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Plastique : la guerre est déclarée !

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À retrouver dans l'émission

350 millions de tonnes de plastique sont produites et consommées dans le monde. Le plastique a envahi notre vie, notre environnement et nos océans. Est-il irremplaçable ? N'existe-t-il pas de substitut moins polluant ? Peut-on en limiter nos usages ? Comment mieux le recycler ?

Crédits : Jean-François Frey / L'Alsace - Maxppp

Dans les années soixante, le plastique était fantastique. Il représentait un progrès pour des générations entières qui découvraient cette matière légère, résistante, colorée et bon marché. Le plastique déclinable à l’infini a peu à peu envahi tous les domaines de notre vie : meubles, design, mode, jouet, automobile, bâtiment…. il est partout ! Au point que, très tôt, la question de son recyclage se pose. Dès les années 1970, les premières alertes sont lancées mais la société de consommation ne fera qu’entraîner le mouvement un peu plus loin. Plastiques jetables, plastiques à usage unique, suremballage, la course folle du plastique continuera jusqu’à découvrir aujourd’hui un huitième continent de déchets plastiques dans le Pacifique Nord, grand comme trois fois la France !

350 millions de tonnes de plastique sont produites et consommées aujourd’hui dans le monde, dont la moitié en Asie et 18,5 % en Europe. La France produit à elle seule 6 millions de tonnes de plastique et en exporte plus d’un million de tonnes. [lire en bas de page notre petit lexique du plastique et les dernières lois]

"Se passer de plastique, c'est remettre complètement en cause le modèle de vie auquel nous sommes habitués et attachés"

Pour Eric Quenet, le directeur de la Région Ouest Europe de PlasticsEurope, l'association des producteurs de matières plastiques européens réunissant les plus gros acteurs du secteur comme Total, ExxonMobil, BASF ou encore Arkema, il est impossible de vivre sans plastique, sinon de renoncer à la voiture, au téléphone portable et à tout le confort moderne. 

Eric Quenet, directeur Région ouest Europe de PlasticsEurope.
Eric Quenet, directeur Région ouest Europe de PlasticsEurope. Crédits : Annabelle Grelier - Radio France

"Chez PlasticsEurope, le plastique ne doit pas être un déchet mais une ressource" assure-t-il. Sa filière de recyclage en France, Valorplast, recycle près de la moitié des déchets plastiques issus des centres de tri des collectivités locales. Un recyclage chimique qui permet l'utilisation de ces matières polymères en de nouveaux produits ou objets plastiques. Eric Quenet refuse aujourd'hui la diabolisation qui est faite au sujet du plastique. 

C'est une matière qui représente le meilleur compromis entre la performance technique et économique dans de nombreux usages affirme-t-on du côté des producteurs de plastique pétrosourcé. 

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Eric Quenet de PlasticsEurope : "Nous ne sommes pas 100% exempts mais pas 100% coupables"

Toujours selon PlasticsEurope, pour la première fois en 2016 le taux de plastique recyclé en Europe a dépassé le taux de plastique qui a fini en décharge. Mais la France n'est pas le meilleur élève en la matière, loin s'en faut. L'objectif fixé par Bruxelles est d'atteindre 90% de bouteilles en plastique collectées en 2029 quand la France en est à peine à 57%, loin derrière le Danemark, la Suède ou encore l'Allemagne qui ont déjà mis en place le système de consigne.

Et la planète dans tout ça ?

L'ONG Zero Waste s'est donnée comme priorité absolue de réduire la production et la consommation de plastique. 

En France, on consomme chaque année 5 millions de tonnes de plastique. Les quantités sont telles que l'on ne peut pas les gérer convenablement, les filières de recyclage n'y suffiront pas, il y aura forcément des fuites dans la nature, alerte Laura Châtel, porte-parole de Zero Waste

Laura Châtel, porte parole de l'ONG ZeroWaste
Laura Châtel, porte parole de l'ONG ZeroWaste Crédits : Annabelle Grelier - Radio France
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Laura Châtel de l'ONG ZeroWaste : "Il faut impérativement réduire la production et notre consommation de plastique"

"Il faut donc impérativement baisser notre consommation de plastique !", intime l'ONG qui cible tout particulièrement les plastiques à usage unique. La bête noire reste l'emballage qui représente 45% des usages du plastique. Et il y a dans ce domaine de nombreuses sources d'économie et d'évitement possible. Zero Waste demande par exemple qu'il soit inscrit dans le projet de loi sur le gaspillage et l'économie circulaire l'interdiction des emballages et de la vaisselle jetable pour tous les repas pris sur place dans les établissements de restauration. Selon l'ONG, 13 milliards d'unités d'emballage sont utilisées dans la restauration rapide, on pourrait déjà en éliminer la moitié pour les repas pris sur place. A l'échelle d'une multinationale comme McDonald's, cela représenterait 50 tonnes d'emballage évitées par jour. 

Zero Waste réclame également la mise en place de quotas pour les grandes entreprises, qui leur imposerait une proportion minimum d'emballages réutilisables pour les produits qu'elles mettent sur le marché.

Comment remplacer le plastique ?

Depuis des années, des recherches ont été lancées pour trouver des produits de substitution au plastique. Matériaux biosourcés, recyclables, biodégradables. Les alternatives sont nombreuses : en France, par exemple, l'entreprise Algopack, à Saint-Malo, travaille sur des plastiques d'origine végétale à base d'algues. Aux Etats-Unis, des chercheurs d'Harvard ont mis au point des plastiques à base de carapace de crustacés. Au Mexique, on planche sur l'amidon de banane, ou encore en Inde sur des huiles végétales. Plus récemment, des scientifiques chiliens ont trouvé un plastique qui peut se dissoudre dans l’eau en 5 minutes quand il faut 150 à 500 ans pour le plastique traditionnel. Ces chercheurs chiliens ont remplacé le pétrole par du calcaire qui n’a pas d’impact sur l’environnement. 

Des industriels oeuvrent également et communiquent à ce sujet. Danone nous a ainsi directement répondu via Twitter :

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Mais tous les substituts ne se valent pas et certains ne sont pas beaucoup plus dégradables que le plastique issu du pétrole, voire trop coûteux en énergie pour les produire. Pour faire le tri entre vraies et fausses bonnes idées, le CNRS vient tout juste de publier un billet de blog où chaque citoyen peut s'informer et questionner les scientifiques.  

Jean François Gérard, directeur adjoint scientifique de l'Institut de Chimie
Jean François Gérard, directeur adjoint scientifique de l'Institut de Chimie Crédits : Annabelle Grelier - Radio France

Directeur adjoint scientifique de l'Institut de Chimie du CNRS, Jean-François Gérard a écrit ce billet avec Sophie Guillaume. Il assure que des substituts écologiques et économiquement viables existent.

De très belles solutions sortent de nos laboratoires. Par exemple, le PHA des polymères produits par des enzymes ou le PLA qui est issu de l'acide lactique, qui est biosourcé et biodégradable qui se substituerait au PET des bouteilles plastiques classiques. Pour autant, il faut la volonté de changer la manière de concevoir et d'utiliser les plastiques et la plus grosse difficulté à dépasser est le prix.

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15 min
Jean-François Gérard, directeur adjoint scientifique de l'Institut de la Chimie : "De nombreuses solutions sortent de nos laboratoires"

Les nouvelles solutions sont toujours plus chères face à des polymères pétrosourcés qui sont des plastiques peu onéreux, ils sont faciles à utiliser et on sait les produire en grande quantité. Sans une législation sévère et une pression forte de l'opinion publique toute nouvelle solution n'avancera que lentement. 

Le problème est que toutes nos réglementations sont dirigées sur la gestion des déchets plastiques pour arriver au mieux à le recycler mais très peu de mesures visent à réduire la production et la consommation, déplore l'ONG Zero Waste. 

Et l'économie bleue ? 

"Inventeur de l’économie bleue, concepteur de nouveaux modèles d’affaires et fournisseur de solutions reposant sur ce qui est disponible." C’est ainsi que se présente sur Twitter Gunter Pauli, que ses amis n’hésitent pas à présenter comme un prophète; le Steve Job du développement durable, entend-on aussi. Après une expérience d’industriel dans le domaine des détergents verts en Belgique, il prend conscience de l’impact de son activité sur la déforestation liée à la culture des palmiers à huile, dont il utilise l’huile pour sa production de lessives. Il vend son affaire et se consacre au développement durable. Le réseau Zeri (zéro émission zéro déchets) réunit autour de lui au sein d’une fondation plus de 3 000 chercheurs et un millier d’entreprises de par le monde. La pédagogie de l’économie bleue repose sur une bible de projets réussis dans le monde entier (surtout en Asie, Afrique et Amérique Latine) et un livre de contes écologiques pour enfants, Les fables de Gunter, que le gouvernement chinois a déjà choisi d’enseigner dans toutes les écoles chinoises.

Gunter Pauli fondateur de l'Economie Bleue.
Gunter Pauli fondateur de l'Economie Bleue. Crédits : Stephano Montesi - Getty

Pour Gunter Pauli, il faut qu'une autre industrie émerge et que des jeunes entrepreneurs prennent la relève pour une nouvelle économie. "Il y a des intérêts qui ne sont pas à l'écoute de cette transition dont nous avons besoin", affirme-t-il. Cet économiste de formation qui parcourt depuis plusieurs années le monde pour se dédier à son métier de conférencier est aussi très sévère sur les directives européennes et autres législations sur le plastique à usage unique : "Cela fait 25 ans que nous aurions dû faire le pas, comment peut-on voir cela comme un succès ?"

Pourquoi est-il impossible d'imposer que tous les plastiques se dégradent dans l'eau, dans la terre ou au soleil, alors que les solutions scientifiques sont connues ?"

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8 min
Gunter Pauli : "Il y a des intérêts qui ne sont pas à l'écoute de cette transition dont nous avons besoin"

Et d'espérer que les industriels qui y croient avec les scientifiques qui ont des solutions aient l'opportunité d'accélérer l'introduction de ces innovations.

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Petit lexique des plastiques

  • Le terme générique « bioplastiques » peut prêter à confusion car il désigne à la fois des plastiques biosourcés (fabriqués en totalité ou en partie à partir de composants naturels renouvelables) ou des matières plastique biodégradables. Or, certaines matières biodégradables peuvent parfois provenir de ressources fossiles. 
  • Des bioplastiques peuvent aussi combiner ces deux propriétés (biosourcés et biodégradables), mais c'est loin d'être toujours le cas : ainsi, sur 2 millions de tonnes de bioplastiques produits dans le monde en 2017, moins de la moitié était biodégradable, selon la fédération European Bioplastics. La production globale de bioplastiques représentait l'an dernier moins d'1 % du marché mondial des polymères. 

Les dernières législations 

LOI n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l'environnement (1) créée l’article L541-10-5 du code de l’environnement relative à la mise en place d’une obligation de tri des emballages ménagers, d’une obligation d’étiquetage des consignes de tri par les producteurs et de points de collecte des déchets d’emballage à la charge des grandes surfaces de plus de 2500m2 dans l’objectif d’être opérationnel à compter du 1er janvier 2015. Ce texte a été modifié 4 fois depuis, dont :

1. – En 2014, les emballages en verre sont exclus de cette procédure.

2. LOI n° 2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte (1) amende largement ce texte pour introduire des mesures d’interdiction. - sacs de caisse et sacs plastiques à usage unique (1/12016 et 1/1/2017) - gobelets, assiettes et couverts en plastique jetables (1/1/2020) sauf si issus de matières biosourcées

3. Loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages (1) allonge la liste des interdictions aux bâtonnets ouatés (1/1/2020) et produits cosmétiques rincés à usage d'exfoliation ou de nettoyage comportant des particules plastiques solides (1/1/2020), à l'exception des particules d'origine naturelle.

4. la dernière fois par la LOI n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous (1) allonge la liste des interdictions. Les nouvelles interdictions concernent la restauration collective et notamment les cantines scolaires. Au 1er janvier 2025, il est mis fin à l'utilisation de contenants alimentaires de cuisson, de réchauffe et de service et à compter du 1/1/2020 aux bouteilles en plastique.

Projet de loi contre le gaspillage et l'économie circulaire 2019.

Objectifs chiffrés : Le Sénat a inscrit dans la loi l'objectif de 100% de plastique recyclé d'ici au 1er janvier 2025, porté par le gouvernement.  . Il a fixé un objectif global de réduction des déchets de 15% d'ici à 2030 par rapport à 2020 ; un objectif de doublement d'ici à 2030 des tonnages de déchets ménagers effectivement réutilisés, pour atteindre 5% ; et encore un objectif de réduction de moitié de la mise sur le marché d'emballages en plastique à usage unique en 2030 par rapport à 2020 et encore de moitié en 2040 par rapport à 2030. 

Information du consommateur. Le texte vise à améliorer l'information sur les qualités environnementales des produits, notamment l'incorporation de matières recyclées, les possibilités de réemploi, la recyclabilité, la présence de substances dangereuses.  Il met en place, à partir du 1er janvier 2021, un indice de "réparabilité" pour les équipements électriques et électroniques, sur le modèle de l'étiquette énergie. Il rend obligatoire l'information sur la disponibilité des pièces détachées nécessaires à la réparation des équipements électriques, électroniques et des biens d'ameublement.  Il prévoit la généralisation d'une signalétique sur le geste de tri, via le logo "Triman". Les sénateurs ont prévu une pénalisation financière pour les producteurs qui apposent un autre logo, le "point vert", sur leurs produits, considérant qu'il induit en erreur le consommateur, car il ne signifie pas que le produit est recyclable.  

Le Sénat a rendu obligatoire à compter du 1er janvier 2022 la mise en place d'un "compteur d'usage", visible pour le consommateur, sur les lave-linge, télévisions, smartphones, à l'instar du compteur kilométrique sur les voitures.    

Lutte contre le gaspillage. Le texte crée une obligation de réemploi (incluant le don), de réutilisation ou recyclage des invendus de produits non alimentaires neufs, par les producteurs, importateurs et distributeurs, y compris pour la vente à distance. Le Sénat a assorti l'interdiction de destruction de ces invendus d'un barème de sanctions. Concernant les invendus alimentaires, le Sénat a rehaussé les sanctions contre la destruction de denrées consommables, prévu la mise en place de contrôles aléatoires de la qualité des dons des grandes surfaces aux associations, étendu aux marchés l'obligation de proposer aux associations les denrées invendues encore propres à la consommation.   

Développement du vrac. Le texte prévoit que tout consommateur "peut demander à être servi dans un contenant apporté par ses soins, dans la mesure où ce dernier est visiblement propre et adapté à la nature du produit acheté".    

Filières pollueur-payeur. De nouvelles filières pollueur-payeur sont créées : à compter de 2022 pour les matériaux de construction, les jouets, les articles de sport et de loisir, les articles de bricolage et de jardinage, dès 2021 pour les produits du tabac avec filtres, et en 2024 pour les lingettes pré-imbibées pour usages corporels et domestiques. Le Sénat a étendu cette filière à l'ensemble des textiles sanitaires (couches, serviettes...) et a appliqué le principe pollueur-payeur aux producteurs de chewing-gums.   

Consigne. Le texte voté par le Sénat prévoit la mise en place d'une consigne pour réemploi et réutilisation, mais exclut la consigne pour recyclage des bouteilles en plastique que souhaite mettre en place le gouvernement d'ici la fin du quinquennat.    

Tri, chasse au plastique. Interdiction de tous les produits fabriqués à base de plastique "oxodégradable" qui, en se fragmentant, participe à la pollution des océans. Interdiction à compter du 1er janvier 2021 de la distribution gratuite de bouteilles en plastique dans les établissements recevant du public. L'installation des corbeilles de tri dans l'espace public sera encouragée.   

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