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La police de sécurité du quotidien sera expérimentée dans 15 villes en France, à partir de 2018. (Photo d'illustration)

Retour de la police de proximité : oui, mais...

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Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de créer une "police de sécurité du quotidien", dont les contours rappellent l'ancienne police de proximité. Elle sera expérimentée début 2018. Qu'attendez-vous de cette police ? Témoignages recueillis par Lise Verbeke.

La police de sécurité du quotidien sera expérimentée dans 15 villes en France, à partir de 2018. (Photo d'illustration)
La police de sécurité du quotidien sera expérimentée dans 15 villes en France, à partir de 2018. (Photo d'illustration) Crédits : Vincent Isore - Maxppp

Lors de son discours sur la sécurité intérieure, prononcé mercredi dernier devant les préfets, les gendarmes, les policiers et les militaires sentinelles, Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de créer une "police de sécurité du quotidien". C'était l'une de ses promesses lorsqu'il était en campagne, et il veut en faire l'un des piliers de sa politique en matière de sécurité intérieure. Les contours de ce projet de réforme restent flous, ils seront à préciser lors d'une grande consultation lancée à partir de lundi, auprès d'élus, de syndicats de policiers mais aussi d'universitaires. Le chef de l'Etat a indiqué qu'il ne voulait pas d'un retour de la police de proximité, créé sous le gouvernement de Lionel Jospin en 1998, et supprimée par Nicolas Sarkozy en 2003.
Mais cette police de sécurité du quotidien rappelle ce pour quoi avait été créé la "pol prox", comme on l'avait surnommée : c'est à dire tisser un lien entre la population et la police, et répondre au sentiment d'insécurité.

Policiers, citoyens, animateurs de maison de quartier, associatifs, qu'attendez-vous de cette réforme ?

"Il faut une police qui fasse de la prévention"

Salah, Josée et Marie habitent tous les trois dans le quartier de Belle-Beille à Angers. La ville se porte d’ailleurs candidate pour expérimenter la police de sécurité du quotidien. Salah se souvient de la police de proximité et même de ce qui précédait la « pol prox », à savoir les îlotiers, dans les années 1990.
A l’époque, les gens allaient voir la police, ils parlaient de tout et de rien, il y avait une relation qui n’était pas mauvaise. Il y avait même un responsable des îlotiers qui faisait du sport avec les jeunes du quartier, qui les a initiés à la boxe française. Il les a attirés au club, cela se passait bien.

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Actuellement, dans le quartier de Belle-Beille, les relations avec la police sont compliquées, selon Marie, "car ils verbalisent, ils interviennent dans des moments critiques, et les habitants voient la police comme quelque chose de répressif".
Pour Josée, la police n'est pas assez présente dans leur quartier, elle aurait besoin d'être rassurée par leur présence. Toutes deux sont pour un retour à la police de proximité, pour retisser et faciliter les contacts avec les habitants. (crédits photos : Michelle Fikou)

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"On ne nous donne qu’une réponse répressive face aux problèmes dans les quartiers"

Thomas est animateur dans une maison de quartier à Angers. Sur le terrain, il entend deux discours. Les jeunes, qui en ont marre de « subir la répression de la police » et les habitants plus âgés, qui ne se sentent pas en sécurité, car la « police intervient toujours au dernier moment, jamais en ayant une démarche de prévention », explique le jeune homme.
Il reconnaît que le dialogue est rompu entre la population et la police, mais selon lui, la création de cette police de sécurité du quotidien, police de proximité ou quel que soit le nom qu’Emmanuel Macron lui donne, « ce n’est pas la solution ». Il faut avant tout donner plus de moyens à l’action sociale.

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A Angers, on a perdu 10% de subventions dans les maisons de quartiers, aujourd’hui, les emplois aidés ont diminué de moitié, les éducateurs de rues n’ont plus de moyens, et face à ça, on nous donne des réponses qui ne sont pour moi que répressive, avec la vidéosurveillance, et là cette police de proximité, ça donne l’impression qu’on enlève de l’action sociale pour mettre de l’action répressive à la place.

La police de sécurité du quotidien sera expérimentée dans une quinzaine de ville en France, à partir de 2018. Parmi les volontaires pour la mettre en place, beaucoup de communes comme Lille, Roubaix, Angers, Grenoble, Toulouse mais aussi des villes plus petites, comme Allonnes, 11 000 habitants, située au sud-ouest du Mans, et classée en zone urbaine sensible.

"Une police pour combattre le sentiment d’insécurité"

Gilles Leproust, maire communiste d’Allonnes et également le secrétaire général de l’association des maires Villes et banlieues. Il s’est porté candidat pour cette expérimentation car cela fait déjà plusieurs années qu’il demande des effectifs de policiers supplémentaires, des policiers à pied, proches des gens car "cela répond à ma conception que j’ai de la police nationale, c’est un service public, je considère que tout citoyen quel que soit son lieu d’habitation a le droit à la sécurité."

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Il y a une vision très critique de mes administrés à l’égard de la police. Ils nous disent « on ne voit pas la police, quand on les appelle, ils ne viennent pas ». Et cela, depuis la fin des patrouilles à pied notamment, ce qui était la police de proximité.Il y avait un vrai lien entre la police et les habitants, un lien de confiance. C’était aussi un élément important pour combattre le sentiment d’insécurité. C’est pour cela que ma ville est candidate pour expérimenter cette police de sécurité du quotidien. Mais pour qu’elle fonctionne, il faut qu’il y ait des moyens humains. Une machine, une caméra, des vidéos peuvent aider, mais ce n’est pas ça qui va relever le défi par rapport à l’attente des gens. Donc vraiment, il y a besoin d’hommes et de femmes au plus près des habitants, y compris à des heures où ils pourraient être plus inquiets.

"Pour créer une telle police, il faut du temps et des moyens"

Nicolas (prénom d'emprunt) est policier depuis 20 ans. Il a enfilé l'uniforme au moment où la police de proximité a été créée, à la fin des années 1990. Il n'en a pas fait partie mais se montre critique face à cette création, "il y a eu certes des effectifs supplémentaires, mais il y a eu aussi des effectifs pris dans d'autres services, donc on a déshabillé Pierre pour habiller Jacques, ce que l'on sait très bien faire dans la police". A l'époque, il était opposé à cette police de proximité, mais avec le recul, 20 ans plus tard, il a revu sa position. "C'est une nécessité tout de même, ça ne doit pas être la seule police, mais elle doit être en complément de ce qui existe déjà", explique-t-il. Comment imagine-t-il la police de sécurité du quotidien ? Une police avec des effectifs qui sont fidélisés sur un secteur, qui apprennent à connaître ce secteur et les jeunes qui sont en dérive, qui puissent avoir des contacts avec des parents, être des relais, faire du renseignement, avec ce que l'on appelle les signaux faibles, dire par exemple que telle personne se radicalise ou que telle enfant est en décrochage scolaire.

Mais pour cela, insiste-t-il, il faut du temps. Une telle police ne peut pas se mettre en place du jour au lendemain, et pour avoir de vrais résultats, il faut qu'elle s'installe, et ce temps là est beaucoup plus long que le temps politique. Et il faut également des moyens. Emmanuel Macron a rappelé la création de 10 000 postes en cinq ans, sans pour autant donner le détail de ces postes, ce que regrette Nicolas.

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On ne va pas pouvoir ré-ouvrir des services de police dès demain dans les quartiers difficiles, parce qu'il va falloir regagner la confiance de ces quartiers, regagner la sécurité des fonctionnaires aussi, car aujourd'hui ils n'interviennent pas en sécurité dans certains quartiers. Cela va nécessiter du temps, mais aussi une formation adéquate pour ces policiers-là. Une formation sur la manière qu'on a d'intervenir dans ces quartiers, la manière de prendre contact, de faire remonter du renseignement. Tout cela, il va falloir le repenser, donc c'est une vraie philosophie qu'il va falloir imprégner. Mais aussi avec des effectifs qui soient volontaires et pas des sorties d'école.

"On veut créer un espace où policiers et citoyens puissent échanger, ça serait ça l'innovation"

Sandra Pizzo est la co-fondatrice du collectif Citoyens et Policiers. Ce collectif voit le jour en mai 2016, en pleine manifestations contre la Loi Travail.

Nous étions un certains nombre de manifestants à subir les violences d'un côté mais à comprendre que les CRS les subissaient aussi de l'autre côté, explique-t-elle, et on a eu envie de tenter le dialogue avec le camp d'en face.

Des temps d'échanges, "des dialogues fermes et apaisés", sont organisés entre les policiers et les citoyens pour sortir des préjugés que les deux parties ont l'une sur l'autre. Selon Sandra Pizzo, l'idée d'une police de sécurité du quotidien est une bonne chose, mais elle regrette le fait que la consultation pour la construire n'inclue pas les citoyens lambda.

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Notre but c'est d'aller plus loin, de créer un espace de co-production entre les policiers et les citoyens sur une question qui concerne tout le monde, pas uniquement les professionnels, la hiérarchie et les "sachants". Au-delà de cette police de proximité qui semble très attendue, on voit bien aujourd'hui qu'il n'y a pas d'espace au sein de l'institution police où les attentes du citoyen seraient prises en considération.

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