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Exposition à Bayeux en ce moment de photos de Jan Grarup. Images au cœur du conflit contre l’État islamique pour libérer Mossoul

Photoreporters, lycéens : ce qu'ils tirent des images de guerre

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#mesimagesdeguerre |Chaque année, le Prix Bayeux récompense les meilleurs reportages de guerre. L'occasion de nous plonger dans les images de guerre et de nous demander ce qui a changé depuis les toutes premières photos qui remontent à la guerre de sécession. Témoignages recueillis par Valérie Crova.

Exposition à Bayeux en ce moment de photos de Jan Grarup. Images au cœur du conflit contre l’État islamique pour libérer Mossoul
Exposition à Bayeux en ce moment de photos de Jan Grarup. Images au cœur du conflit contre l’État islamique pour libérer Mossoul Crédits : Valérie Crova - Radio France

Elles nous parviennent du monde entier, et sont souvent des témoignages poignants, parfois insupportables à regarder. Les images des conflits sont omniprésentes aujourd’hui, et, chaque année en ce début octobre, elles se retrouvent exposées et étudiées à Bayeux pour le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

Professionnels de ces images ou spectateurs plus ou moins volontaires, ils nous ont témoigné de leurs expériences.

Hugo a 16 ans. Il est en première ES

Jamais autant de photos n’ont été diffusées sur les réseaux sociaux, devenus l’un des vecteurs de communication privilégiés par la jeune génération. Des élèves du Lycée Gustave Flaubert de Rouen ont voté pour un reportage télé en début de semaine qui sera récompensé par le prix Bayeux des lycéens. Hugo était l'un d'entre eux.

La première chose que je regarde dans une photo, c'est si c'est une image descriptive ou si il y a une action prise sur le fait. Et les journalistes qui courent je trouve que cela permet de montrer vraiment la panique créée par la guerre, plutôt que des images statiques. Mais il y a beaucoup trop de diffusion d'images d'horreur en continu, ce qui crée la banalité de l'horreur. Après, il y a un problème avec ce type d'images sur les réseaux sociaux. J'en ai parlé avec plusieurs amis à moi à propos de Facebook et ils ne savent pas forcément faire la différence entre le faux et le vrai.

Alain Genestar, le directeur de Polka magazine

Cette figure du milieu journalistique et photographique a auparavant été directeur de Paris Match et du Journal du Dimanche. Au cours de sa carrière, il a publié de nombreuses photos de guerre. Pour les professionnels de la presse, la plus grande difficulté est de faire le tri parmi toutes les images qui nous parviennent par les réseaux sociaux.

Une image de guerre montre une facette de la guerre. Sachant qu'il y a 1 000 facettes de la guerre. Donc, ce n'est pas forcément une image violente. C'est une image qui informe, qui décrit, qui témoigne. Mais aujourd'hui, les guerres sont à la fois mieux couvertes, et moins bien. Mieux couvertes parce que des photos arrivent de partout. Il n'y a pas un endroit dans le monde aujourd'hui où l'on peut commettre des exactions sans qu'il y ait un appareil photo ou un téléphone avec appareil et on peut transmettre relativement facilement. Mais, on ne sait pas qui a pris toutes ces photographies, on ignore les circonstances, il y a des dispositifs aujourd'hui avec le numérique où l'on peut truquer la photo. Donc ces images peuvent à la fois nous informer et nous désinformer.

La surabondance d’images est donc devenu un sujet majeur de préoccupation. Pour certains, elle peut avoir un effet pervers, dans le sens où elle peut banaliser la souffrance et contribuer à rendre ceux qui les regardent indifférents. "La banalité de l'horreur" dénoncée par Hugo. Ce n’est pas l’avis de Jean-Pierre Mauplin, croisé à Bayeux face à des images de la guerre en Syrie et en Irak. Il a 62 ans.

Crédits : Valérie Crova - Radio France
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"Aujourd'hui, on est inondé d'images sans importance, alors que les images de guerre sont de vraies images importantes"

"Je regarde surtout le peuple, qui est souvent affaibli"

Si elles choquent au premier abord, certaines images de guerre ont également pour but de créer de l’empathie. Emmanuelle est élève en première ES au lycée Gustave Flaubert de Rouen. Elle a visionné avec sa classe des reportages TV qui sont en compétition au Prix Bayeux.

La souffrance des enfants est ce qui m'a semblé le plus difficile à regarder dans ces images. Et la souffrance en général, voir tous les bâtiments détruits, voir des enfants meurtris, des mères tristes, perdues, qui ne trouvaient plus leurs parents, leurs enfants étaient morts.

Devant une photo prise en Irak où l'on voit un cadavre avec les mains ligotées dans le dos, Gauthier, 26 ans, ressent une certaine compassion. "On a vraiment une empathie pour ce qui se passe là-bas et une vraie compréhension".

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"Cette photo, c'est l'emprisonnement de Daech et la libération de Mossoul à la fois. Et cela soulève des questions."
Gauthier
Gauthier Crédits : Valérie Crova - Radio France

Laurence Geai, jeune photo reporter indépendante de retour d'Irak

Photographier la souffrance des civils qui fuient la guerre : c'est ce que fait Laurence Geai. "Je voulais comprendre la nature humaine, raconter peut-être le pire de l'homme", confie cette photo reporter âgée de 33 ans, dans le métier depuis trois ans. Assez active sur Facebook et Instagram, Laurence Geai vient de passer 6 mois en Irak, en particulier à Mossoul.

Je me pose toujours en témoin. Je veux vraiment raconter le calvaire des victimes : ces enfants, ces femmes, ces hommes, qui ne sont pas combattants ni d'un côté ni de l'autre et qui souvent ont subi trois ans sous Daech, à Mossoul. Pour moi, c'est ce qu'il faut raconter : ce que les populations qui n'ont rien demandé subissent à cause de la guerre. (...) Aujourd'hui, j'utilise Facebook et Instagram. Quand il y a un gros coup de news, une journée difficile et que je ne suis pas en commande, je raconte sur mon réseau. Donc là, cela informe d'une part, et cela montre que je suis sur zone si quelqu'un a besoin. Et quand je publie sur Facebook, ce sont 4 ou 5 photos qui racontent une histoire.

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Reportage réalisé avec l'aide d'Eric Chaverou

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