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Illustration du carnaval de Dunkerque 2017.

Pourquoi le carnaval est une fête intemporelle et universelle

4 min
À retrouver dans l'émission

#CestCarnaval |Que ce soit à Dunkerque, Nice, ou Rio, que viennent chercher les carnavaleux dans ces ambiances de chars, de danses et d'alcools ? Pourquoi ces fêtes à l'envergure internationale et vieilles de plusieurs siècles attirent-elles toujours autant de monde ? Témoignages recueillis par Valentine Letesse.

Illustration du carnaval de Dunkerque 2017.
Illustration du carnaval de Dunkerque 2017. Crédits : Sylvain Lefevre - Getty

Ils sont des dizaines de milliers à participer au carnaval de Dunkerque chaque année, des millions à celui de Rio de Janeiro, 150 000 entrées payantes comptabilisées à Nice l'an passé, pour ne citer que les plus connus. Au milieu des chars, les gens revêtent leurs plus beaux costumes pour danser, s'amuser, se retrouver. La tradition du carnaval née pendant l'époque médiévale perdure et vit toujours au XXIe siècle avec autant de succès et d'engouement. Alors se pose cette question, qu'est-ce que cette fête universelle procure à ses participants dans le monde entier pour traverser le temps ? Si pour certains le carnaval est un pan entier de leur culture, pour d'autres qui l'ont découvert par hasard, ce sont ses valeurs qui les ont séduits, plus que le masque. 

"Le Carnaval c'est identitaire et une part de mon identité", Stéphane, carnavaleux de Dunkerque

Lancer de harengs depuis le balcon de l'hôtel de ville, traditionnelle Cantate à Jean Bart, chahuts et rigodons, tambours et bas résilles sont l'essence du carnaval de Dunkerque. C'est aussi celle de Stéphane, un "charmant gaillard de 35 ans" comme il se décrit lui-même. Le carnaval, il est "tombé dedans quand il était petit" pour citer la formule consacrée. Dans le Nord, les festivités commencent début janvier et se terminent fin mars. Alors pour le Dunkerquois, c'est trois mois de bals chaque weekend avec les bandes, même si le temps fort reste les Trois Joyeuses, autour de mardi gras. Stéphane devient Tigrou, une "belle jeune femme en mini-jupe léopard", et finalement une part de son identité. 

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Dans le monde on a tous nos folklores qui font partie de nous. C'est pour ça que je dis que c'est identitaire, moi c'est une part de mon identité, le carnaval. C'est un moment dans l'année où je revois tout le monde, tous ceux que j'aime. J'ai des amis qui viennent de loin, qui dorment à la maison. Et puis il y a l'autre coté lié à la démesure, c'est un moment de fête intense où on peut se permettre pendant quelques jours de faire n'importe quoi mais dans le respect de l'autre. De temps en temps, ça fait du bien de lâcher prise et pour moi, c'est porter une mini-jupe léopard. Pendant trois jours et un peu plus, je ne suis plus Stéphane, je suis Tigrou. Je suis une belle femme panthère. Être derrière ce masque, ça permet d'être quelqu'un d'autre et de mieux couper de la réalité. C'est hors du temps.

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"J'ai des copines ingénieures, architectes, moi je suis assistante. Il y a vraiment tous les milieux", Louise, carnavaleuse de Bailleul

Une fête hors du temps où tout, (ou presque), est permis. Un total lâcher prise sur sa vie, c'est ce qui a séduit Stéphane, mais aussi Louise. Cette jeune femme participe depuis plus de 13 ans au carnaval de Bailleul dans les Hauts-de-France. Plus petit, mais tout aussi fou. "C'est bon enfant, ça fait du bien. Alors on le fait tous les ans" résume la Nordiste. Un rituel avec ses amies toutes mamans, qui leur permet de retrouver la légèreté de leur ancienne vie d'adolescente. Mais aussi un moment où les barrières sociales tombent. Derrière le costume de pirate se cache une architecte. Les mollets enveloppés de bas résilles sont ceux d'un PDG. Le marin est en fait ouvrier. 

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Tout le monde est mélangé, on ne parle pas de boulot, on ne parle pas de ce qui ne va pas bien. On est là pour rigoler, tous déguisés, avec des musiciens. C'est léger. J'ai des copines ingénieures, architectes, moi je suis assistante. Il y a vraiment tous les milieux. [...] On sort les géants, on défile, on se retrouve le soir pour faire des chapelles. Les chapelles, c'est aller chez des gens qu'on ne connaît pas pour boire un verre, manger. Je l'ai fait samedi, j'ai pas dépensé un centime, je me suis fait inviter par tout le monde. C'était génial.

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"Le carnaval en Martinique, c'est sacré !", Frédérique, carnavaleuse à Fort-de-France

Si dans le nord de la France le carnaval est populaire, dans les DOM, ces festivités sont toujours sacrées pour sa population. "Le carnaval existe, parce que le Carême existe" nous rappelle l'historien Olivier Ryckebusch. Il est à replacer dans le calendrier liturgique de l'Église. Ces jours gras et de transgression précèdent les jours maigres et les fêtes de Pacques. 

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En Martinique, une partie des habitants toujours très attachés à la religion voit donc d'un mauvais œil cette "folie" raconte Frédérique. "À partir du mercredi des cendres normalement, on rentre dans le Carême. Là, on doit faire attention à ce qu'on mange et à ce qu'on fait." explique la jeune femme de 27 ans. Or, le carnaval se poursuit tout au long du mercredi à Fort-de-France. Après une expérience dans les défilés martiniquais, Frédérique, qui a également participé au carnaval de Dunkerque, se sent plus proche de ce carnaval emprunt de vieilles traditions. 

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Le carnaval en Martinique, c'est sacré. Les jours sont fériés autour du mardi gras, la vie s'arrête. Les seuls commerces qui tournent sont ceux des déguisements et des boissons. [...] Il y a plusieurs traditions. Il y a un Vaval, une grande statue qui défile tous les jours à partir du dimanche. À chaque fois il représente quelque chose de l'actualité martiniquaise. Cette année, c'était lié aux transports en commun, puisqu'il y un tramway qui est très attendu et qui ne voit jamais le jour. Donc ils ont représenté l'élu régional qui s'en occupe. [...] On s'habille aussi avec des thèmes définis, le lundi c'est le mariage burlesque : les hommes s'habillent en femmes, les femmes s'habillent en hommes. Le mardi gras c'est les anges et les démons et le mercredi des cendres, c'est en blanc et en noir.

"Le carnaval a cette propriété de se réinventer au fil des années", Olivier Ryckebusch, historien

Cet exutoire autorisé par l'Église a toujours le même objectif de nos jours, "permettre aux gens de se défouler" explique l'historien Olivier Ryckebusch. Dans la période médiévale, "le schéma festif était toujours le même, c'est-à-dire, des mascarades, des charivaris et des danses licencieuses". Mais aussi, "singer soit les autorités religieuses, soit les autorités civiles" explique le docteur en histoire. Rien dans cette période de jours gras n'est à prendre au sérieux selon lui. Y compris aujourd'hui. "Tout ce qui peut se faire le temps du carnaval, reste dans le temps du carnaval. Il ne faut pas prendre ça comme un message ou une affirmation de quelque chose. Ce n'est qu'une énorme farce, de l'humour potache. Après, on peut très bien comprendre que quelque chose puisse choquer, mais c'est vraiment à re-contextualiser". Un discours qui résonne forcément après la polémique du Black Face en France, notamment avec la Nuit des Noirs lors du carnaval de Dunkerque. 

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Le carnaval a choqué depuis son apparition au Moyen Âge. Alors pourquoi cette fête rassemble toujours ? Pour Olivier Ryckebush, trois éléments expliquent ce succès. La cohésion sociale, que ressent Stéphane de Dunkerque. Le principe d'égalité sous le masque, reconnu par Louise de Bailleul et enfin, l'identité collective soulevée par Frédérique avec la notion du sacré en Martinique. Surtout, le carnaval "a cette propriété de se réinventer au fil des années" développe l'historien. 

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La tradition du carnaval de Dunkerque par exemple, s'inscrit au XVIIIe siècle entre une tradition du mardi gras et le banquet offert par les armateurs aux marins. Puisqu’à l'époque, le poumon économique de Dunkerque est la pêche aux harengs et à la morue. Donc vous avez un croisement, si vous voulez, entre la fête du carnaval, le mardi gras et le festin offert par les armateurs. C'est une sorte de fruit hybride, métissage de traditions carnavalesques qui existaient depuis l'époque médiévale et de traditions maritimes flamandes. [...] Parfois, ils vont même emprunter certains codes ailleurs. À Dunkerque vous avez le traditionnel jet de harengs du balcon de l'hôtel de ville. Il date de 1978 et a été récupéré d'une tradition plus ancienne de la ville d'Ypres en Belgique. Où la tradition était de jeter des chats du balcon de l'hôtel de ville.

"C'est devenu un spectacle qui joue un rôle économique très important pour Nice", Denis Zanon, organisateur du carnaval de Nice

Plus qu'adopter certaines traditions, certains carnavals se transforment. À Nice par exemple, si le patrimoine du défilé de 17 chars avec fèves géantes est préservé, il relève aujourd'hui plus du spectacle à admirer que du carnaval où l'on vient se défouler. L'organisateur Denis Zanon le dit lui-même, "c'est un spectacle XXL". Pas d'alcool, contrôle et billet obligatoire. Ce spectacle est même devenu entièrement payant depuis trois ans. La ville a décidé de s'appuyer sur le succès de son carnaval connu dans le monde entier pour s'assurer des revenus en pleine période creuse pour le tourisme dans la ville azuréenne. 

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Le public se mêle aux chars dans le Corso Carnavalesque, défile avec les troupes, danse avec les danseurs. Mais c'est devenu un grand spectacle avec onze représentations de deux heures pendant les deux semaines de carnavals. Et il joue un rôle économique très important à Nice parce qu'il se déroule au mois de février. Ce qui correspond au trou d'air de l'année à Nice. Alors aujourd'hui le carnaval porte une grosse partie de l'économie touristique en février. On l'utilise comme un support de promotion très important à l'étranger puisque 60% des touristes sont étrangers. C'est devenu un élément de l'économie touristique à part entière.

Vous avez aussi témoigné sur les réseaux sociaux :

Félix Thuillier : Se faire balancer dessus des harengs sous la grêle c'est un bon kiff, non ?

Françoise Krumm : J'ai toujours détesté me déguiser, peut-être parce qu'enfant les masques me frustraient. Très myope, je ne pouvais pas en mettre avec mes lunettes ! Mais plus tard, instit' en maternelle, j'étais très bonne en création de masques et de déguisements. Et chaque année je cherchais une nouvelle idée, laissant au maximum l'enfant choisir et fabriquer lui même... De bons souvenirs... (je suis aujourd'hui retraitée). Et un de mes fils ADORAIT se déguiser et l'a fait plusieurs années, gagnant des prix au carnaval de l'endroit ou nous vivions. Alors que son frère, comme moi, n'aimait pas ça. 

Hashtag : Ce qui vous plaisait finalement c'était l'aspect artistique et créatif, Françoise Krumm ?

Françoise Krumm : Exactement... Une année ou l'école travaillait sur l'environnement et entre autre le recyclage des ordures, les enfants se sont même déguisés... en poubelles débordantes ! Une année, on avait travaillé sur le Carnaval des animaux et chaque enfant a choisi quel animal il voulait être. Même si plusieurs étaient des lions, on a cherché plusieurs façons de fabriquer la crinière.

Monique Tristram : L'enterrement de la sardine c'est rigolo pour les côtiers.

Yonis Urbain ! J'ai fait que regarder les carnavals de Guadeloupe... que regarder...

Hashtag : Et qu'est ce que ça vous inspire ? :)  

Yonis Urbain : Comment dire, pas grand chose. Puisque depuis l'enfance, on ne m'a pas fait comprendre la signification du carnaval, j'ai toujours regardé ce défilé comme une fête et puis c'est resté comme ça jusqu'à maintenant. Dans l'ignorance des choses et de beaucoup de choses d'ailleurs, voilà, bisous

Barnabé Dufion : Je suis trop vieux maintenant ! Ça doit faire 10 ans que j'y suis plus allé... ;-) En revanche, j'ai un ami qui se déplace chaque année au carnaval de Dunkerque depuis Nice ! Même enfant et même Niçois, je n'ai jamais trop aimé le carnaval. Y'a deux catégories d'enfants, ceux qui aiment se déguiser et les autres. Et je n'ai jamais trop aimé la foule non plus d'ailleurs. Je n'ai donc pas de souvenirs marquants du "vrai" carnaval de Nice car je ne m'y intéressais pas. C'est durant mes années fac que je suis allé aux carnavals indépendants de Nice. Je l'ai mis au pluriel car à l'époque nous faisions celui de Saint-Roch et celui du Port. Pourquoi ? Juste parce que c'était sympa ! On se baladait en ville en se jetant de la farine et des œufs à la gueule. En guise de déguisement, on se mettait juste de quoi se protéger les yeux et de vieilles fringues. De toute façon on était tous blancs au bout d'une demi-heure max. Il y avait toujours de la musique en tête de cortège. Une "Batucada" ou un "camion à son". Certains, plus volontaires que moi, faisaient des mini-chars avec des caddies ou autres, se déguisaient vraiment, et donnaient un côté plus "pantai" (http://www.nicerendezvous.com/dictionnaire-nicois...) ! En gros, on marchait, on se coursait, on se marrait, on dansait, et on se buvait un petite bière de temps en temps ! A la fois rien d'exceptionnel mais tous les ingrédients pour passer une bonne journée entre potes...

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