LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
En moyenne, selon l'Insee, les Français partent à la retraite à 62 ans et un mois.

Réforme des retraites : les seniors peuvent-ils et doivent-ils travailler à 55 ans passés ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Alors que s'ouvre la concertation avec les partenaires sociaux au sujet de la réforme du régime des retraites, la question du travail après l'âge de 55 ans se pose. Comment et pourquoi travailler une fois senior ?

En moyenne, selon l'Insee, les Français partent à la retraite à 62 ans et un mois.
En moyenne, selon l'Insee, les Français partent à la retraite à 62 ans et un mois. Crédits : Sigrid Olsson/AltoPress - Maxppp

Comment harmoniser le système des retraites ? C'est une des questions que le gouvernement tente de résoudre en cette rentrée 2019. La réforme du système est en cours d'élaboration, et Matignon reçoit les partenaires sociaux. 

Promesse de campagne d’Emmanuel Macron, ce projet de loi entend instaurer une retraite par points, "plus lisible et plus équitable". Dès 2025, un euro cotisé donnerait les mêmes droits. Le chef de l’Etat a dit sa préférence pour retenir la "durée de cotisation". Mais l’idée de cet âge pivot "n’est pas enterrée" prévient la porte-parole du gouvernement. 

Certains retraités (re)prennent un emploi 

Certains Français ont déjà aujourd'hui largement dépassé un hypothétique "âge pivot". Les retraités par exemple qui sortent de leur retraite pour reprendre un travail, même partiel. En 2018, selon la DARES, la direction de l'Animation de la recherche, des Études et des Statistiques, organisme qui dépend du ministère du Travail, 4,7% des 65-69 ans cumulaient un emploi avec une retraite ou une préretraite

C'est le cas de Martine Damerment, 68 ans, retraitée de l'Education nationale et agrégée d'arts plastiques. Quelques semaines avant sa retraite en 2012, elle s'inscrit sur le site senioravotreservice.com. Cette plateforme recense près de 340 000 membres. Essentiellement des retraités qui cherchent un complément de revenu, en faisant des heures de jardinage, de lecture, de bricolage. Particuliers et/ou entreprises peuvent directement les joindre pour les faire travailler. 

Martine, elle, fait du soutien scolaire chez ses clients. Depuis trois ans, elle aide aux devoirs un garçon, désormais en CM2. "Je n'ai pas l'impression d'être à la retraite" sourit-elle, lorsqu'elle sort du domicile parisien du petit, en ce lundi de rentrée. Et en plus, financièrement, la retraitée y trouve son compte. 

Ce site s'adresse à des actifs qui peinent à trouver du travail mais aussi et surtout à des retraités, qui comme Martine, souhaitent un complément de revenu et/ou une activité leur permettant de maintenir un certain lien social. Gratuite, cette plateforme facilite la recherche d'emploi souligne la créatrice du site, Valérie Gruau, d'autant que les seniors sont plus à l'aise : ils savent qu'ils sont "entre eux" puisque senioravotreservice leur est réservé. La problématique de la "barrière de l'âge" disparaît. "Les recruteurs ne viennent pas là par hasard : ils sont intéressés par des profils plus matures", explique Valérie Gruau :

Écouter
4 min
Avant, un retraité qui cherchait un emploi n'avait aucune possibilité de faire connaître ses compétences

Le site a été créé en 2008 parce que, à cette époque, on parlait déjà beaucoup de l'emploi des seniors dans la presse. Et de mon côté, j'avais très envie de travailler sur un projet qui ait du sens, qui me paraisse utile, et je me suis penchée sur cette problématique. En travaillant sur ce dossier, je me suis aperçue que l'on n'en parlait beaucoup mais que aucune initiative concrète n'existait en France. Il y avait des initiatives locales mais absolument pas au niveau national. Un retraité qui cherchait un emploi n'avait quasiment aucune possibilité de faire connaître ses compétences. 

Retrouver un emploi passé 50 ans, pas une mince affaire 

Avant de penser à prendre un éventuel emploi en complément de sa retraite, il faut déjà pouvoir la toucher, en ayant travaillé le nombre suffisant de trimestres. Et certains seniors, quinquagénaires ou jeunes sexagénaires, ont du mal à (re)trouver un travail. Selon le ministère du Travail, environ 7% des 55-64 ans en France sont au chômage

Laurent, 58 ans, en fait partie. En 2014, ce franco-américain, bilingue, directeur d'une filiale étrangère de communication en France, quitte son poste et décide de se lancer dans un projet personnel, qui ne prend pas. Depuis, il recherche du travail, sans succès

Mon expérience à l'étranger, riche, et un peu atypique fait que dans ma recherche d'emploi je suis un peu un mouton à cinq pattes. Je fais peut-être un peu peur à un certain nombre de DRH qui se disent "il a eu l'habitude de travailler pour des grands groupes, est-ce qu'il va pouvoir s'adapter à une PME régionale ?" On ne m'a pas encore donné l'opportunité malgré des dizaines et des dizaines de candidatures. On ne vous dit jamais "vous êtes trop âgé", on vous dit simplement "votre profil ne correspond pas". 

Pour Laurent, il y a une grande différence entre l'emploi des seniors à l'étranger et en France. "En Malaisie, j'ai travaillé avec des directeurs administratifs et financiers qui avaient bien plus de 60 ans, se souvient-il. Et tout se passait très bien. Il n'y a qu'en France où la courbe d'expérience est considérée comme négatif, j'ai du mal à comprendre". 

Écouter
4 min
Avec mon expérience riche, je suis un peu le mouton à cinq pattes pour les recruteurs et ça les bloque
Une des réactions à nos questions sur les réseaux sociaux cette semaine
Une des réactions à nos questions sur les réseaux sociaux cette semaine

"Recruter un senior est parfois un peu compliqué"

Laurent pense que les entreprises peuvent être "frileuses" à l'idée d'embaucher un senior. Benoît Serre, vice-président délégué de l'Association Nationale des DRH, ne le contredit pas. 

Benoît Serre émet également l'idée d'un "index des seniors". Un peu comme ce qui avait été lancé en mars dernier par le gouvernement pour assurer l'égalité hommes-femmes dans les entreprises. On parlait alors d'index de la parité femmes-hommes. "C'est une bonne idée", reconnaît-on aujourd'hui au ministère du Travail. Sans que cela ne semble à l'ordre du jour pour l'instant. Pour améliorer l'employabilité des seniors, il faut avant tout "que les entreprises ouvrent leurs chakras" dit-on au ministère. Autrement dit, qu'elles prennent le problème à bras-le-corps et qu'elles fassent preuve de bonne volonté pour embaucher des seniors, même si des incitations financières existent aujourd'hui. "Ce n'est pas là-dessus que vous recrutez, vous recrutez parce que vous avez un besoin, et pas une incitation fiscale, balaie Benoît Serre". 

De la bonne répartie du senior au chômage face à un recruteur 

Il n'est pas toujours aisé pour un senior de savoir répondre à un recruteur qui lui fait remarquer son âge, sa possible difficulté à s'intégrer dans une entreprise qu'il ne connaît pas, avec des outils de travail qu'il ne maîtrise pas. Tout cela prend potentiellement du temps, reconnaît Benoît Serre et cela rentre dans sa réflexion de DRH quand il doit décider du recrutement ou non d'un senior. 

Pour faire face à ces questions, qui prennent parfois davantage la forme d'objections, Pôle Emploi les forme au cours d'ateliers de groupe. Murielle Henry-Tchissambou, directrice territoriale du Pôle Emploi Lot et Tarn-et-Garonne, assure que cela aide les seniors pour leurs futurs entretiens. 

Très régulièrement, nous faisons des sessions de "coaching senior" ou de "club de chercheurs d'emplois". Il s'agit à la fois de lutter contre l'isolement et de les accompagner, de façon plus musclée peut-être. Le but est de leur donner à la fois des outils, un réseau pour retrouver un emploi. Certains seniors travaillent l'entretien pour convaincre les recruteurs, en tordant le cou aux idées reçues : "trop cher, trop vieux, incapable de s'intégrer à une équipe". On leur apprend à ne pas avoir de complexe vis-à-vis de l'âge et à le transformer en atout. A travers des jeux de rôle, on reprend toutes les objections potentielles des recruteurs, une à une, et ils doivent trouver des arguments pour répondre. 

Malgré ces efforts, les seniors français travaillent moins que leurs homologues européens. Selon les chiffres de la DARES, 28% des 55-59 ans ne travaillent pas, qu’ils soient à la retraite, handicapés, ou au chômage. En Suède et en Allemagne, c’est moins de 15%. A l’opposé, en Grèce, près d’un senior sur 2 seulement est employé. 

Eviter la lassitude de certains au travail  

Enfin, le travail des seniors peut poser, pour certains, la question de la lassitude au travail. Lassitude physique, psychologique, sentiment d'usure, que peuvent ressentir des salariés qui travaillent sur un même poste depuis un certain nombre d'années, et qui n'ont pas ou plus trop de perspectives d'évolution avant la retraite. 

Pour Benoît Serre, DRH, la clé est l'anticipation : "Il n y a pas de difficulté spécifique a gérer des seniors, sauf cas particulier. Mais si un salarié le demande, il faut pouvoir le faire évoluer, le faire aller sur un autre poste, tout en regardant ses compétences et identifier les postes proches qu'il peut occuper après formation".

Écouter
4 min
Il faut pouvoir faire évoluer le salarié senior s'il le demande

Enfin, face au "jeunisme" que regrette Martine Damermant, retraitée toujours active pour arrondir sa retraite, Benoît Serre se veut optimiste. "Je me souviens quand j'étais chez Leroy Merlin, il y avait une conviction forte de la direction, qui était de dire "nos clients des rayons de gros bricolage sont des gens plutôt âgés, dont ça les rassure d'avoir des vendeurs de leur tranche d'âge. Il faut donc utiliser leur âge."

Crédits : Visactu
L'équipe
Journaliste
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......