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Tous écrivains ?

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#jécris |Le goût pour l'écriture ne se tarit pas en France. Une étude Odoxa de 2015 révélait qu'un Français sur 3 aurait déjà écrit un livre. La France abriterait donc un million et demi de manuscrits, dont seulement 60 000 sont publiés. Qui sont ces auteurs de l'ombre ? Cécile de Kervasdoué en a rencontré.

Crédits : SIMON DAVAL - Maxppp

S'intéresser à l'écriture en France, c'est se rendre compte que tout le monde écrit. Mais c'est aussi se défaire de bon nombre d'idées reçues, de fantasmes et de mythes.

NON, tu n'es pas seul !

L'idée de l'auteur seul, avec son génie, devant une page blanche qu'il remplit d'un premier jet sublime et définitif qui le portera derechef chez un éditeur puis très vite sur les étals des libraires est absurde ! Comme en témoigne Pauline Guillerm, comédienne et auteure de 38 ans. En 2014, elle a publié une pièce de théâtre chez Lansman édition et vient d'être diplômée de la deuxième promotion du master de création littéraire de l'Université paris VIII. Pour elle, l'écriture est loin d'être si simple.

C'est d'abord réécrire en fait. On écrit un premier jet et après on le réécrit, réécrit, réécrit. C'est un travail de longue haleine où déjà la première chose c'est de trouver du temps. Ça, c'est très difficile pour moi. Difficile parce j'ai une activité professionnelle très chargée, très riche, et que j'ai besoin de bloquer de grandes plages dans mon agenda. Et ensuite, il faut une certaine énergie, quelque chose d'un pas à franchir que je ne saurais pas expliquer...

Oui, ça s'apprend !

La France n'est pas si loin du mythe américain où un atelier de "creative writing" vous attend à chaque coin de rue. Depuis 2014, un peu partout en France, des masters universitaires, à Toulouse, le Havre, Saint-Denis ou Cergy, proposent à des étudiants, de tous âges, mais avec un projet d'écriture sérieux, de venir se former en deux ans. Deux années de cours et de travaux collectifs pour apprendre les outils et techniques de base de l'écriture. Comme par exemple corriger, réécrire, avoir une lecture critique, aller vers d'autres genres, d'autres styles, ou oser envoyer des textes à des revues et entendre les retours.

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Outre ces masters, il existe aussi des ateliers d'écritures qui se sont progressivement implantés dans toute la France. Depuis 40 ans, Aleph-Ecriture et Elisabeth Bing par exemple proposent des cours et des stages pour apprendre à écrire mais aussi pour former à l'écriture. C'est le pari qu'a fait Jérôme Vaillant, à 56 ans. A la faveur d'un plan social dans un grand groupe pharmaceutique, et après avoir reçu une formation chez Aleph, il a choisit de passer le pas et de se consacrer à sa passion écrire et former à l'écriture.

Le mythe du grand écrivain qui la nuit, avec une chemise blanche, hulule et écrit des pages magnifiques pour en faire la comédie humaine (rires) n'existe pas ! Et on sait que chaque écrivain travaille énormément. On sait que les maisons d'édition les font travailler, retravailler. Et je dirai que plus on approche l'acte d'écrire et on le complète, plus on sait que cela s'apprend. Et ce qui est merveilleux, c'est que vous pouvez apprendre étape par étape.

Internet n'a pas fait mourir les vocations

Les blogs, les réseaux sociaux, les possibilités d'impression et d'autoédition poussent au contraire de plus en plus de gens à écrire et certains y voient un business juteux. De nombreux ateliers d'écriture ouvrent leurs portes à grand renfort de communication et de marketing et les tarifs sont en conséquence. Environ 1500 euros les 8 séances de 2 ou 3 heures pour les éditions Gallimard, le Figaro littéraire ou la toute récente école Les Mots, dans le quartier latin, à Paris.

Pourtant, c'est souvent et avant tout des rencontres qui poussent bien des amateurs à se lancer dans l'écriture. L'histoire de Benoît Moncorgé par exemple. En 2006, ce directeur marketing et communication d’Alcatel Europe fait la rencontre d’une vieille dame au destin apparemment hors du commun qui lui demande d’écrire sa vie. 10 ans plus tard, il profite d’un plan social et décide de devenir écrivain. Il s'est donné 2 ans pour y parvenir.

Pour moi, l'important, c'est la passion que l'on a. Moi, ma passion, ce sont les mots. Déterrer si je puis dire des mots que l'on use plus, jouer sur le sens, tout cela est un vrai plaisir. Après, quand j'ai commencé à écrire, je me suis rendu qu'il y avait la possibilité d'exprimer ses émotions avec des mots, une créativité qui permet d'exprimer des choses extrêmement personnelles, même si au départ on écrit en se disant : bah non, je ne parle pas de moi !

Alors, tous écrivains ?

"Certainement pas !", répond Vincent Monadé, le président du Centre National du Livre.

D’abord parce qu’une centaine d’auteurs seulement parvient à vivre seulement de l’écriture, les autres ont tous un métier à côté. Et pourtant les éditeurs croulent sous les manuscrits. L’explication, une tradition française.

D’où l’essor des plateformes d’auto-édition ou d’édition à compte d’auteur qui se multiplient sur internet et qui sont également un business très florissant.

On a beaucoup de mal à savoir combien il y a d'auteurs par an, et d'auteurs en activité. Il y a 60 000 livres par an qui sont publiés. C'est très peu ! C'est vraiment le sommet de l'iceberg qui a réussi à passer l'ensemble des difficultés et du chemin d'obstacle qu'est une publication de livre. La France est un pays un peu comme avec le football par rapport à l'écriture : il y a 60 millions de sélectionneurs et il y a 60 millions de manuscrits dans les tiroirs ! Pays qui a toujours énormément valorisé la littérature et l'écriture, qui sont à la fois des objets de plaisir, de détente, d'évasion, mais aussi de reconnaissance sociale. C'est pour cela que tous les hommes politiques écrivent un livre.

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