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Manifestation le 4 octobre 1999, à Paris, à l'appel de la CGT, pour réclamer une "amélioration" de la seconde loi sur les 35 heures

Qu'avons-nous fait de nos 35 heures ?

5 min
À retrouver dans l'émission

La loi Aubry fixant la durée hebdomadaire du temps de travail à 35 heures fête ses 20 ans cette année. Depuis son entrée en vigueur elle n'a cessé d'être vilipendée par la droite et le patronat et sont aujourd'hui détricotées par les ordonnances Macron. Les 35 heures, totem ou tabou ?

Manifestation le 4 octobre 1999, à Paris, à l'appel de la CGT, pour réclamer une "amélioration" de la seconde loi sur les 35 heures
Manifestation le 4 octobre 1999, à Paris, à l'appel de la CGT, pour réclamer une "amélioration" de la seconde loi sur les 35 heures Crédits : J.LDolmaire - Maxppp

Dans les années 90, en Europe, l'idée du partage du travail passant par la réduction du temps de travail était une idée novatrice, faisant plutôt consensus dans les milieux politico-économiques. Des sociétés expérimentent la baisse de la durée hebdomadaire du travail, avec différentes formules, comme en Allemagne, par exemple Volkswagen. Ce thème est aussi repris par certains patrons français, comme Antoine Riboud, le fondateur de Danone, ou Claude Bébéar, le patron d'Axa. La droite, au pouvoir, propose une législation non contraignante basée sur le seul volontariat des entreprises : c'est la loi Robien, rédigée par Gilles de Robien. 

La semaine des 4 jours aura séduit, à partir de 1993, 400 entreprises. Comme la Macif, Mamie Nova ou encore Fleury Michon. Une loi de fait abrogée quelques années plus tard avec les lois Aubry.

D'abord défendu dans une perspective de progrès social, mais aussi inspiré par une logique de partage du travail, le « passage aux 35 heures » s'inscrivait dans l'objectif prioritaire de créations d'emplois du programme du Parti socialiste pour les élections législatives de 1997. Avec les lois Aubry, la réduction du temps de travail devenait obligatoire.    

C'était il y a 20 ans

Les 35 heures ont été instaurées en deux temps. La loi dite "Aubry 1" (1998-1999) ouvrait un processus expérimental de négociations entreprise par entreprise, avec exonération de cotisations sociales pour celles qui concluaient des accords prévoyant des embauches. En 1999, la loi "Aubry 2" a été votée, applicable à partir de 2000. Elle a ramené la durée légale à 35 heures hebdomadaires, moyennant la généralisation et la pérennisation des exonérations de cotisations sociales. Les entreprises de moins de 20 salariés disposaient de deux ans supplémentaires avant de s’y plier à leur tour. En 2003, l’extension à toutes les entreprises de l’aide prévue dans la loi "Aubry 2" et la décision d’ouvrir un contingent annuel d’heures supplémentaires permettant à toutes les entreprises n’ayant pas signé d’accord de RTT de continuer à pouvoir de facto travailler 39 heures ont signé le gel du processus..

Les RTT...

Les RTT, acronyme quelque peu barbare apparu avec la loi Aubry au tournant des années 2000 est bien bien ancré aujourd'hui dans le langage courant. Ces jours de repos supplémentaires attribués aux salariés en plus des congés légaux pour rendre effective la réduction de la durée légale du travail à 35 heures par semaine ont fait les beaux jours de nombreux salariés et de l'industrie de loisirs et du tourisme. Pourtant, certains salariés n'en ont jamais vu la couleur, d'autres ont dû les rendre ou sont sur le point de les perdre quand d'autres encore ne peuvent carrément pas les poser, comme c'est le cas dans la fonction publique hospitalière. Les 35 heures n'ont en effet pas été négociées de la même manière dans toutes les entreprises. Les syndicats dans certaines branches professionnelles, en position de force, ont obtenu pour les salariés l’attribution de jours de RTT bien plus favorables que dans d'autres secteurs. 

Un goût amer

De multiples solutions ont été appliquées pour parvenir à la réduction du temps de travail et certaines entreprises se sont contentées de réduire le temps horaires journaliers quand d'autres ont été annualisés créant des disparités de traitements parmi les salariés, sans compter les entreprises qui pour compenser la réduction du temps de travail n'ont pas créé d'emplois. Pour certains salariés, les 35 heures ont encore un goût amer tant elles riment avec flexibilité et gel de salaire y perdant même certains droits, comme les temps de pause, les temps de transports décomptés du temps de travail. Pour le patronat, en revanche, elles ont le plus souvent été vécues comme un traumatisme , une perte de compétitivité et de productivité qui pour beaucoup ont conduit aux délocalisations dans les pays à bas coût et chantage à l'emploi. Encore aujourd'hui les 35 heures font polémique, de nombreuses études tendent à dire qu'elles n'ont pas été la catastrophe tant décriée. Pourtant, depuis 15 ans elles sont dans la ligne de mire des politiques de droite, jusqu'à la loi travail et les ordonnances Macron qui les ont grandement assouplies jusqu'à donner la possibilité de les dénoncer. Alors qu'en Allemagne, le syndicat IGMetal fait grève pour obtenir une réduction du temps de travail à 28h, qu'en Belgique le débat porte sur l'instauration des 4 jours. En France, le sujet semble tabou. Le réduction du temps de travail reste un symbole d'opposition entre la gauche et la droite, les patrons et les syndicats, les cadres et les non cadres, le public et le privé.

"Moi, c'est #jadoremes35h"

Feva Taïbi, biologiste médicale chez Areva, a été embauchée grâce aux 35 heures. Elle a d'abord témoigné sur Facebook (lire en bas de page). Elle  se souvient de la loi sur les 35 heures comme d’"une bouffée d'air, une bénédiction".

A l'époque, ce n'était pas tabou d'avoir envie de bosser 35 heures, d'avoir ses RTT. On sortait du métro, boulot, dodo et de cette tendance au présentéisme. C'était fantastique. Je ne suis toujours pas convaincue qu'en travaillant plus on est plus efficace.

Justin, agent de sécurité

Les 35 heures je les ai senties passer. A partir de ce moment là ils ont commencé à me balader de site en site. Comme ils ne voulaient pas embaucher , j'ai fait le travail de deux agents.  

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"Je n'ai pas vécu les 35h. Cela m'a plutôt isolé que libéré"

Claude Prigent, Pdg convaincu d'une PME

Il dirige Yprema, société spécialisée dans le recyclage des matériaux de déconstruction : 10 sites en France, 80 salariés. Son entreprise a fêté les 20 ans du passage aux 4 jours le 1er juin 2017 et il réfléchit aujourd'hui à la possibilité de mettre en place les 32 heures.   

Entre 2007 et 2012, ce n'était pas de bon ton de parler des 35 heures. Nous, on a fait le dos rond, on a évité d'aller raconter qu'on était passé aux 35 heures parce que cela paraissait anti économique. Pour moi, c'était une bonne idée en 97 et cela reste une bonne idée encore aujourd'hui.

Pierre Larrouturou, économiste partisan actif du partage du temps de travail

Il est connu comme partisan actif du partage du temps de travail, sur lequel il travailla avec Gilles de Robien. Pierre Larrouturou a cofondé le parti Nouvelle Donne, dont il est le porte-parole.

"La semaine de travail à 32 heures ferait baisser le chômage" selon l'économiste Pierre Larrouturou
"La semaine de travail à 32 heures ferait baisser le chômage" selon l'économiste Pierre Larrouturou Crédits : Thomas Samson - AFP
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"Ce n'est pas la catastrophe des catastrophes dont parlent certains, et en même temps ce n'est pas ce dont on aurait pu rêver"

Le bilan dressé par l'INSEE c'est la création de 350 000 emplois. (...) Donc les 35h restent une mesure qui a profité à des salariés.

Pascal de Lima , chef économiste chez Harwell Managment , co auteur du livre "Les 35 heures , une loi maudite ? Comment en sortir sans drame"

Aujourd'hui il faut travailler plus pour gagner plus , ça me paraît évident. C'est une idée extrêmement étonnante ce partage du gâteau dans un contexte de plus où la croissance a été très molle.  

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14 min
"Fondamentalement, les 35h ne sont jamais remises en cause car c'est un sujet tabou quand arrivent des élections"

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En chiffres...

Rapport  Senat sur l'impact des 35 heures 

Rapport Insee 2005

Sur les réseaux sociaux, les avis sont partagés

Anima Mannie : Quand les 35h ont été instaurées, j'étais employée dans un organisme de 350 salariés. Le passage à 35h devait générer l'embauche de 50 personnes ; 22 seulement ont été recrutées avec un gel de tous les salaires pendant 2 ans. Mais les heures travaillées par semaine au-delà de 35 h ont permis à nombre d'entre-nous d'avoir des jours de congé supplémentaires. C'était donc un système entreprise-salariés gagnant-gagnant mais qui n'a pas respecté son engagement en termes de créations d'emplois et qui dans certaines entreprises a généré des surcharges de travail par manque d'effectifs et d'impossibilité de récupération de jours de congé (hôpitaux...etc...).

Christian Zamora : Les 35h ...Pour des petites boites de 10 salariés environs dans la restauration, ça a été une catastrophe .. Aux antipodes de ce que ce métier doit apporter pour le faire parfaitement .. :( 

Ap Al : A l'époque, je travaillais déjà. Nous avons travaillé quatre heures de moins par semaine pour le même salaire. C'est tout. Cela a permis à l'époque d'embaucher. Ben oui, le travail restait à faire. Etant chargé du recrutement dans ma branche, je donnais le choix. Le nouveau collaborateur pouvait soit travailler 35 heures par semaine, soit 39 heures avec RTT, soit 39 h sans RTT mais avec majoration de salaire. La majorité choisissait les 35 heures. Je précise qu'il s'agissait d'une pme de 50 salariés et 40 stagiaires.

Marco Segers : C'est la seule mesure qui a permis de réduire le chômage efficacement et sans nous appauvrir... après on peut raconter ou se raconter des histoires...

Féva Taïbi : J’ai été embauchée à la DASES département de Paris grâce aux 35h. Je venais en complément des vacations de deux biologistes et  j’ai ainsi pu concilier vie de famille et travail. Ce fut une bénédiction et une révolution. Pour tout un chacun, les 35h sont indispensables. Augmenter le temps de travail c’est aller au devant du mal être au travail. Moi, c’est #jadoremes35h

Intervenants
  • homme politique, ingénieur agronome et économiste
  • économiste et enseignant à Sciences-Po, spécialiste de la finance et de la crise des dettes souveraines dans la zone euro
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