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La solitude peut se transformer en solidarité pendant les fêtes

Sept millions d'isolés en France : portraits de ceux qui s'engagent

4 min
À retrouver dans l'émission

#JemEngageContreLaSolitude |Un Français sur dix vit dans l'isolement d'après un rapport de l'Insee publié en septembre. L’accumulation des désavantages sociaux favorise les situations d’isolement subies et expose d’autant plus aux formes de solitude. Témoignages de ceux qui s'engagent contre la solitude pendant les fêtes.

La solitude peut se transformer en solidarité pendant les fêtes
La solitude peut se transformer en solidarité pendant les fêtes Crédits : - Getty

Environ 7 millions de Français sont isolés. Ce sont les chiffres du dernier rapport de l'Insee paru en septembre. Sont "isolés", au regard de cette étude, les individus de plus de 16 ans qui disent n’être en contact avec un ami ou un membre de leur famille qu’une fois par mois, au mieux - téléphone et messagerie instantanée inclus. Cette proportion est stable depuis 2006. Toujours selon ce document, les personnes isolées sont peu diplômées, le plus souvent inactives, âgées de plus de 40 ans et majoritairement des hommes. Dans son rapport annuel sur l'isolement, la Fondation de France, réseau de philanthropie, estime que la solitude touche aujourd'hui 7 millions de Français. Pour Claire Boulanger, chargée des solidarités nationales, la situation est catastrophique : 

Nous croisons tous les jours dans la rue, nous connaissons forcément dans notre environnement, quelqu'un qui vit en situation d'isolement total.                  
Claire Boulanger, Fondation de France

Les Français voient de moins en moins souvent les membres de leur famille ou leurs voisins. Par exemple, quatre Français sur dix ne voient leur famille que lors de rares rencontres annuelles. Autre statistique marquante : un quart des Français n'a pas de relations amicales soutenues. L’accumulation des désavantages sociaux favorise, d’une part, les situations d’isolement relationnel subies et, d’autre part, expose d’autant plus fortement aux formes de solitude contrainte. Le sentiment de solitude change aussi de visage et touche toutes les catégories sociales.   

"On ne peut pas changer le monde seul"

Plusieurs associations s'engagent chaque année contre ce "fléau contemporain" pour redonner du lien social surtout pendant ces périodes de fêtes. Parmi elles, SOS Amitié est née en 1960. Cette association est à l'écoute gratuitement 24h sur 24h pour toute personne qui a besoin de parler en tout anonymat et confidentialité. Les bénévoles qui se surnomment "écoutant" reçoivent plus de 700 000 appels par an. En premier lieu créée pour lutter contre le suicide, l'association aujourd'hui lutte contre la solitude et donne du réconfort aux personnes qui souffrent psychiquement. Ancien scientifique au Commissariat à l'énergie atomique (CEA), Alain Mathiot tend l'oreille depuis dix ans en région parisienne. Il est aujourd'hui président de SOS amitié France. 

Alain Mathiot dit ne pas avoir connu la solitude et c'est pour cela qu'il s'est engagé :

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Alain Mathiot, président de SOS amitié France

Non, je n'ai pas connu la solitude et c'est justement pour cela que je me suis engagé. J'avais envie de pouvoir redonner un peu d'espoir à toutes ces personnes qui sont en très grande difficulté à cause de la solitude. Pour moi, l'engagement est un devoir qu'ont les gens favorisés de pouvoir faire profiter les autres, ceux qui sont en capacité de les aider. Ce devoir, c'est de se mettre au service des autres pour essayer d'améliorer un tout petit peu la condition de ces personnes. On ne peut pas changer le monde tout seul mais avec un grand nombre de petits pas, on peut faire avancer les choses. Je suis un peu dans cette démarche. Je me suis déjà engagé dans un certain nombre d'associations, paroissiale ou syndicale dans le cadre de mon job.

Alain Mathiot, président de SOS Amitié
Alain Mathiot, président de SOS Amitié Crédits :

Comme Alain Mathiot, l'engagement de Claire Boulanger est ancien, elle en a fait son métier. 

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Claire Boulanger, Experte Conseil Solidarités Nationales et Education

Cela a commencé quand j'étais étudiante, je faisais Sciences po à l'époque et je passais plus de temps à la prison de la Santé qu'à Sciences po, en particulier pendant ma deuxième année. J'étais dans l'association Genepi. Après mes études, je me suis engagée dans l'humanitaire. J'ai été beaucoup dans les pays en guerre, dans les années 1990 en ex-Yougoslavie et au Rwanda. Je suis intervenue dans des questions de médiation sociale en banlieue parisienne. Cette question de l'engagement, c'est vraiment quelque chose d'ancien chez moi. Ce que j'aime à la Fondation de France aujourd'hui, on peut vraiment travailler sur un ensemble de causes qui nous permet d'avoir une vision large et en profondeur de ce qui se passe dans la société française aujourd'hui.

Recréer du lien, une priorité 

Les fêtes sont aussi l'occasion pour ces associations de créer du lien social, comme par exemple les réveillons solidaires organisés par les associations De la rue à la scène, Mots et Regards ou La Cloche. De son côté, le Secours populaire a décidé d'inviter des enfants venus de toute l’Île-de-France à profiter gratuitement des attractions des Tuileries et du marché de Noël. 

Les bénévoles de la Croix Rouge se mobilisent quant à eux en faisant leurs maraudes. Lors de leur tournée, ils offrent des chocolats et des petits cadeaux en forme de lampe torche ou de livres. Parmi eux, la jeune Bérénice, bénévole à la Croix Rouge :  

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Bérénice, bénévole à la Croix-Rouge

J'ai décidé d'être bénévole parce que j'avais envie de m'engager pour les sans-abris. Quand je les voyais dans la rue, c'était quelque chose qui me touchait vachement tout en ayant l'impression que je ne pouvais rien faire. Je ne me voyais pas forcément donner de l'argent hyper régulièrement à des gens que je ne connaissais pas. Aller au moins voir ce qu'il se passe dans la rue et pouvoir leur parler, c'était une manière de mieux comprendre ce monde-là et de faire quelque chose de concret. On se rend compte que ce dont ils souffrent le plus, ce n'est pas tant la faim mais l'isolement. Les gens ne les regardent même pas quand ils passent et les ignorent la plupart du temps. Ça a vraiment des conséquences sur leur santé mentale, le fait d'être aussi ignorés, aussi exclus, ils se retrouvent en grande dépression intense. On a besoin d'une société plus solidaire qu'elle ne l'est aujourd'hui, on a besoin d'être en lien aussi avec ce que l'on ne connaît pas et pour moi l'engagement bénévole permet de faire ça.  

Bérénice, bénévole à la Croix-Rouge
Bérénice, bénévole à la Croix-Rouge Crédits : sarah d'hers - Radio France

Ce soir, elle est accompagnée de Nina pour qui c'est la première fois. 

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Nina, bénévole à la Croix-Rouge

La Croix Rouge, c'est ma première action de bénévolat et j'avais envie de m'engager pour donner de mon temps. Pour moi, cela consiste à donner certaines soirées ou un dimanche pour ceux qui en ont besoin. Ça a du sens toute l'année mais en ces périodes de fêtes, c'est particulièrement difficile pour les personnes qui sont plus seules, qui ont moins de moyens, qui sont à la rue. Les gens se retrouvent, achètent des produits, des cadeaux. Dans la rue, il y a une sorte d'effervescence. C'était important d'apporter quelque chose à ces personnes.

Les Petits frères des pauvres ont organisé un repas de Noël, ce mercredi, réunissant près de 80 personnes âgées venues à l'Hôtel Méridien Etoile. Une tradition contre la solitude en période de fête organisée cette année  par Corynne Albin, nouvellement salariée.

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Corynne Albin, coordinatrice logistique Noël et Vacances, Petits Frères des pauvres

Pour moi, l'engagement est un fil rouge depuis longtemps. J'ai fait du bénévolat chez Emmaüs et au Samu social. Après avoir travaillé dans plusieurs domaines différents, c'était devenu un peu logique de trouver un travail qui a du sens. L'isolement des aînés, c'est une cause qui me touche  particulièrement. J'ai évidemment postulé aux Petits Frères des Pauvres dès que j'ai vu l'annonce pour une "coordinatrice logistique Noël et vacances". En 2018 à Paris, c'est 26% des personnes âgées qui ressentent la solitude. Ce qui est énorme puisque ça représente environ un quart d'entre elles.

Les Restos du Cœur garent leur camion solidaire et distribuent des repas améliorés pour les fêtes. Chaque bénévole a rapporté des chocolats ou des gâteaux fait. C'est le dixième noël de Rosa avec les restos du cœur et pour elle, cet engagement est normal. 

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Rosa, bénévole aux Restos du Coeur

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