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Le camp de Grande-Synthe, près de Dunkerque, accueille près de 1.500 migrants

"On ne met pas ses enfants sur l'eau si l'eau n'est pas plus sûre que la terre"

4 min
À retrouver dans l'émission

Migrants, réfugiés, parcours d’exil… Articles et ouvrages se multiplient pour décrypter la « crise migratoire » que l’Europe peine à aborder. Mais ces exilés, quel regard portent-ils sur eux et sur notre pays ? Ecoutez Sameer l’Afghan, Fouad l’Irakien, Claire, une bénévole, et tous les autres.

Le camp de Grande-Synthe, près de Dunkerque, accueille près de 1.500 migrants
Le camp de Grande-Synthe, près de Dunkerque, accueille près de 1.500 migrants Crédits : Marie-Pierre Verot - Radio France

"Les Français ne doivent pas avoir peur des migrants"

Sameer Sahail, 22 ans, réfugié afghan.

Nous avions rencontré Sameer en février dernier à Grande-Synthe. En attente d’un titre de séjour, il venait bénévolement soutenir les associations d’aide aux migrants, dans l'ancien camp de Grande-Synthe, véritable cloaque à ciel ouvert. Aujourd’hui, nous le retrouvons à Paris. Sameer a obtenu le statut de réfugié et trouvé un travail chichement payé dans un restaurant à Saint-Denis. Le début d’une nouvelle vie.

En Afghanistan, Sameer avait été recruté comme interprète par les armées britannique puis américaine. Les talibans n’ont pas apprécié. Ils ont tué son père, puis l’un de ses frères. Sameer a dû fuir. Et s’il y a un message qu’il veut faire passer aux Français c’est que, comme lui, la grande majorité des migrants ne viennent pas pour des raisons économiques mais fuient pour sauver leur vie.

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« Beaucoup de Français pensent que les migrants viennent à cause de problèmes économiques mais quand tu viens en Europe cela coûte cher. Moi j’ai payé 18.000 euros. J’ai vendu ma maison. Si j’étais resté en Afghanistan avec ces 18.000 euros, j’aurais fait un beau business. Mais ma vie était en danger, c’est pour cela que j’ai quitté mon pays. Les Français ne doivent pas avoir peur des migrants. Car ils ne sont pas dangereux. Ils sont humains. Ils ont un cœur, une tête. Ils sont comme les autres. »

"Là-bas, on ne meurt qu’une fois et c’est fini. Ici, on meurt plusieurs fois par jour"

Fouad Faraj Amin, 38 ans.

Fouad Faraj Amin, 38 ans, est aujourd'hui à la rue, avec toute sa famille.
Fouad Faraj Amin, 38 ans, est aujourd'hui à la rue, avec toute sa famille. Crédits : Marie-Pierre Vérot - Radio France

Cela fait dix mois que Fouad est en France. Détenteur d’un passeport britannique, ce Kurde d’Irak était rentré dans son pays en 2012 pour se marier et fonder une famille mais la guerre les a mis sur le chemin de l’exil. Aujourd’hui, Fouad est coincé dans un cabanon à Grande-Synthe avec sa femme et ses deux enfants âgés de 2 et 3 ans. Tous avaient fait une demande d’asile en France. Au bout, un refus et les voilà à la rue. Fouad oscille aujourd’hui entre la colère et le désespoir. Il ne peut rester en France alors qu’il a fui les bombes, il ne peut emmener sa famille en Angleterre alors qu’il en possède le passeport.

"Je ne sais pas pourquoi les Français nous ont refusé les papiers. Ils disent que nous ne sommes pas Irakiens. Mais je viens d’Irak, je parle irakien ! Que puis-je dire de plus ? Ils donnent des papiers à des Albanais, mais ce n’est pas la guerre chez eux ! En Irak, maintenant, tout est violence entre sunnites et chiites… Jamais la paix ne reviendra, jamais."

"Comment le gouvernement français peut-il mettre à la rue une famille avec des enfants ? Je n’ai jamais vu ça, même en Angleterre. Je ne suis pas un ivrogne pour rester dans la rue ! Si j’avais su, peut-être que je serais resté en Irak. _En Irak on ne meurt qu’une fois, et c’est fini. Ici, avec ma famille, on vient de revenir à Dunkerque, avant c'était Calais, à chaque fois l’on meurt. Ici on meurt plusieurs fois par jour_."

"J'ai une famille, c'est la guerre chez moi et ils me jettent à la rue."
"J'ai une famille, c'est la guerre chez moi et ils me jettent à la rue." Crédits : Marie-Pierre Verot - Radio France

"Je rêve pour mes enfants qu’ils puissent aller à l’école et faire des études pour devenir docteur ou avocat. Pas qu’ils restent comme cela dans un container comme des animaux ! Je veux parler, expliquer la situation mais ici les gens ne vous parlent pas et ils vous oublient."

"Bien sûr, ce serait plus facile pour moi en Angleterre, je parle la langue. Mais si ce n’est pas possible de partir légalement, nous retenterons les voies illégales. J’ai essayé deux fois de passer illégalement mais le petit a failli mourir de froid. Je ne sais pas quoi faire."

"J’avais honte pour la France"

Claire Millot, secrétaire générale de l'association Salam.

Depuis septembre 2009, Claire Millot emploie sa retraite à aider les migrants à Calais et Dunkerque. En sept années, à leurs côtés, elle a pris « une leçon de dignité ». Elle a aussi vu croître leur nombre et leur détresse. Et changer le regard des Français.

« Un papa m'a dit: "moi, à la maison, je faisais travailler des gens. C’est moi qui donnais le salaire. Et là, je n’ai pas de quoi donner à manger à mes enfants." Sa femme m’a expliqué qu’ils avaient traversé l’Allemagne où les réfugiés sont mieux accueillis :"on a traversé pour venir en France" et je lui dis : "mais pourquoi ?". Elle avait les larmes aux yeux et du coup moi aussi : "à cause de Liberté, Egalité, Fraternité". Là, on se dit qu’on n’est pas à la hauteur. Et j’avais honte pour la France, qu'on ne les accueille pas, qu'on les traite de tricheurs. »

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« Il y a un très beau poème érythréen qui dit : "On ne met pas ses enfants sur l’eau si l’eau n’est pas plus sûre que la terre". Si on part, c’est qu’on a vraiment des raisons. On quitte son pays, sa famille, sa culture, sa langue. On mérite d’être accueilli. »

"Le français, c'est ma terre d'asile"

Ali Zamir, 27 ans, écrivain comorien.

Ali Zamir est l'auteur d'un premier roman "Anguille sous roche" très remarqué et sélectionné pour de nombreux prix. C'est un cri, celui d'une femme qui va se noyer et dans un souffle veut nous raconter sa vie. En filigrane, le drame des migrations. Ali Zamir, nous nous en étions fait l'écho, a failli ne pas venir en France car son visa lui avait été refusé. Un comble pour celui qui estime que "la littérature est un monde où tout est possible, une absence de frontière pour le rêve."

« La langue française, c’est ma terre d’asile. Aujourd’hui, il y a encore des gens qui pensent que le français c’est pour les Français. Non. Il faut voir la réalité : le français est devenu une langue universelle. Donc je ne l’ai pas choisi. C’est elle qui m’a choisi et je considère que c’est mon monde à moi, ma nationalité. Et ce monde il faut le voir comme une richesse, un espoir. »

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« Mon message aux Français, ce serait d’ouvrir les frontières, pas pour imaginer que nous allons avoir des problèmes mais pour imaginer que nous allons nous enrichir en culture et en fraternité. Parce que c’est là que le terme fraternité prend tout son sens. La diversité des nationalités, des cultures, c’est ce qui fait la grandeur d’un pays et je sais que c’est ce qui fait la grandeur de la France. »

"J'ai peur"

Zoro, 24 ans, un Kurde d'Iran arrivé en France il y a 10 mois. En plein désarroi.

Zoro est un Kurde iranien. Le jeune homme est arrivé en France il y a dix mois.
Zoro est un Kurde iranien. Le jeune homme est arrivé en France il y a dix mois. Crédits : Marie-Pierre Verot - Radio France

"Je ne sais pas si je vais demander l'asile car j'ai peur d'être déporté en Iran. Mais en même temps, sans passeport, sans asile, c'est dur ici. Je veux aller à l'école, apprendre l'alphabet et la langue française. Ici, on dit "Liberté, égalité, fraternité". Je voudrais que ce soit pour tout le monde, pas juste pour une personne."

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