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Deux femmes s'embrassent pendant un "kiss in", place de la République à Paris.

LGBTQI et heureux : "Mais toute ma vie sera une lutte"

4 min
À retrouver dans l'émission

La communauté LGBTQI, soit non hétérosexuelle, sera dans les rues de Paris demain pour la Gay Pride et dès ce soir pour la Pride de Nuit. Alors, 40 ans après la première marche revendicative en France, ont-ils enfin accès au bonheur ? Témoignages recueillis par Valentine Letesse.

Deux femmes s'embrassent pendant un "kiss in", place de la République à Paris.
Deux femmes s'embrassent pendant un "kiss in", place de la République à Paris. Crédits : FRANCOIS GUILLOT / AFP - AFP

Ils sont homosexuel(le)s, bisexuel(le)s, transgenres, queer ou intersexes et seront des milliers dans les rues de Paris demain pour revendiquer leurs droits. Après "40 ans de marches, 40 ans de luttes" en France, on pourrait enfin être LGBTQI et être heureux en 2017.

Marie, 22 ans, et Amandine, 28 ans

"On a des projets de mariage, on a des projets d'enfants, on a des projets de déménagements et ça, c'est être heureux." - Amandine, infirmière.

Marie, étudiante en médecine, et Amandine, infirmière, vivent à Paris, près de la Place d'Italie, avec leur petite chienne. Le couple est heureux, soutenu par tous les membres de la famille. Mais leur vie agréable et simple n'est pas rose tous les jours. Dans les transports, dans la rue, les jeunes femmes doivent garder le sourire et la tête haute face aux insultes.

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"Marie devait partir en train pour ses vacances. Sur le quai de la gare, comme n'importe quel couple, je l'ai prise dans mes bras pour lui dire au revoir. Une femme, catholique, nous a demandé de ne pas faire ça. Nous disant "que c'était interdit, qu'il y avait du monde, des enfants". Elle nous a tendu un prospectus, en nous disant qu'on pouvait "encore s'en sortir." - Amandine, infirmière.

Les poings remplacent les mots

Un t-shirt taché de sang, une paire de lunettes cassée et cette phrase : "si vous voulez savoir à quoi ressemble l'homophobie". Ce mercredi, le tweet de Basile, agressé en plein coeur de Paris, sur le réseau social est vite devenu viral.

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En 2013, avec les manifestations du Mariage Pour Tous, les agressions et les actes homophobes notamment ont explosé, selon SOS homophobie. Après une baisse, ces actes malveillants ont augmenté de près de 20% entre 2015 et 2016 selon l'association.

Aïden, 25 ans

"En arrivant à Grenoble, j'ai réussi à me réinventer. À oublier tout ce que ma famille en général m'avait appris."

Pour se définir, le chemin du bonheur peut être long et tortueux. Pour Aïden, non-binaire, c'est-à-dire qu'il se définit ni homme ni femme, cette route l'a emmené loin de chez lui et de ses proches. À 25 ans, il s'assume enfin complètement et change son prénom de fille, pour un prénom de garçon. D'après lui, "d'être compris, de sentir qu'on a du soutien même si la personne ne comprend pas", c'est rassurant.

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"Quand j'étais en caisse à Scionzier, en Haute-Savoie, un petit garçon m'a regardé et m'a demandé sans se censurer d'une quelconque façon : est-ce que tu es une fille ou un garçon ? Du coup, ça m'a fait rire et je lui ai dit : "c'est toi qui vois. Moi, ça ne change rien pour moi". J'ai bien vu que ma réponse l'avait vraiment perturbé, alors il s'est tourné vers sa mère comme pour lui expliquer le problème. Et il a dit "Maman, il faut que tu m'aides !" Sa mère, super gênée, lui a mis une petite tape sur la tête. Après j'ai essayé de lui expliquer que moi ça ne me gênait pas et que je trouvais ça très intelligent de poser la question en fait."

Stéphane Gérard, cinéaste

"J'ai eu la chance d'être au tout début d'internet et d'être sur un forum dédié au coming-out où j'ai rencontré d'autres personnes qui vivaient la même chose."

Sur son t-shirt rose, Stéphane Gérard l'affiche fièrement :"nos identités ne sont pas nationales". Ce jeune cinéaste a quitté sa Picardie natale pour Paris il y a onze ans. Il a transformé sa solitude adolescente en militantisme. Car il en est sûr, "je me suis fait à l'idée qu'il faudra lutter tout le temps. Mais que cette lutte peut être joyeuse" explique-t-il. Lui qui a manqué de modèles en sert généreusement dans ses films pour aider les nouvelles générations à se reconnaître.

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"Je travaille avec mes questions. Et la question des luttes sur le genre et la sexualité c'est assez central pour moi donc c'est aussi central dans mon travail. J'avais envie justement de partager mes réponses avec d'autres personnes. J'aspire comme tout le monde à rendre le monde meilleur et ça me permet d'apporter aux jeunes des réponses qui m'ont manquées. […] Cette lutte peut se faire dans la contradiction, avec des moments pénibles et difficiles. Mais en même temps il y a du plaisir à prendre. Dans les heures les plus sombres de cette histoire il y aura eu des gens pour aller danser, faire des fêtes, des histoires d'amour et du désir."

Lucas Armati, journaliste

"On s'est dit qu'il fallait créer un moment positif, chaleureux et sécurisant où il y aurait la possibilité que cette parole se libère. Que si on a parfois des représentations angoissantes de ce que sera la vie en tant qu'homo, on puisse se dire : finalement, ça peut être aussi bien."

Lucas Armati est journaliste et membre de l’Association des Journalistes LGBT. D'après lui, face à une jeunesse LGBT qui manque de modèles, la Gay Pride, quarante ans plus tard, joue toujours un rôle crucial. "Les ados qui ne sont pas forcément sortis du placard, qui se posent beaucoup de question sur leur identité et sur leur sexualité. S'ils peuvent voir des moments comme ça où il y a des gens qui font la fête : homos, hétéros et alliés mélangés sous une bannière LGBT, eh bien c'est très important dans l'imaginaire qu'on peut offrir aux gens" raconte celui qui est aussi co-président des "Out d'Or". Une cérémonie de remise de prix pour récompenser les médias et les personnalités qui ont rendu visible la communauté LGBTQI, de "manière intelligente, diverse et inclusive".

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"Ne pas affirmer qu'on est homosexuel dans la sphère publique, on entend ça tout le temps, "ça reste de l'ordre privé, on a pas à le savoir"… Il y a une injonction à rester silencieux à être discret quand on est une minorité. La Pride, la marche des fiertés, c'est aussi ce moment où cette fierté peut s'exprimer. C'est pareil, là aussi les gens souvent ne comprennent pas pourquoi il y aurait une fierté homosexuelle et pas une fierté hétérosexuelle. J'ai envie de dire : est-ce que lorsqu'on est hétérosexuel on a peur de le dire à ses parents ? Est ce qu'on a peur de tenir la main à son copain ou sa copine dans la rue ? Est-ce qu'on a peur de l'embrasser par ce qu'on se dit qu'on va se prendre des coups ? Non. Donc quand on est homosexuel, on a une fierté de s'affirmer."

Cécile Friedmann, 33 ans

"Je suis fière plutôt qu'heureuse. Je l'affirme plus que je le vis ou le subis. Ce n'est pas une constatation, mais une affirmation."

Son coming-out a été "retardé" d'après Cécile Friedmann, encore une fois par cette "injonction au silence". Chef-opérateur et photographe, cette métisse franco-japonaise a trouvé la joie dans le militantisme. En proposant des photos prises notamment au cours de soirées LGBTQI."Son réveil militant" survient après la première manifestation contre le Mariage pour Tous. Un véritable traumatisme pour toute cette génération LGBTQI. "Ça a été d'une violence extrême. Il y avait des insultes, on a été traité comme des animaux, comme des monstres." raconte la jeune femme.

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"Au Japon, c'est encore plus archaïque. Il y a une invisibilité énorme. […] Les gens que je côtoies là-bas sont tous de l'ancienne génération et c'est une société extrêmement patriarcal très, très fermée. Au Japon je ne suis pas encore vraiment "outée", quand j'y vais c'est principalement avec ma mère. Par rapport à son entourage du coup, je cache mes tatouages, pendant très longtemps je performais l'hétéro. Alors qu'ici, rien à foutre."

Anne Pauly, co-commissaire du festival Loud and Proud

"La culture permet d'être heureux dans le sens où elle donne des modèles , des rôles modèles positifs. On peut s'identifier à quelqu'un qui produit quelque chose de magnifique."

Pour cette jeunesse traumatisée, Benoît Rousseau, Alexandre Gaulmin, Fanny Coral, et Anne Pauly décident de créer le festival Loud and Proud en 2015. C'est la première scène musicale dédiée à la culture Queer, et une réponse "au torrent de boue" déversé pendant les débats sur le Mariage Pour Tous explique Anne Pauly, l'une des programmatrices. Pour la journaliste, cet évènement est aussi "une manière de se guérir et de faire front ensemble".

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"C'était aussi pour montrer que dans cette communauté il y avait des artistes dont il fallait montrer le travail. Que l'on était pas seulement les choses auxquelles on voulait bien nous réduire. La culture permet d'être heureux en ce sens où elle donne des modèles. On peut s'identifier à quelqu'un qui produit quelque chose de magnifique, un morceau, une poésie, un album, un tableau ou une peinture. Et on peut se dire : malgré mon prisme à la réalité qui est un peu différent parce que je suis dans la marge, ça ne m'empêche pas de faire des choses belles, à l'instar des gens que je vois."

Dans ces actions citoyennes différentes, le message reste le même : "être fier, s'assumer et l'affirmer". Et si c'était ça finalement la recette du "bonheur" ?

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