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Arthur Richier, maire de Faucon du Caire de 1947 à 2004

Quel sens pour le pouvoir municipal en 2018 ?

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#AQuoiSertMonMaire |Le 101e congrès de l’Association des Maires de France s'est refermé hier soir. Un congrès où les élus locaux sont venus exprimer leur découragement face à la complexification de leurs tâches et un sentiment de mise sous tutelle par l'Etat. Qu’est-ce qu’être maire en 2018 ?

Arthur Richier, maire de Faucon du Caire de 1947 à 2004
Arthur Richier, maire de Faucon du Caire de 1947 à 2004 Crédits : Boris Horvat - AFP

Édouard Philippe a exprimé mercredi dernier son "estime" et son "admiration" pour les maires, qui sont "ceux qui s'y collent". Le Premier ministre, ancien maire du Havre, est venu conclure hier soir le congrès de l’Association des Maires de France. La principale association d’élus locaux, chaudron du pouvoir municipal, a en effet vu se succéder cette année des maires excédés par la loi NOTRe et la perte de compétences et de moyens de leur échelon mais aussi par les réformes récentes du gouvernement, notamment la suppression de la taxe d'habitation et son absence de compensation à long terme ou encore l'impact de la baisse de la dotation globale de fonctionnement de 2014 à 2017. Les maires qui bénéficient pourtant du plus fort niveau de confiance des Français disent aujourd'hui ne plus pouvoir répondre aux besoins de leurs administrés. Un sentiment de découragement semble s'installer et un maire sur deux affirme aujourd’hui vouloir jeter l’éponge dans la perspective des municipales de 2020. Qu’est-ce qu’être maire en 2018 ? Comment rendre le pouvoir municipal plus attrayant ? 

Etre maire : l'incarnation de la République du quotidien

Le pouvoir municipal tel qu'il nous a été transmis aujourd'hui a été consacré sous la IIIe République. En 1882, cette figure politique est légitimée par le suffrage universel masculin. A partir de 1884, après l'adoption de la Grande Charte municipale, ces élus obtiennent de nouvelles marges d'action. Sa caractéristique principale consiste à créer un régime juridique uniforme pour toutes les communes de France. Ce choix ne sera jamais remis en cause par la suite. Il n’avait pourtant pas un caractère évident compte tenu de l’extrême disparité des communes françaises et, en particulier, du nombre et de la spécificité des petites communes. Les maires vont ainsi devenir le maillon essentiel de la nationalisation des politiques publiques et de l'affermissement de la symbolique républicaine. L’organisation de la commune, le fonctionnement de ses organes, fixés par ce texte ont connu peu d’évolutions jusqu’à nos jours. Les lois de décentralisation des années 1980 ne concernent qu’assez peu la commune, en dehors de la question des compétences précise d’ailleurs le site officiel du gouvernement viepublique.fr. Il est donc logique qu’il y ait encore aujourd’hui une grande permanence dans l’exercice de la fonction de maire selon Emmanuel Bellanger, historien, chercheur au CNRS et au centre d'histoire social de Paris I : 

La mairie de Montreuil (carte postale, début du XXe siècle) ©Coll. Musée de l'Histoire vivante
La mairie de Montreuil (carte postale, début du XXe siècle) ©Coll. Musée de l'Histoire vivante
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Emmanuel Bellanger : "Il y a une continuité forte"

Notre témoin de cette tradition dans l'exercice de la fonction de maire s'appelle Michel Vergnier. Il est le maire de Guéret, la préfecture du département de la Creuse, dans la région Nouvelle-Aquitaine. Cet ancien enseignant est élu (PS) dans cette ville depuis 1998 :

Une mue culturelle inachevée dans les relations entre l’Etat et les communes 

Qu'ils soient élus d'une petite commune ou d'une agglomération, les maires continuent donc d'assurer le lien premier de la République avec les citoyens. La maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland, l'exprime dans sa tribune "Monsieur le Président, écoutez les maires !" parue dans le journal Ouest France. "Etre maire, c'est d'abord profondément aimer aller à la rencontre des citoyens et être au service de l'autre. C'est arpenter les allées du marché un samedi matin [...] réfléchir avec des chefs d'entreprise à la façon dont on peut faire avancer leurs projets sur notre territoire". Johanna Rolland incite l'Etat à assumer qu'une partie des solutions actuelles du pays sont dans les territoires : 

C'est pourquoi les maires, via leur principale association de représentants, l'AMF, demandent une nouvelle étape de la décentralisation pour revitaliser la Démocratie. C'était l'objet de l'appel de Marseille (ville du père de la décentralisation moderne Gaston Defferre) le 26 septembre 2018. Cet appel a été le point de départ de la création d'une nouvelle entité : l'association Territoires Unis réunit les trois principales structures d'élus locaux. Ces derniers dénoncent un assèchement de plus en plus préoccupant des moyens donnés aux collectivités pour exercer leurs missions – ou celles qui devraient revenir à l’État notamment la question des mineurs non accompagnés. Pour François Baroin, le Président de l’AMF, le combat qui s’organise n’est certainement pas "celui de Paris contre la Province", rappelant que la maire de Paris a exprimé son plein soutien à la rencontre de Marseille. "Le problème est celui d’une haute administration notamment budgétaire qui n’a jamais accepté la décentralisation." Les maires aujourd’hui ont ainsi l’impression de devoir porter de plus en plus de politique publique sans toujours les moyens, comme le résume le secrétaire général de l’AMF et maire de Sceaux Philippe Laurent :  

Philippe Laurent (UDI) est le Secrétaire Général de l'AMF
Philippe Laurent (UDI) est le Secrétaire Général de l'AMF Crédits : Anne Fauquembergue - Radio France
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Philippe Laurent : "Il y a 40 ans il n'y avait pas de crèches municipales à Sceaux, aujourd'hui, j'en ai quatre dans ma commune"

Une accumulation de contraintes qui oblige à moderniser la fonction

Conséquences des nouvelles contraintes, selon une enquête du Cevipof, un maire sur deux n'a pas l'intention de se représenter pour un nouveau mandat en 2020. Ceux qui se sont présentés pour la première fois en 2014 sont même 60% à déclarer vouloir abandonner tout mandat électif. 

En première ligne dans ces difficultés, les 4 000 petites villes éloignées qui comptent entre 2 500 et 25 000 habitants. Elles sont défendues par l'Association des petites villes de France (APVF). Cette association cherche à rendre attractive et à oxygéner la représentation mayorale qui compte 42% de retraités et seulement 15% d’employés comme l’explique son Président Christophe Bouillon. Il est le maire honoraire de Canteleu et le député de Seine-Maritime et il fait trois grandes propositions : 

Christophe Bouillon est le Président de l'Association des Petites Villes
Christophe Bouillon est le Président de l'Association des Petites Villes Crédits : Matthieu Vasseur
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Christophe Bouillon : "Il faut aligner l'indemnité des élus sur celle des directeurs généraux des services"

Le sociologue spécialiste de l'espace politique local Michel Koebel reconnaît que l’échelon des petites villes est à regarder de près et d’autant plus que contrairement aux grandes villes, les maires sont plus représentatifs de la population en terme de niveau socio-professionnel :

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Michel Koebel : "Il y a quelques années, la faible indemnité des maires des petites villes était compensée par le prestige de la fonction"
Michel Koebel est professeur en sociologie à l'université de Strasbourg, spécialiste de l'espace politique local
Michel Koebel est professeur en sociologie à l'université de Strasbourg, spécialiste de l'espace politique local Crédits : Michel Koebel

Michel Koebel qui incite les maires à se saisir de leur pouvoir d’organiser des référendums locaux pour revitaliser l’espace politique des petites villes : 

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Michel Koebel : "Il y aurait moyen de faire un référundum par an et par commune"

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