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Une séance dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale

"Parfois, les nouveaux députés réinventent le fil à couper le beurre et l'eau chaude, mais parfois aussi, ils innovent"

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#MonNouveauDéputé |Un an après les élections législatives et l'important renouvellement de l'Assemblée nationale, les nouveaux députés, souvent novices en politique, ont-ils introduit de nouvelles pratiques ? Comment le rapport avec le travail parlementaire a-t-il évolué ? Témoignages recueillis par Léa Mormin Chauvac

Une séance dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale
Une séance dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale Crédits : Stéphane Robert - Radio France

En juin 2017, sur 577 députés, 424 novices faisaient leur entrée dans l’hémicycle. Au sein du groupe La République en Marche (LaREM), majoritaire avec 313 sièges à l’Assemblée, 174 députés n’ont jamais exercé de mandat politique. 

On trouve ensuite les parlementaires de La France Insoumise, loin derrière La République en Marche : sur 17 députés, 10 sont novices en politique. Et sur les 254 députés restants, on relève 13 novices, dont 2 pour Les Républicains, tandis qu’un seul député novice a intégré le Parlement au sein du groupe Nouvelle gauche (Parti socialiste). En 2017, l’Assemblée nationale compte donc 36% de primo-députés

Un renouvellement à double tranchant

Renouvelée, l’Assemblée est aussi rajeunie, féminisée et surtout… dé-professionnalisée. C’était la grande promesse de campagne d’Emmanuel Macron, qui voulait en finir avec les coutumes de l’ancien monde, ankylosé par ses habitudes. Le profil socioprofessionnel des députés a été en grande partie modifié par la vague LaREM de juin 2017.

Les 577 députés élus classés par profession et par étiquette
Les 577 députés élus classés par profession et par étiquette Crédits : Laurence Saubadu, Thomas Saint-Cricq, Frédéric Bourgeais - AFP

Ces nouveaux députés ont importé au sein de l’Assemblée la culture de l’entreprise. C’est ce que nous a expliqué Valérie Oppelt, députée LaREM de la 2e circonscription de Loire-Atlantique. Ancienne cadre, elle avait monté sa SARL avant d’être élue. Une activité qu’elle a dû abandonner, faute de temps à y consacrer. Mais elle utilise toujours l’expérience acquise au cours de sa vie professionnelle pour exercer son mandat. "J'ai le sentiment d'apporter ce que je connais de l'entreprise (...) Je suis à 4 000% sur cette mission", confie celle qui dit passer de 2 à 5 jours à Paris, pour le reste en circonscription :

Je me suis engagée pendant ma campagne à faire beaucoup de terrain, à garder cette proximité et c'est pour cela que j'organise énormément en circonscription des ateliers, des cafés citoyens, des permanences délocalisées. Je suis rester telle que je suis puisque les Français ont souhaité ce renouvellement en politique. Je tiens beaucoup à cette méthode de travail, à cette exigence et à cette humilité que je dois avoir tous les jours pour approcher cette nouvelle vie de femme politique.

La dé-professionnalisation de cette Assemblée version nouveau monde a effectivement entraîné une modification des pratiques. La culture managériale apportée par les députés a en partie modifié les pratiques, selon le politologue Luc Rouban. Et ces évolutions entraîneraient un changement de paradigme profond. Avec "des députés, notamment LaREM, beaucoup plus présents dans l’hémicycle et dans l'ensemble des réunions". "Mais cette présence est surtout due à la suppression du cumul des mandats, cela les libère beaucoup, et par ailleurs à une volonté très affirmée de managérialiser l'Assemblée. Cette volonté indispose un nombre d'anciens députés qui considère qu'un député n'est pas un manager, ni un cadre du privé. C'est un représentant de la Nation."

Il ne faut pas oublier que les électeurs aiment les élus qui connaissent bien leurs dossiers, des élus qui sont professionnels et qui sont quand même obligés de faire face à des dossiers complexes et donc doivent s'investir.

Des députés plus si godillots 

A peine élus, les néophytes ont été montrés du doigt pour leur méconnaissance du jeu parlementaire et leur supposée incompétence en politique. Un procès parfois injuste, estime Samuel Le Goff, journaliste parlementaire pour la revue Contexte . "Parfois, ils réinventent le fil à couper le beurre et l'eau chaude, mais parfois aussi, ils innovent", affirme-t-il : 

Samuel Le Goff
Samuel Le Goff Crédits : Léa Mormin Chauvac - Radio France
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Samuel Le Goff : “Quand on débarque dans un endroit qu’on ne connaît pas, dont on ne connaît pas les codes, on a tendance à voter comme le groupe”

Ces députés innovent et se structurent différemment. Il n'y a pas de clivages idéologiques ou liés à des écuries, tout simplement parce qu'avant ils ne se connaissaient pas. Donc il n'y a pas de passé commun, pas de stratégies internes de conquête du pouvoir.

Très peu de Marcheurs connaissent le monde politique et ses pratiques. Cette expérience était traditionnellement acquise au cours d'un long parcours militant. Mais selon Antoine Denéchère, journaliste de France Bleu Loire Océan, à Nantes, cette particularité ne modifie que légèrement la façon dont ces nouveaux députés exercent leurs fonctions. "Valérie Oppelt dit souvent j'ai emmené les méthodes de l'entreprise. Je vais réunir autour de la table des chefs d'entreprise, des représentants du Medef, de la Chambre de commerce, mais aussi des syndicalistes, etc. J'ai envie dire : il n'y a rien de nouveau sous le soleil." :

Antoine Denéchère
Antoine Denéchère
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Antoine Denéchère : “Dans la pratique politique, les députés de l’ancien monde faisaient exactement pareil”

Il faut imaginer que d'habitude, les candidats aux législatives sont des gens, notamment dans les partis, qui ont des chances de l'emporter, c’est-à-dire les partis de gouvernement, LR ou PS, des gens qui ont des parcours très longs. Ils ont été conseillers général, adjoints au maire. Ils ont milité pendant des dizaines d'années au sein du parti avant de prendre des responsabilités. On n'avait jamais vu des gens être catapultés comme Valérie Oppelt. Cela a été très surprenant. 

Cette absence de parcours militant a une conséquence : les députés novices de LaREM appartiennent rarement à des écuries politiques et s’affrontent peu sur le terrain de l’idéologie, à l’inverse de leurs prédécesseurs. Ce qui les réunit, c’est le large crédit qu'ils accordent à Emmanuel Macron et son action et le fait que leur élection découle directement de celle du président. Un état de grâce habituel sous la Ve République mais qui ne devrait pas durer, estime Jean-Michel Djian, fondateur du festival du film politique Politikos

Jean-Michel Djian
Jean-Michel Djian
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Jean-Michel Djian : “Il y a une telle lassitude de l’exercice législatif [chez les députés] que la République va le payer cher”

On n'a jamais vu des parlementaires ne pas entendre les exigences de l'exécutif quand la majorité est au pouvoir, c'est rare. A l'époque du RPF, où quand le PS avait la grande majorité de 452 députés en 81, le président du groupe, un grand personnage qui s'appelait Pierre Joxe entendait certes les sensibilités différentes du Parti socialiste, qui allait de Chevènement aux radicaux de gauche. Mais très franchement, c'était le son de cloche qui venait de l'Elysée qui décidait.

Une forte présence en hémicycle, un moindre ancrage territorial 

Autre facteur de changement : le non-cumul des mandats, qui entraîne mécaniquement une plus forte présence à l’Assemblée puisque les députés ne disposent plus de mandats exécutifs locaux. En 2012, 476 députés sur 577 exerçaient au moins un autre mandat électif. L’une des évolutions majeures de cette première année de nouvelle législature est donc la disparition de la figure du député-maire, caricaturé, parfois à juste titre, en baron local plus attaché à sa réélection en circonscription qu’au travail législatif à l’Assemblée. 

Moins de mandats locaux, plus de présence à l’Assemblée : la loi sur le non-cumul des mandats entrée en vigueur en 2017 explique en partie la forte présence des députés en hémicycle. Mais cette présence et ces pics d'activité parlementaire ne sont pas beaucoup plus importants que ceux enregistrés sous la législature Hollande, selon Tangui Morlier, confondateur de Regards citoyens, l’association qui gère la plateforme nosdéputés.fr sur laquelle on peut s’informer sur l’activité parlementaire des députés.

Tangui Morlier
Tangui Morlier Crédits : Léa Mormin Chauvac - Radio France
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3 min
Tangui Morlier : "Il y avait déjà une très forte augmentation de l'activité parlementaire sous Hollande"

En revanche, cette forte présence explique peut-être aussi un moindre ancrage territorial. Se faire connaître dans sa circonscription est un processus long, qui nécessite d’y passer du temps et une certaine habileté politique. Et certains députés tiennent à continuer d'exercer leur activité professionnelle pendant leur mandat. Ou après. Comme l’expliquent Luc Rouban et Jean-Michel Djian, l’une des grandes nouveautés apportées par les nouveaux visages de cette Assemblée est l’idée que l’on n’est pas député à vie. Une idée qui semble avoir fait son chemin. Au micro de Stéphane Robert, le vice-président de l’Assemblée, Yves Jégo, seize années de vie parlementaire au compteur, annonçait mardi 19 juin qu’il se retirerait le 15 juillet de la vie politique pour, entre autres, ne pas être “celui qui s’accroche”. 

Vos réactions

Pour ce Hashtag, nous avons d'abord tenté de contacter des associations qui avaient interpellé les candidats à l'élection législative en mai 2017. Nous avons ensuite fait appel à vos témoignages, mais vous avez été moins nombreux à réagir que d'habitude. Voici quelques-unes de vos réactions : 

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Intervenants
  • homme politique
  • directeur de recherche au CNRS / CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po), auteur notamment de « Quel avenir pour la fonction publique ? », ed. La documentation française, 2017.
  • administrateur de l’association Regards citoyens
  • Rédacteur en chef de France Bleu Orléans

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