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Cinq mots parmi la longue liste des termes qui ont marqué l'année 2017.

"MeToo et balance ton porc étaient des mots émotionnels, pour ne pas dire volontairement provocateurs, pour créer un avant et un après"

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#lesmotsde2017 |"MeToo", "balance ton porc", "glyphosate", "bitcoin", "disruptif" ou encore "perlimpinpin"... Certains mots ont marqué l'actualité cette année. Mais quel est celui qui résume le mieux ces douze derniers mois ? Regards croisés de passionnés des mots.

Cinq mots parmi la longue liste des termes qui ont marqué l'année 2017.
Cinq mots parmi la longue liste des termes qui ont marqué l'année 2017. Crédits : Valentine Joubin - Radio France

Quels mots ou expressions retenir ou auront marqué 2017 ? Nous vous avons posé la question sur les réseaux sociaux, et nous avons interrogé une sémiologue, un lexicographe, une linguiste, un rappeur ou encore l'écrivaine Annie Ernaux. Témoignages recueillis par Valentine Joubin.

"Féminisme"

"Féminisme", voilà le mot qui s'impose au terme de cette année aux Etats-Unis. Le Merriam-Webster, l'un des dictionnaires les plus célèbres, l'a mis en tête de son palmarès des mots les plus consultés. L'affaire Weinstein et toutes les révélations d'agressions sexuelles qui ont suivies ont été un des grands sujets de discussion outre-Manche. Un phénomène sociétal et linguistique qui a aussi profondément marqué l'actualité française, estime Edouard Trouillez, lexicographe au Petit Robert. Après douze mois très riches en terme lexical, il retient, lui aussi, le terme "féminisme".

Il y a plusieurs mots qui ont émergé cette année, qui ne sont pas forcément des mots nouveaux mais qui sont liés à des événements qui se sont passés en France ou dans le monde. Notamment "féminisme", on en a beaucoup parlé à cause de l'affaire Harvey Weinstein et de tout ce qui s'en est suivi. Donc c'est vraiment un des mots que j'ai envie de retenir pour 2017. Il n'y a pas encore de consensus par rapport à ce mot et surtout par rapport ce qu'il représente. Il y a de grands défenseurs du féminisme mais aussi des gens qui pensent que c'est un combat inutile. C'est pour ça qu'il est au cœur de l'actualité.

"Inclusive" 

La parole féminine et féministe a réussi à imposer son vocabulaire confirme la linguiste Aurore Vincenti. Mais plutôt que "féminisme" elle préfère retenir le mot "inclusive". "Clus, clusif, explique-t-elle, c'est la même étymologie que la clé, c'est ce qui enferme". En ajoutant le préfixe "in", on introduit, au contraire, l'idée "de ne pas fermer ses barrières, de faire entrer tout ce qui peut entrer dans l'espace, ce qui n'exclut pas. Faire entrer les femmes, la possibilité d'une égalité". Une référence au débat sur l'écriture inclusive, mais pas seulement. "Les moi aussi, balance ton porc, les diverses affaires, la question du consentement. Tout ce qui émerge aussi au niveau des échanges féministes. Il y a une vraie renaissance, une naissance même du podcast féministe. "

"Balance ton porc" et "Me too"

Pour la sémiologue Mariette Darrigrand, le champ politique a été particulièrement producteur de mots cette année, en raison de la campagne présidentielle. Les termes en "isme" ont fait leur grand retour avec "conservatisme", "dégagisme", "populisme". Emmanuel Macron, par exemple, a "émergé en parlant de progressisme. (...) Un mot qui avait disparu depuis trente ans et qui a fait son grand retour. (...) Il a pu agréger des gens qui étaient de gauche et de droite, mettre la présidentielle dans une perspective historique en amenant vers un futur". En ce qui concerne la société civile, Mariette Darrigrand répond sans hésiter "les mots de la guerre des sexes, et ce n'est pas sans rapport avec la politique", c'est-à-dire, selon elle, les expressions "me too" et "balance ton porc". 

"Me too" et "balance ton porc". C'est une façon de créer une dualité dans la mesure où les dualités idéologiques sont floues. Il y a eu une discussion de type civilisationnelle. De quel côté de la barrière est-on ?" La dynamique va continuer, mais pas nécessairement avec ces mots. Me too et balance ton porc étaient des mots émotionnels, pour ne pas dire volontairement provocateurs, pour créer un avant et un après. J'espère que dans la suite, un vocabulaire plus riche va émerger.

"Migrant"

Annie Ernaux avait pensé au terme "féminisme", l'écrivaine se réjouissant que le terme ne soit plus, selon elle, synonyme de honte. Mais "politiquement", c'est le mot "migrant" qu'elle souhaite faire entendre. "Un mot qui s'impose", affirme celle qui s'étonne que personne ne l'est mentionné avant elle. "C'est un combat de vie ou de mort et ça il faut y penser". Le terme n'est pas apparu cette année dans l'actualité, reconnaît Annie Ernaux, mais "il revient", dit-elle, comme une réalité que l'on ne peut écarter et nous accompagnera "pour la décennie".

Migrant est un mot qui pour moi flotte sur le monde entier. Un mot qui pour la France, pour moi, provoque. C'est comme une grande ombre. Une population qui apparaît comme menaçante à certains et à d'autres, dont sans-doute je fais partie, la culpabilité, le désir de faire quelque chose. Et puis quoi ?

"Hashtag"

"Division", c'est le mot auquel a d'abord pensé le rappeur parisien JP Manova en réaction au climat nauséabond qui règne selon lui sur les réseaux sociaux "quelque soit le sujet, les migrants, l'identité nationale... " Mais après réflexion, il préfère retenir "Hashtag", ce mot dièse qui pullule sur les réseaux sociaux. 

De manière générale "Hashtag". Pas seulement pour "me too" et "balance ton porc". C'est devenu une arme. Si vous en faites abstraction dans une phrase, vous avez tout raté. Cela précise la pensée, ça permet aussi d'affirmer son appartenance à une communauté. Il y a des communautés de hashtag".

Le vocabulaire d'Emmanuel Macron s'impose sur les réseaux sociaux

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