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Rassemblement de l'Alliance royale et de France royaliste, place de la Concorde à Paris, pour rendre hommage à Louis XVI, en janvier 2014.

"Les mandats sont trop courts pour mener des politiques, le roi c'est la continuité"

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#JeSuisRoyaliste |Alors que la Grande-Bretagne célèbre son nouveau couple royal, en dépit de leur faible nombre, en France, les royalistes tentent de renouveler leur image et veulent être dans le débat démocratique. Qui sont-ils ? Témoignages.

Rassemblement de l'Alliance royale et de France royaliste, place de la Concorde à Paris, pour rendre hommage à Louis XVI, en janvier 2014.
Rassemblement de l'Alliance royale et de France royaliste, place de la Concorde à Paris, pour rendre hommage à Louis XVI, en janvier 2014. Crédits : Thomas Padilla - Maxppp

Le Royaume-Uni sera à la fête ce samedi pour célébrer le mariage du prince Harry avec l'ex-actrice américaine Meghan Markle. Un engouement qui a traversé la Manche. Certains Français semblent être fascinés par cette permanence monarchique au sein de ce grand régime parlementaire. Au-delà de cet événement glamour et "people", les royalistes s’affichent en France avec de nouveaux codes sur les réseaux sociaux. Néanmoins, ce renouvellement de l’image ne gomme pas les divisions internes héritées de l’Histoire qui limitent l’audience de cette mouvance. 

Qu'est-ce qu'être royaliste en 2018 ? Témoignages recueillis par Anne Fauquembergue. 

Le renouveau de l’Action française

Les royalistes ne représentent qu’une minorité « difficilement chiffrable et numériquement faible », selon le spécialiste des anciennes élites dans la France contemporaine Eric Mension-Rigau. Paradoxalement, en 2018, la plupart des partisans du retour à la monarchie ne sont plus issus de la noblesse. Même si le royalisme ne peut pas être confondu avec l’Action française, cette école de pensée nationaliste théorisée par Charles Maurras est aujourd’hui dominante sur le segment politique. 

Le mouvement cherche même à renouveler son image. Revigorée par la Manif pour tous et la création du Printemps Français, l’Action française revendique un chiffre stable de 3 000 adhérents. Mais elle recrute des jeunes d’extrême droite attirés par le schéma de pensée maurrassien et l’agitation politique que propose le mouvement, comme le raconte Leïla, 22 ans. Etudiante à Bordeaux, elle a participé au colloque du samedi 12 mai organisé sur mai 68 par l’Action française à Paris. 

Au lycée, j’étais un peu gauchiste par défaut. Ensuite, j’ai appris à analyser les événements par moi-même en prépa, je me suis rapprochée du Front et j’ai commencé à me politiser sur les réseaux sociaux. J’ai rencontré des gens de l’Action française sur internet, je me suis reconnue dans certaines idées. C’est vraiment la question de la continuité qui me plaît. Les mandats sont trop courts, ce n’est pas possible de mener des politiques.

L’Action française est très présente sur les réseaux sociaux, notamment via son porte-parole Antoine Berth, mais aussi à travers un collectif de graphistes dont plusieurs sont issus de l’école de pensée maurrassienne. Ainsi, les pages de Mèmes royalistes connaissent actuellement un petit succès avec près de 38 000 abonnements Twitter et Facebook confondus. 

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Charles est l’un de ces graphistes, il a 25 ans, sa photo est un montage avec le visage du prince d'Orléans : 

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"Nous cherchons d'abord à être drôle, puis à faire réfléchir", Charles, graphiste
Image de profil de la page des "mèmes royalistes" qui veulent rester partiellement anonymes.
Image de profil de la page des "mèmes royalistes" qui veulent rester partiellement anonymes.

On s’est bien approprié les codes de la culture mémique sur internet et on a quelques graphistes qui ont du talent, donc cela se ressent au niveau des likes. Mais on ne s’attendait pas du tout à ce que cela prenne cette ampleur.

Le mouvement cherche à sortir de son isolement. Lors de son colloque du samedi 12 mai sur Mai 68, l’Action française a ainsi accueilli des intellectuels de la droite conservatrice comme Frédéric Rouvillois qui ne sont pas pour autant monarchistes. Mais certains des membres de l’Action française sont happés par l’appel de la violence, avec une porosité avec le mouvement néo-fasciste Bastion Social

L’Alliance Royale, un parti politique 

Robert de Prévoisin est le secrétaire général du parti politique Alliance Royale.
Robert de Prévoisin est le secrétaire général du parti politique Alliance Royale.

Dans cette galaxie hétéroclite des royalistes en France, il existe un petit parti politique né en Touraine. L’Alliance Royale a été créée en 2001. Elle vise à mettre en lumière la problématique de la royauté au sein du débat politique. Son secrétaire général, Robert de Prévoisin, cherche ses 80 candidats pour se présenter aux élections européennes, même s’il est conscient au regard de ses résultats aux dernières législatives que le défi est de taille.  

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"Aux dernières législatives, j'ai fait 0,44%, ce qui veut dire 220 voix, dans la troisième circonscription de Tours"

Nous considérons que la Ve République est une République monarchique, mais nous sommes pratiquement en guerre civile larvée à chaque élection. Tout pays divisé est appelé à sa ruine. 

Le royalisme affectif du Mémorial de France à Saint-Denys

Contrairement au royalisme populaire véhiculé par l’Action française, la plupart des anciennes familles nobles ont néanmoins fait leur deuil de la restauration. Des familles qui restent loyales aux descendants de la famille royale des Bourbons (Louis XVI). Cette fidélité s’accompagne d’un travail de mémoire orchestrée par le Mémorial de France à Saint-Denys. Cette association organise deux messes chaque année à la basilique cathédrale de Saint-Denis, la nécropole des rois de France. 

La nécropole de la Basilique Saint-Denis avec les tombes des reines et rois de France.
La nécropole de la Basilique Saint-Denis avec les tombes des reines et rois de France. Crédits : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT - AFP

Ces messes ont lieu chaque 21 janvier, jour de la mort de Louis XVI, et le 16 octobre, jour de la mort de Marie-Antoinette. Les cérémonies sont fréquentées par au minimum 500 personnes, selon Laurent Le Grip De La Rozière, le secrétaire général de l'association. Ce que confirme le conservateur de la basilique cathédrale, Serge Santos. "Il n’y a pas de volonté d’un groupe de s’approprier le monument", précise-t-il, mais il constate que parfois quelques fleurs sont laissées sur la tombe de Louis XVI. Laurent Le Grip De La Rozière explique l’importance de ces commémorations du souvenir pour les partisans des Bourbons : 

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"Nous rendons hommage aux 40 rois qui ont fait la grandeur de la civilisation française"

Il y a 20 ou 25 ans, il y avait moins de monde à ces cérémonies. C’est très important pour nous d’être dans ce lieu et de montrer qu’il y a un descendant des Bourbons si un jour les Français le souhaitaient. 

L’absence d’un meneur : fragilité par essence de la mouvance royaliste

La querelle dynastique constitue une fragilité de fond pour les royalistes. Il y a toujours un désaccord sur la personne royale. La plupart des partisans du retour à la monarchie sont favorables aux Orléans, les descendants du dernier roi des Français, Louis-Philippe, et héritiers du Comte de Paris, grand-père de l’actuel prince Jean. Mais il existe aussi des partisans de la Maison des Bourbons, descendant de Louis XVI et de Charles X. 

Ces derniers, comme le Mémorial de France Saint-Denys ou encore le journaliste Thierry Ardisson, soutiennent la personnalité du Duc d’Anjou, qui deviendrait Louis XX s’il montait sur le trône. Par ailleurs, pour le spécialiste des élites françaises, professeur d'histoire sociale et culturelle à l'université Paris-Sorbonne, Eric Mension Rigau, "la noblesse a fait son deuil d’une restauration monarchique en France. Or ce sont les nobles qui apportaient la ressource financière à ce courant de pensée". 

La loyauté affective, encore très marquée à partir de 1950 - date de retour de la famille de France sur le territoire de la République -, s'est quand même beaucoup affaiblie ces dernières années. En 1950, la famille est auréolée d'un certain glamour lié notamment à la personnalité de la Comtesse de Paris, morte il y a une quinzaine d'années et qui était héritière d'un XIXe siècle et d'un entre deux guerres où la famille de France était encore auréolée de ses parentés, notamment avec des familles toujours régnantes.

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