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La famille Al Fakhry devant la maison mise à leur disposition à Quissac (Gard) le 30 novembre 2016. Les parents, Shiar et Asaad, et leurs enfants, Reham, Haitham et Rym, ont fui Raqqa, en Syrie.

"On suit l’actualité des réfugiés, mais quand on les a à la maison, c’est tout autre chose !"

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#jaccueilleunréfugié |La ministre du Logement a incité les Français à accueillir chez eux des réfugiés et demandeurs d'asile. Dans le cadre du projet "hébergement citoyen", 1 361 réfugiés ont été sélectionnés pour être reçus dans des familles. Nous sommes allés à la rencontre de ces Français qui ouvrent leur porte.

La famille Al Fakhry devant la maison mise à leur disposition à Quissac (Gard) le 30 novembre 2016. Les parents, Shiar et Asaad, et leurs enfants, Reham, Haitham et Rym, ont fui Raqqa, en Syrie.
La famille Al Fakhry devant la maison mise à leur disposition à Quissac (Gard) le 30 novembre 2016. Les parents, Shiar et Asaad, et leurs enfants, Reham, Haitham et Rym, ont fui Raqqa, en Syrie. Crédits : Pascal Guyot - AFP

Ils sont révoltés comme Claire Geoffray, qui dit "avoir eu honte de la France qui laisse les réfugiés sur le trottoir, les chasse tout en tenant de grands discours humanistes". Solidaires comme Josette et Michel ou Denis et Martine qui ne veulent pas "laisser un frère à la rue". La photo du petit Aylan, retrouvé mort sur une plage turque a suscité un élan de solidarité et les initiatives se sont multipliées mais de nombreuses associations avaient déjà mis en pratique l’accueil comme le Service Jésuite des Réfugiés, l'association Singa ou Réfugiés bienvenue.

Josette et Michel, retraités près de Dijon

Josette et Michel habitent Quétigny près de Dijon, engagés au sein du Secours catholique, ils participent il y a trois ans à la création du réseau dijonnais de Welcome, lancé en 2009 en France par le Service Jésuite des Réfugiés (JRS). Souvent, pour eux, comme pour les autres familles qui accueillent, leurs enfants ont grandi et ils ont une chambre libre à la maison. Et, nous disent-ils, "c’est une source mutuelle d’enrichissement".

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Josette : "Par la télévision, on suit l’actualité des réfugiés mais quand on les a à la maison, c’est tout à fait autre chose ! On essaie de les comprendre, de comprendre leur trajet, leur vie. Et ça c’est très enrichissant".

Michel : "Ce qu’on apprend de ces pays, ce n’est pas simplement une toute petite information sur France Culture ou ailleurs, mais ce sont des réalités dans lesquelles on plonge quand on arrive à entrer en communication avec eux. Comprendre ce qui se passe au Tchad, comprendre ce qui se passe en Arménie qu’on nous présente comme un pays calme, comprendre cette réalité là, c’est du direct. On comprend que souvent ils ne peuvent pas faire autrement que de quitter leur pays. On touche du doigt ce qui est dans les conventions internationales. C’est la réalité vécue par des hommes et des femmes d’aujourd’hui"

Claire Geoffray, parisienne

Claire et Pramila
Claire et Pramila Crédits : Marie-Pierre Vérot - Radio France

D’autres comme Claire Geoffray, habitante du XIXe arrondissement de Paris, ont rejoint le réseau CALM (Comme A La Maison) une plateforme de mise en relation entre familles et réfugiés lancée par l’association Singa à l’été 2015.

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"Des personnes jeunes qui ont des compétences"

"Ces personnes qui arrivent sont souvent des personnes jeunes qui ont du tonus, de l’énergie des compétences et c’est une chance pour notre pays. Nous à chaque fois on a pris une formule d’accueil de trois mois renouvelable ce qui permet à ce jeune homme ou cette jeune femme de découvrir une famille française, d’être dans un bain de culture française, de pouvoir apprendre les codes qui leur permet soit de trouver un boulot soit d’apprendre le français ce qui leur permet de s’intégrer dans la société. Et ça se vit dans la bonne humeur à la maison."

Pour Claire, il y a ce sentiment de révolte voire de honte devant l’attitude de la France mais elle estime que chacun doit prendre sa part l’État comme les citoyens. Ce qu’approuvent Josette et Michel

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Est-ce que l'Etat doit tout faire?

"Est-ce que l’État doit tout faire, j’en suis pas convaincu. Je pense que les citoyens, les gens comme nous peuvent trouver aussi des moyens de faire passer un cap. Mais il ne faut pas s’aventurer tout seul"

Le Service Jésuite des Réfugiés comme Singa ont édité des chartes très précises de l’accueil . Il faut se garder d’une vision romantique, nous raconte Xavier Carton sur twitter

Je me suis adressé à SINGA qui m'a mis en contact avec un réfugié afghan qui cherchait un logement à proximité du 15eme pour être près de son travail. J'avais une chambre libre dans mon appartement. Nous nous sommes rencontrés un soir et, le lendemain, il s'installait à la maison. Il est resté 4 mois puis il a trouvé un autre travail et a déménagé. En fait, nous nous sommes assez peu croisés car il travaillait de nuit, mais nous avons mangé ensemble plusieurs fois et avons eu l'occasion de discuter de son histoire mais aussi de la mienne. Son français était assez mauvais donc les échanges se passaient en anglais. Nous sommes toujours en contact. Ce que j'ai fait n'a rien d'exceptionnel. C'est juste une question de place et surtout de confiance. Pour le reste, il faut se garder d'une vision romantique, même si nous sommes restés en contact, je n'ai été qu'un hôte (sympa et accueillant) et c'est très bien comme ça. Vu de moi, l'histoire d'une rencontre merveilleuse entre deux familles (de préférence très éduquées) relève du fantasme de bobos (pardonnez-moi cette formule) et cette recherche ne peut pas être une motivation. Ce n'est pas forcément toujours facile de partager son foyer avec un étranger (quel qu'il soit) donc si on y recherche autre chose que le fait de rendre service, il me semble que c'est risqué. Voilà l'histoire en quelques mots. Rien d'extraordinaire.

Denis et Martine espèrent aussi faire bouger un peu les lignes

Denis et Martine habitent Chevigny, près de Dijon.

Denis et Martine
Denis et Martine Crédits : Marie-Pierre Vérot - Radio France

Si on le fait on espère que ça fera un peu bouger les lignes et que la préfecture prendra des dispositions pour démarrer plus tôt l’accueil des étrangers

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"Faire un peu bouger les lignes"

Klod, habitante de Pontoise, est dans un autre réseau, "Réfugiés bienvenue"

Klod et Tayorou qu'elle accueille chez elle à Pontoise
Klod et Tayorou qu'elle accueille chez elle à Pontoise Crédits : Klod Amar

Klod nous a fait parvenir ce petit texte :

"Klod Amar, artiste peintre en résistance sur cette planète depuis 1957. Divorcée depuis 13 ans, je vis seule chez mon chat puisque la plupart du temps mon fils étudiant voyage. Nous habitons Pontoise et nous avons accueilli des demandeurs d’asile pendant 7 mois (deux fois une personne). Depuis plusieurs années, je travaille à mettre VRAIMENT en pratique mes opinions politiques : solidarité, partage des richesses, égalité, lutte contre le racisme etc.

Après avoir échoué en contactant des associations sous tutelle de l’État dont le cahier des charges est tel que plus rien n’est possible… Ajoutons à cela cette horrible loi interdisant d’aider une personne qui n’est pas en règle ! J’ai enfin rencontré des étudiants en droit à la Sorbonne qui, n’écoutant que leur courage et leur générosité, ont créé l’association « Réfugiés bienvenue » ce fut un miracle d’efficacité ! En quelques semaines, j’ai pu accueillir deux fois pendant trois et quatre mois une personne en grand danger qui dormait dans la rue et le froid à Paris.

Certains penseront que je pouvais tout aussi bien me rendre place Stalingrad et demander : "Qui veut se mettre à l’abri ? " Mais comme je ne suis pas une sainte, la peur de me trouver dépassée par mes belles idées m’a retenue.

Comment choisir quelqu’un parmi des centaines d’autres ? Un homme ? Une femme ? Une femme avec un bébé ? Un ado ? Et puis après ? Comment dire stop ? Car je suis pauvre moi aussi. Même si j’ai de quoi héberger quelqu’un, je n’ai pas de quoi nourrir et donner de l’argent pour les transports. Toutes ces questions me donnaient le tournis et me déprimaient…

« Réfugiés bienvenue » a réglé tout cela : tu n’es pas tout seul mais dans un réseau de gens qui hébergent aussi. Tu peux sans culpabiliser choisir qui héberger puisque la personne hébergée te choisit elle aussi. Tu t’engages pour une durée que tu définis toi-même. Mon fils a donné sa chambre mais il revient de temps en temps. Tu héberges seulement (au choix une personne /une famille) selon tes moyens ou compétences. Les réfugiés sont aidés en complément par les autres associations du réseau. Ne sont pas dans ton domaine de compétence : les demandes de papiers, les histoires de CMU, cours de français, boite à lettre. Tu accueilles avec chaleur et gentillesse mais ce n’est pas « une adoption ».

Bref la peur de donner de faux espoirs s’est envolée grâce au pragmatisme et à la simplicité des moyens mis en œuvre."

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Et parmi vos témoignages, le récit d'expériences parfois difficiles :

A lire aussi : L'asile pas à pas #4 : les premiers mois en France

Et à écouter : Et si on partageait la culture avec les migrants ?

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