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Qu'est-ce qu'être citoyen aujourd'hui ?

Qu'est-ce qu'être citoyen aujourd'hui ?

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L'année 2017 est marquée par deux élections, la présidentielle et les législatives. Avoir une carte d'électeur, glisser un bulletin dans l'urne, c'est souvent le premier moyen d'exprimer sa citoyenneté. Mais est-on citoyen uniquement lors des élections ? Témoignages recueillis par Lise Verbeke.

Qu'est-ce qu'être citoyen aujourd'hui ?
Qu'est-ce qu'être citoyen aujourd'hui ? Crédits : Jean-Pierre Balfin, PHOTOPQR/LE PROGRES - Maxppp

Un citoyen, selon la définition du Larousse, est une personne jouissant, dans l’État dont il relève, des droits civils et politiques, et notamment du droit de vote. En cette période d'élection, il est ultra-sollicité par les candidats à la présidentielle. Certains candidats ont élaboré leur programme sur des propositions citoyennes, d'autres débutent leur meeting par "mes chers concitoyens", d'autres encore promettent qu'ils s'entoureront de personnes issues de la société civile, de "simples citoyens". Mais les citoyens eux-mêmes, comment vivent-ils leur citoyenneté ? L'engagement citoyen prend de multiples formes, et de nouvelles formes depuis quelques années.

"Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir que l'on a de changer les choses", Marie-Lys Bibeyran

L'expression lanceur d'alerte existe depuis les années 90. Mais en France, cette notion a pris de l'importance depuis quelques années, notamment concernant les risques sanitaires et environnementaux. Marie-Lys Bibeyran se considère comme un lanceur d'alerte et c'est comme cela qu'elle définit son engagement citoyen. Elle est salariée agricole dans les vignes médocaines, dans le Bordelais. Suite au décès de son frère d'un cancer, en 2009, alors qu'il travaillait depuis plus de trente ans dans les vignes, elle mène des actions pour sensibiliser les professionnels et les citoyens sur les dangers des produits phytosanitaires. Son combat contre les pesticides a démarré en 2011. Elle a fondé un collectif "Info Médoc Pesticides". "Nous œuvrons sur le terrain auprès des travailleurs des vignes, des riverains, des consommateurs ", explique-t-elle.

Elle utilise tous les moyens mis à la disposition des citoyens pour faire entendre sa voix, notamment internet. "Pour mobiliser et informer, internet est indispensable", assure-t-elle. Elle a lancé une pétition en ligne pour demander à ce que les zones agricoles situées aux abords des écoles soient traitées en bio. La pétition a recueilli près de 200 000 signatures. Mais un simple clic signifie-t-il un vrai engagement ? "Oui", répond Marie-Lys Bibeyran : "ce n'est pas un engagement de façade, d'autant que beaucoup de gens sont devenus adhérents de mon collectif, ils suivent mes actions, mon engagement et certains y prennent part".

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J'avais un besoin viscéral de parler. Il était trop tard pour mon frère, mais il fallait le faire savoir. Je pense que de toute façon, un citoyen c'est une personne active, non seulement par le bulletin de vote que l'on dépose dans l'urne, c'est bientôt d'actualité, mais il faut pousser à une prise de conscience sur tout ce qui nous empoisonne la vie au sens propre comme au sens figuré et il ne faut pas sous-estimer le pouvoir que l'on a de changer les choses. On a tous ce pouvoir, mais on a tendance à se remettre à la fatalité, à se sentir démuni face à ce que l'on considère être les puissants. Mais déjà, si l'on prenait conscience du nombre que l'on représente : 1 1 1 on peut faire beaucoup !

"Je suis pour une désobéissance citoyenne", Mohamed Mechmache

Le nombre d'associations en France a augmenté depuis 2014 : il y en a 1.3 millions actuellement. Ce qui a changé depuis quelques années dans l'engagement citoyen, c'est la convergence des luttes, le regroupement des causes. Mohamed Mechmache en est convaincu. Il est le porte-parole d'"AC LE Feu", et le co-fondateur du collectif "Pas Sans Nous". Ce collectif, qui existe depuis 2014, a un rôle de syndicat des quartiers populaires. Des tables de quartier sont organisées dans plusieurs villes en France, où les habitants exposent leurs problèmes, trouvent des solutions, cherchent des moyens d'actions pour interpeller les pouvoirs publics.

"Aujourd'hui, la République a oublié une partie de ses citoyens, ceux qui vivent dans les quartiers. Les jeunes se sentent comme des citoyens de seconde zone. Nous, notre action, c'est de leur montrer qu'ils sont citoyens à part entière", explique Mohamed Mechmache. La période électorale est un moment important pour lui, car c'est l'occasion d'interpeller les candidats qui oublient dans leur programme les banlieues. Le collectif "Pas sans nous" organise des rencontres avec ces candidats pour leurs remettre 10 propositions, sur le logement, la santé, l'éducation notamment.

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Nous proposons la création d'un fonds d'initiatives citoyennes qui permettrait la démocratie d'interpellation. On veut permettre à des citoyens de saisir ce fonds et de pouvoir apporter une contre-expertise pour dire : voilà, tout simplement, j'agis avec mon droit de citoyen, je ne suis pas d'accord avec ce que vous nous imposez. Ce fonds ne coûtera pas un centime. L'idée est de récupérer 20% de la réserve parlementaire à la source, et récupérer entre 1 et 5% du financement des partis politiques qui sont financés avec de l'argent public et le mettre dans un fonds commun. Je vous donne un exemple, si le fonds existait, pour Notre-Dame-des-Landes, ça aurait permis à des citoyens de s'en saisir pour apporter une contre-expertise, se munir de juristes et d'avocats.

"Je n'ai pas envie que mes élèves soient toute leur vie à la remorque de la citoyenneté", Germain Filoche

La citoyenneté, ça s'apprend. C'est là où l'école joue un rôle essentiel. Il n'y pas de cours consacré à la citoyenneté, mais "l'apprentissage est distillé par-ci par-là, en fonction du programme", s'accordent à dire Germain Filoche et Julie Mouton, tous deux professeurs de lettres et d'histoire au lycée professionnel Alfred Costes, à Bobigny. Germain Filoche initie ses élèves au sens critique, notamment en apprenant à décrypter un texte. Et aime à "manier l'ironie comme arme pour faire comprendre des choses". Ils ont ainsi les outils pour comprendre ce qu'ils peuvent lire, par exemple sur les réseaux sociaux. Pour lui, "la citoyenneté n'est pas innée, elle s'apprend, d'autant qu'en tant qu'enseignant, on a les outils pour !"

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Je fais des sorties scolaires citoyennes. Deux exemples. Le premier, nous sommes allés avec les élèves en Bretagne, nettoyer les plages. C'est tout bête, ça n'a pas pris énormément de temps, mais par contre, chez les élèves, j'ai réussi à inscrire, du moins je l'espère, le fait qu'il faut ramasser les déchets, protéger la planète. Autre exemple, nous sommes aussi allés à Bruxelles pour visiter le Parlement Européen. C''est très obscur pour les élèves. Alors, y aller et rencontrer des eurodéputés, ça rend l'Europe concrète. Je fais ça car je n'ai pas envie que mes élèves soient toute leur vie à la remorque de la citoyenneté.

La citoyenneté passe par le vivre ensemble pour les élèves, explique Julie Mouton : "J'ai souvent des classes uniquement de garçons. Il y a entre eux des insultes homophobes ou racistes, parfois misogynes, et il faut déconstruire tout ça, sans s'énerver, et arriver à faire le chemin inverse, et les mettre devant leurs contradictions".

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Apprendre la citoyenneté, cela passe aussi par l'élection des délégués de classe. Pourquoi c'est important d'élire un délégué, pourquoi doit-on bien réfléchir, pour qui voter. On demande aux élèves qui veulent se présenter de préparer un programme, de travailler l'éloquence.

"Des gens se sont battus pour le droit de vote. Aujourd'hui, on délaisse ce droit", Abdelsamad Amsir

Abdelsamad Amsir a 22 ans. Il habite le quartier populaire du Neuhof, à Strasbourg. Le jeune homme a les deux pieds bien ancrés dans la citoyenneté. Il est en service civique au centre socio-culturel de son quartier et il participe au "Challenge Citoyen". Ce challenge est né dans le quartier, après les élections régionales. "Il y a eu pendant ces élections, 80% d'abstention dans le Neuhof, explique Abdelsamad, 80% sur 20 000 habitants, c'est énorme". D'où l'idée de d'abord inciter les habitants à s'inscrire sur les listes électorales en leur expliquant les démarches, puis de les inciter à se rendre aux urnes. Avec d'autres jeunes, Abdelsamad aide les habitants à décrypter les programmes des onze candidats, sans leur dire pour qui voter.

Et les Strasbourgeois ne se sont pas arrêtés là. Ils ont lancé un défi aux autres quartiers en France. Marseille, Mulhouse, Lyon ou encore Bordeaux ont décidé de relever ce challenge citoyen. Le quartier qui obtiendra le meilleur taux de participation à l'issue de l'élection présidentielle gagnera une enveloppe financière et les habitants décideront de la manière de l'utiliser.

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On sait très bien que les habitants des quartiers sont déçus de la politique. Alors, on essaie de leur donner des arguments pour qu'ils aillent voter. On leur dit que des gens se sont battus pour obtenir ce droit de vote, et qu’aujourd'hui on le délaisse. Des gens sont morts pour ce droit. Aujourd'hui, ça ne coûte rien du tout d'aller voter.

"Les cafés citoyens permettent de libérer la parole", Medhi Guiraud

Deux à trois fois par mois, Mehdi Guiraud organise des cafés citoyens, à Paris. Il fait partie du réseau de la Nouvelle Arcadie, qui fédère les cafés citoyens dans toute la France. En ce moment, les thèmes s'imposent facilement, ils tournent autour des élections : "les élections sont-elles utiles ?", ou encore "le vote utile est-il utile ?". "L'objectif principal du café citoyen est de libérer la parole des participants, de les inciter à évoquer leur point de vue en public", selon Mehdi Guiraud. Les cafés citoyens se veulent apolitique. Selon la charte de la Nouvelle Arcadie, "un café citoyen ne doit servir aucune idéologie ou action politique et veut rester un espace libre de réflexion et de discussion."

"Il n'y a pas de nouvelles formes de la citoyenneté", selon Mehdi Guiraud, "mais plutôt de nouvelles manières de l'exprimer". Par exemple comme le mouvement Nuit Debout, auquel il a activement participé. "On peut être acteur en achetant différemment, en s'exprimant différemment, en écoutant les gens différemment, il y a plein de manières d'être citoyen", explique-t-il.

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Crédit photo : Mediamorphose/Gharachorloo Darius

Les cafés citoyens permettent aux gens de prendre de l'assurance, de se libérer de la pression que l'on peut avoir dans d'autres cadres pour pouvoir s'exprimer librement. Les thèmes des cafés sont très larges, cela peut être philo, un peu personnel, voir provoquant. Ce sont les participants qui décident des thèmes et ils votent ensuite.

Vos très nombreux témoignages sur les réseaux sociaux

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