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Depuis six ans, 1,5 million de femmes ont décidé d'arrêter la pilule en France.

Pourquoi j'ai décidé d'arrêter la pilule

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#jarrêtelapilule |Alors qu'elle reste le moyen de contraception le plus utilisé en France avec 4,5 millions de femmes qui l'avalent chaque jour, la méfiance grandit autour de la pilule, accusée d'être à l'origine de troubles vasculaires ou d'effets secondaires désagréables. Témoignages recueillis par Maxime Bacquié.

Depuis six ans, 1,5 million de femmes ont décidé d'arrêter la pilule en France.
Depuis six ans, 1,5 million de femmes ont décidé d'arrêter la pilule en France. Crédits : Maxppp

En six ans, un million et demi de femmes ont arrêté la pilule. C'est ce que révèle une étude de l'agence nationale de santé publique, publiée lundi, à la veille de la journée mondiale de la contraception. Cela ne signifie pas pour autant que les femmes se protègent moins qu'avant, puisque près de neuf femmes sur dix en âge d'avoir un enfant utilisent un moyen de contraception. C'est plutôt le signe d'une défiance qui grandit vis-à-vis de la pilule, commercialisée depuis une quarantaine d'années.

Si l'étude de l'agence nationale de santé publique démarre en 2010, il y a bel et bien un avant et un après 2012 selon les professionnels de santé, qui ont vu arriver dans leur cabinet de nombreuses femmes inquiètes après la polémique sur les effets des pilules de 3e et 4e génération, accusées à l'époque d'être à l'origine de problèmes vasculaires. Cette crise a fait prendre conscience aux femmes des effets hormonaux de la pilule, qui entraînerait de nombreux effets secondaires.

Elise, lycéenne de 17 ans, veut arrêter la pilule à cause des effets secondaires

"Je prends la pilule depuis un an, j’ai des effets secondaires, des gros maux de tête, des changements d’humeur, je ne me sens pas bien dans ma peau, des chutes de cheveux, des complications que je n’avais pas avant. J’en ai parlé à des médecins, ils m’ont dit que c’était normal. J'ai quand même changé de pilule mais ça a empiré les choses. Je m’énerve pour un rien, mentalement je ne suis pas bien. J’aimerais bien arrêter la pilule. J’en ai parlé à mon copain, on a réfléchi ensemble, on a essayé de trouver une solution, il est très compréhensif, on veut trouver une alternative."

Comme Elise, de nombreuses femmes se rendent compte aujourd'hui que des troubles du quotidien, comme les migraines, la prise de poids, la perte de cheveux, sont peut-être liés à la prise de la pilule. En témoignent vos très nombreuses réactions cette semaine sur les réseaux sociaux. Florilège :

Ces effets secondaires "bénins" sont la première raison de l'arrêt de la pilule, selon l'enquête réalisée par la journaliste indépendante Sabrina Debusquat. Après dix ans de pilule, elle a décidé d'arrêter de la prendre car elle ressentait, elle aussi, plusieurs effets secondaires. Elle se dit indépendante, apolitique, et loin des mouvements comme la Manif pour tous. Pendant un an, selon une méthode rigoureuse, elle a épluché toutes les études qu'elle a trouvées sur les effets de la pilule, a interrogé des experts indépendants et a été très surprise des résultats. "Au départ, je pensais écrire un livre sur tous les petits tracas liés à la pilule et faire une sorte de guide pratique pour les éviter. Mais plus j'avançais dans mon enquête, plus les résultats que j'obtenais étaient inquiétants."

Sabrina Debusquat, journaliste indépendante, auteure du livre J'arrête la pilule

Le point de départ de cette enquête, c'était le décalage que j'ai pu observer entre la parole des femmes et le discours médico-scientifique dominant, qui a plutôt tendance à dire que les effets secondaires bénins comme graves sont mineurs. Dès le début de l'enquête, je me suis rendue compte qu'il y avait énormément de conflits d'intérêts, je me suis donc bien attachée, tout au long de l'étude, à travailler avec des experts indépendants. J'ai également fait un sondage auprès de 3 616 femmes de 13 à 50 ans. 70 % des femmes ont vécu des effets négatifs indésirables liés à la pilule et j'ai été très étonnée de voir que le premier effet négatif ressenti, c'est la baisse de libido.

Depuis la parution de ce livre aux éditions LLL début septembre, l'auteure enchaîne les interviews. Car peu d'études avaient jusqu'à présent été menées et les résultats obtenus viennent renforcer le doute qui entoure les effets hormonaux liés à cette pilule. Mais pour le moment, il est difficile d'avoir des certitudes. "Je me suis rendue compte au cours de mon enquête que la technique scientifique actuelle ne permet pas d'estimer précisément les effets des hormones synthétiques. Le risque serait plutôt sous-évalué aujourd'hui."

Pilule diabolisée, danger ?

Attention malgré tout à ne pas diaboliser la pilule. C'est le message de plusieurs professionnels de santé qui ont signé cette semaine une tribune dans le journal Le Monde, pour mettre en garde contre un discours anxiogène qui, selon Caroline Rebhi, co-présidente du Planning Familial, "peut pousser certaines femmes à arrêter leur pilule du jour au lendemain", avec tous les risques que cela peut entraîner. Pour elle, il faut écouter et informer les femmes, pas leur faire peur. "Il faut vraiment donner les avantages de la pilule et les inconvénients, et laisser le choix. Aucun moyen de contraception n'est sans effet".

Caroline Rebhi, co-présidente du Planning Familial

La première méthode de contraception qu’on vient chercher reste la pilule, suivi du stérilet. Certaines femmes l’arrêtent parce que ça devient quelque chose de contraignant de prendre un comprimé tous les jours et puis certaines veulent passer à quelque chose de plus naturel, sans hormone, surtout les femmes âgées de plus de 25 ans. On a vu après la crise de la pilule en 2012 des femmes qui avaient complètement arrêté la pilule du jour au lendemain, d’autres qui voulaient se faire poser un stérilet, tout le travail a été de les accompagner dans l’information et de les rassurer. La prévention par la peur n’est jamais une bonne chose, on arrête sa pilule en cour de plaquette et les risques de grossesse arrivent.

Chaque semaine, le Planning Familial organise des consultations pour les femmes, notamment sur la contraception, et Caroline Rebhi constate un autre problème pour les femmes qui prennent la pilule. "On voit aussi tous les jours des femmes qui veulent changer de moyens de contraception, qui veulent passer à l’implant ou au stérilet et des professionnels qui refusent de les poser. Par exemple, on a reçu une lettre d’une femme qui nous alerte parce que son médecin refuse de lui poser un stérilet. Il y a encore des freins à la contraception prolongée."

Le stérilet séduit de plus en plus de femmes mais certains praticiens refusent de les poser

Ces praticiens ont le droit de refuser de poser un stérilet, mais ils sont tenus ensuite de rediriger leur patiente vers un médecin ou un gynécologue volontaire. Surtout qu'il y a de plus en plus de femmes qui veulent passer au stérilet. Aujourd'hui, près d'une femme sur cinq qui se protège utilise un implant, un chiffre en augmentation de 25 % par rapport à 2010, toujours selon cette étude de l'agence nationale de santé publique.

Après quinze ans dans le monde hospitalier, Véronique Bigorie est depuis un an et demi gynécologue obstétricien en libéral dans le 15e arrondissement de Paris. Cette évolution ainsi que les réticences de certains confrères, elles les constate. "On voit c’est vrai plus de femmes qui veulent un moyen de contraception dit « mécanique » mais souvent après une première expérience de contraception orale par pilule, ayant engendrée des effets secondaires qui ne sont pas majeurs sur le plan médical mais qui entraînent des désagréments pour ces femmes-là. Je pose d’ailleurs des stérilets chez des femmes de plus en plus jeunes, autour de 18-20 ans. Mais c’est vrai que ça m’arrive aussi de recevoir des femmes à qui on a refusé de poser un stérilet."

Véronique Bigorie, gynécologue obstétricienne à Paris

"Refuser de poser un stérilet, c’est une attitude que je ne comprends pas parce que les contre-indications sont rares et on peut poser un mini stérilet chez des femmes nullipares, ça m’arrive très fréquemment. La jeune génération ayant une vie moins linéaire sur le plan professionnel et personnel, les jeunes femmes peuvent alterner entre les modes de contraception et ne pas prendre la pilule par habitude, comme certaines femmes de 45 ou 50 ans qui ne se sont jamais posé la question et qui ont pris la pilule toute leur vie."

La pilule traverse donc une zone de turbulences, alors qu'au moment de sa légalisation, en 1967, elle représentait la liberté pour beaucoup de femmes, qui n'avaient bien souvent que le préservatif comme moyen de contraception. "Ma génération, quand on a vu arriver la pilule, c'était formidable, parce qu'on n'avait pas le choix à l'époque. J'ai l'impression d'une régression aujourd'hui," regrette Monique Fenet. Psychologue, aujourd'hui retraitée, elle est bénévole au Planning Familial à Paris. Lors des consultations auxquelles elle assiste, elle voit de plus en plus de jeunes femmes faire part de leurs doutes et de leurs inquiétudes. "Il y a de la peur, c'est indéniable. Mais elles ont la chance d'avoir le choix dans la contraception aujourd'hui, c'est ce que je leur dis".

Monique Fenet, psychologue, bénévole au Planning Familial

Je ne me souviens pas à l'époque, avec mes copines, avoir eu des effets secondaires. C'est peut-être aussi parce qu'on était tellement contente d'avoir quelque chose que les effets secondaires qu'on les ignorait. On ne voulait pas les voir. Aujourd'hui, je regrette d'entendre qu'il suffit de surveiller son corps et sa glaire vaginale pour être sûr de ne pas être enceinte. A mon époque, je pratiquais le "retrait" et ça ne m'a pas empêché de tomber enceinte.

La pilule, Anaïs l'a avalée pendant plusieurs années quand elle était jeune. "J'avais une relation stable, je trouvais ça pratique avec mon copain." Mais quand elle s'est séparée de son compagnon, la pilule est devenue un fardeau pour elle. Anaïs est expatriée au Vietnam et envisage de revenir à la pilule. C'est pour cela qu'elle s'est rendue cette semaine au Planning Familial.

Anaïs, 31 ans, a arrêté la pilule depuis trois ans

J'ai décidé d'arrêter la pilule quand je me suis retrouvée célibataire. Je trouvais ça contraignant de la prendre tous les jours et je ne voyais en plus aucun intérêt à la prendre chaque jour. Au niveau des effets secondaires, j'ai eu la chance de ne pas en ressentir. La pilule m'a même permis d'avoir des règles moins douloureuses. Depuis trois ans, j'utilise le préservatif, mais ça m'est arrivée aussi d'utiliser la pilule du lendemain comme moyen de contraception pour réparer des bêtises.

La symptothermie, quézako ?

Anaïs a réfléchi à d'autres moyens de contraception comme l'implant ou le stérilet mais des témoignages autour d'elle l'ont dissuadé de franchir le pas. Il n'y a donc pas de méthode miracle, sans effet ou sans effort. L'implant progresse ( 4,3 % en six ans) malgré tout, mais il reste marginal chez les femmes de 15 à 49 ans avec 2,4 % qui l'utilisent. Une méthode revient de plus en plus également dans les témoignages de femmes qui se renseignent pour trouver un moyen naturel de se protéger : la symptothermie.

Capture d'écran sur la page Facebook d'Hashtag
Capture d'écran sur la page Facebook d'Hashtag

Cette méthode consiste à repérer l'ovulation et donc à connaître précisément la période où la femme est fertile. Pour cela, il faut prendre sa température au réveil et surveiller sa glaire vaginale. "C'est un tout petit effort quotidien qui permet de ne se protéger que dix à quinze par mois," explique Sabrina Debusquat, qui a opté pour cette méthode.

Et les hommes dans tout ça ?

Partager la contraception devient une préoccupation de plus en plus de couples. L'homme veut prendre sa part et si le préservatif permet déjà de partager l'effort, il existe également une méthode qui permet à l'homme d'assumer seul la contraception.

Depuis 2001, la vasectomie est autorisée en France et si seulement quelques milliers d'hommes ont franchi le pas dans notre pays, en Chine ou dans les pays francophones, c'est une méthode très répandue. L'opération est réalisée sous anesthésie locale, coûte 67 euros, et permet d'empêcher les spermatozoïdes d'arriver dans l’urètre. La vasectomie n'empêche pas l'éjaculation mais c'est une méthode définitive qui ne s'adresse donc qu'aux hommes qui ne veulent plus avoir d'enfant.

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