des CE1-CE2 de l’école Emilie de Rodat. L’enseignante a décidé de prendre le taureau par les cornes. Morgane Céard, 32 ans, a développé il y a trois ans une méthode d’enseignement basée sur la liberté du choix. Dans sa classe, pas de poème imposé. Les enfants ont à leur disposition un classeur avec plus de 150 textes, d’auteurs classiques ou contemporains. 

Quand ils ont le temps, ils vont choisir le poème qu’ils apprendront. Ça permet de ne pas entendre dix fois le même poème pendant les séances de récitation. Les enfants découvrent les textes choisis par leurs camarades, donc ils écoutent attentivement. 

Chacun choisit en fonction de son niveau. "Les poèmes sont gradués de 1 à 3, selon leur difficulté. Ça permet aux élèves de se mettre en confiance en sélectionnant des textes plus courts et plus simples, et d’augmenter leurs objectifs par la suite."  Morgane Céard partage ses méthodes d’enseignement sur son blog Lutin Bazar.

Morgane Céard est enseignante à l'école primaire Emilie de Rodat, à Toulouse.
Morgane Céard est enseignante à l'école primaire Emilie de Rodat, à Toulouse. Crédits : Facebook
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Morgane Céard : « Quand j'étais élève, la récitation était un moment un peu ennuyeux, on apprenait un texte sans y mettre la moindre envie. Je voulais donner du sens au travail de mes élèves. »

La recette semble fonctionner. "Ils aiment ça. Si je manque d’oublier les séances, j’ai un rappel à l’ordre !", sourit l’enseignante. D’autres professeurs proposent aux élèves, par exemple, d’étudier des poèmes mis en musique.

La poésie est-elle autant étudiée en classe que les autres genres littéraires ?

Non, selon certains. L'Education nationale préconise pourtant, dans ses programmes, de travailler la poésie au même titre que les autres genres. C’est ce qu’affirme Olivier Barbarant, inspecteur général et doyen du groupe des lettres. Selon lui, la société tout entière a une image d’une poésie complexe réservée à l’élite. "Et cette représentation est partagée par certains professeurs, ajoute Olivier Barbarant. Donc malgré les programmes, la place qui est finalement offerte à la poésie par la majorité des enseignants est plus congrue. Mais il y a d’excellents professeurs qui font d’excellentes choses !", tempère Olivier Barbarant. 

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Olivier Barbarant : "Les programmes ont toujours maintenu l’importance du genre poétique à égalité avec les autres."

Le doyen note également que la modernité, en poésie, est le plus souvent étudiée en classe avec le mouvement surréaliste. "Comme si on avait 80 ans de retard. Est-ce grave ? Je crois que oui. Cette poésie est splendide mais je pense qu’il y a des choses à faire avec une poésie plus proche de notre époque." Sur ce point, les professeurs ne sont pas tous d’accord. Certains affirment que la poésie fondée sur des règles et des codes très précis permet aux élèves de repérer facilement les formes et les figures de style. Ils se sentiraient alors plus à l’aise avec les poèmes les plus classiques. Mais dans le même temps, ils écoutent chaque jour la poésie percutante de leurs rappeurs préférés.

Extraits des poèmes de candidats au concours de la Société des Poètes Français

Mais mon ami est sous terre
Chaque jour, je pleure sa mort
Et de l’autre côté de la terre
Mon poème s’endort
Hugo, CM2

Tiens bon ! Relève-toi !
Laisse-toi pousser des ailes
Il faut avancer vers la lumière
Margot, 2nde 

J’ai pris le mot comme amant
Le vers, la poésie, comme slogan
Péremptoire et pertinent
Venant sauver le monde du sang qui lui a taché son tissu blanc
Lamiae, étudiante 

Les coquelicots dansent dans leur jupe de tulle
Le lilas embaume son odorant violet
Les corolles s’inclinent
Aglaé, Terminale

tL’espoir
ds-tu donc pas ?
Il vient pourtant à nous
Ce vent
Ne l’entends-tu donc (pas, ce vent
L'espoir
Gamaliel, Terminale

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